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L’Ange de la Mine

  • Ce sujet contient 9 réponses, 10 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par cyrael, le 10-09-2025 06:06.
Vous lisez 9 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #3581978
      Daniel Dive
        • Sujet: 2141
        • Réponses: 5677

        Voilà une admirable narration d’un fait réel, faite avec une précision qui indique combien tu connaissais le sujet.
        Ton père était un mineur inné, avec une connaissance parfaite de la mine, de ses dangers, et de ses hôtes parfois jugés indésirables. Il ressentait tous les signes. Il fait penser au au personnage de Bonnemort dans « Germinal », qui va réchapper à plusieurs accidents grâce à son expérience du fond. Ton récit a aussi nettement un accent Zola.

        Adoré cette lecture.

        Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
      • #3581995
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonjour Cher Ami poète Cornel,

          Ta narration de cet événement est extrêmement éloquente !

          C’est à la fois un superbe hommage à ton père, mais également à tous les mineurs !

          Ton père possédait en plus de sa grande expérience professionnelle, une profonde sagesse !

          Les animaux ont un instinct de survie et ressentent les catastrophes avant les humains !

          Et se dégage une belle morale :
          « Il faut toujours écouter les plus petits que soi ».
          Et,
          Chaque être vivant a son importance et sa place prépondérante sur notre planète.

          Superbe !

          J’ai adoré te lire !

          Belle journée Cher Ami poète Cornel !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3581999
          Mascotte d'Oasis
          Nataraja
            • Sujet: 141
            • Réponses: 4371

            Magnifique narration de cette épisode de vie dans la mine.
            Ces explosions de grisou ont fait tellement de morts dans les mines de charbon.

            La personnalité du père et son intervention pendant ce terrible accident qui lui a sauvé la vie
            et à certains des mineurs ajoutent de la richesse au texte .

            Mais le nombre de morts est lourd .

            Ce texte est aussi un brillant hommage au père aimé et valeureux
            et à tous ces mineurs courageux .

            Merci Cornel pour ce partage
            Amitiés
            Nat

            Triste destin pour le petit rat !

            ————

            En Chine.
            « Prévision de 4,1 milliards de tonnes de charbon en 2025.
            La république populaire de Chine est le plus grand consommateur de charbon au monde, … »

            Les haillons de l’amour ne se reprisent pas .
            Nataraja.
          • #3582022
            Fran?ois
              • Sujet: 300
              • Réponses: 49951

              Bonsoir pinochio, très beau et touchant récit que partage la plume

              Amicalement

              La po?sie, c'est comme la cuisine, le mot faitout

              00063312-1

            • #3582031
              Mascotte d'Oasis
              GODART
                • Sujet: 3345
                • Réponses: 9485

                Une description fidèle que j’ai entendu mille fois, toute la famille de mon mari travaillait dans les mines, son papa qui était mineur de fond a été blessé trois fois -une fois par une explosion, une fois par la voûte qui s’est écrasée et une fois par une berline qui s’est décrochée- Métier dangereux qui laisse de la silicose dans les poumons –

                bravo pour cet écrit qui rend hommage aux travailleurs de la mine

                Geneviève
              • #3582042
                Mascotte d'Oasis
                islander
                  • Sujet: 2940
                  • Réponses: 34198

                  j’en apprends des choses sur les rats, ils peuvent être utiles; cette fiction ? est ce votre père ? esté bcrite avec brio et résonne encore chez tous les lecteurs, bravo

                • #3582051
                  Marido
                    • Sujet: 112
                    • Réponses: 1486

                    Superbement écrit ! Respect pour cet « ange ».. c’est tellement rare que cet animal souvent mal aimé soit ainsi mis à l’honneur, c’est très fort, et très émouvant…..

                    "Montrer le chemin sans se perdre
                    Tendre la main sans s’oublier
                    Prendre soin sans se renier
                    Aimer sans jamais se dissoudre"

                    Marido

                  • #3582060
                    Mascotte d'Oasis
                    terry
                      • Sujet: 662
                      • Réponses: 5903

                      belle narration de cette vision dans la vie de ces tranchées
                      où des hommes parfois enfants
                      vivaient ; travaillaient …..pour survivre
                      j ‘ai lu Zola , et comprends votre ressenti et ceux de ces travailleurs
                      oh combien honorable ,malgré…Leur peur au ventre et l incertitude !
                      bravo à vous
                      et votre soutien de NAT
                      Amitiés
                      Terry
                      , ,

                    • #2722120
                      Georgiu Cornel
                        • Sujet: 453
                        • Réponses: 3002

                        C’était l’aube, une aube grise et poussiéreuse qui s’infiltrait à peine à travers les fenêtres de la petite maison. Mon père, un robuste aux mains calleuses et au regard vif, enfilait sa blouse de travail, le même rituel immuable depuis des décennies. Mineur de fond, il descendait chaque jour à 800 mètres sous terre, dans de sombres entrailles humides des galeries, pour arracher la houille, ce charbon noir qui alimentait les centrales thermoélectriques et réchauffait les foyers. Le danger était un compagnon constant dans les mines. Chaque jour pouvait être le dernier. Un éboulement soudain, une explosion de méthane foudroyante, la mort rôdait à chaque tournant. Mais, mon père, chef d’équipe respecté, avait une philosophie bien à lui, née de l’observation et d’une étrange sagesse.
                        À l’heure du déjeuner, dans la pénombre des galeries, les hommes partageaient leurs maigres provisions. Les rats, familiers des lieux, surgissaient de toutes parts, attirés par les miettes.
                        — Fais gaffe, Joseph, ces sales bêtes sont partout ! grommelaient un camarade en tentant de chasser un rongeur du pied.
                        — Laissez-les, les gars, ils ne font de mal à personne, répondait mon père, une étincelle dans les yeux.
                        Les autres le regardaient avec un mélange d’incrédulité et de moquerie. Les rats, ces porteurs de maladies, ces parasites indésirables…
                        — Mais tu es fou, Joseph ?
                        On va finir par attraper la peste avec tes amis les rats ! lança un autre en riant.
                        Mon père secouait la tête, un sourire énigmatique aux lèvres.
                        — Ne vous moquez pas, mes amis. Ces rats, ils peuvent vous sauver la vie un jour.
                        Un silence dubitatif accueillait ses paroles.
                        — Comment ça, sauver la vie ? Il s’enquit un jeune mineur, curieux.
                        — Ils le sentent, les gars. Ils sentent l’effondrement avant qu’il n’arrive. Et, surtout, ils sentent le grisou, l’émanation de méthane.
                        — Leurs petites pattes s’agitent, ils courent dans le sens de la sortie, quand le danger approche. C’est un signe, croyez-moi.
                        Malgré ses avertissements, les blagues fusaient.
                        Sauf pour un petit rat, plus audacieux que les autres, qui avait pris l’habitude de rester près de mon père. Il se glissait dans les replis de sa blouse pendant les pauses, grignotait les miettes qu’il lui offrait, et le suivait comme son ombre. Les autres se moquaient gentiment de cette amitié insolite, le surnommant « Joseph et sa mascotte ». Mon père, lui, l’avait baptisé « Grisou ».
                        Puis vint ce jour funeste. L’air était lourd, poisseux, une chaleur anormale pesait sur la galerie. Mon père était en train de vérifier un étançon, Grisou lové sur son épaule. Soudain, le petit rat releva la tête. Ses vibrisses frémissaient, ses yeux ronds fixèrent mon père avec une intensité terrifiante. Puis, d’un coup, il sauta de son épaule et se mit à courir, une petite flèche grise, vers la sortie de la galerie, un couinement aigu et désespéré lui échappant.
                        Mon père, le cœur serré par une intuition glaciale, n’hésita pas une seconde.
                        — Courez ! Courez, les gars ! cria-t-il de toutes ses forces, sa voix résonnant dans le silence oppressant. Le grisou ! Sortez d’ici !
                        Les mineurs, surpris par son cri d’alarme, virent la panique dans ses yeux. Ils avaient appris à faire confiance à son instinct de chef. Une course effrénée s’engagea. Ils se précipitèrent, trébuchant parfois, se bousculant dans les galeries étroites, guidés par les cris urgents de mon père. Ils atteignirent de justesse une galerie latérale plus ancienne, loin des entrailles les plus profondes. À peine s’y étaient-ils réfugiés qu’une explosion assourdissante déchira le silence. La terre trembla, un souffle incandescent les projeta contre la paroi. Des gravats s’écroulèrent, la poussière et la fumée emplirent l’air, suffocantes.
                        Quand le calme revint, un silence morbide s’installa, brisé seulement par les toux rauques et les gémissements. Leurs lampes éclairèrent un spectacle d’horreur. La galerie où ils se trouvaient quelques instants plus tôt n’était plus qu’un amas de débris, de roches brisées et de poutres tordues. L’air était imprégné de l’odeur âcre du charbon brûlé et d’une indicible tristesse.
                        Ce jour-là, 35 de leurs camarades ne remontèrent jamais. Ils avaient été pris au piège par l’explosion, emportés par le grisou.
                        À partir de ce jour, personne ne se moqua plus jamais de mon père. Son intuition, son amitié avec ce petit rat, les avaient sauvés. Mais, la victoire avait un goût amer. Grisou, le petit rat qui leur avait sauvé la vie, ne revint jamais. Il avait disparu dans les profondeurs de la mine, peut-être emporté par l’explosion, ou simplement parti, son devoir accompli.
                        Mon père continua de descendre, le regard souvent perdu dans les galeries sombres, cherchant une silhouette grise, un couinement familier. Il ne le revit jamais, mais le souvenir de Grisou resta gravé dans le cœur des mineurs, un rappel silencieux de la fragilité de la vie et de la sagesse inattendue qui peut se cacher dans les plus petites créatures.

                        Georgiu Cornel le 23 07 25

                        Avec mes remerciements à Nataraja pour quelques corrections !

                      • #3583364
                        Plume de diamant
                        ★★★★★★
                        cyrael
                          • Sujet: 4849
                          • Réponses: 48873

                          bonjour poète

                          émouvante est cette plume

                          qui nous conte le vécu du père, et des hommes qui sont livrés
                          à cette crainte , d’un coup de grisou ,, belle entraide entre les mineurs
                          qui sont des héros , comme votre père

                          _________________

                          on a tous dans nos familles connu des mineurs

                          hommage à ceux hommes des mines

                          merci pour eux

                          l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
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