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L’année du bac. (Lui)
Antoine Guillet, Toine ou Tony pour les intimes, vient d’avoir dix-sept ans. Lycéen à Beaussier. Le bac de français: une formalité. Il fera sa rentrée en terminale S, la voie royale. Il va laisser de coté les maths et profiter à fond des vacances: la plage, les jeux et la baignade avec les amis de son age. Avec la pizzeria de Saint-Elme, les soirées se passent au Miramar ou au Tamtam, les temples de la musique et de la danse. Au Tamtam le plus souvent: Il y a de l’ambiance, assurée par l’orchestre Henri Marbeuf et une sono sans faille. Et pour lui cette année, c’est beaucoup plus facile. Contents de ses succès scolaires ses parents lui ont acheté la Vespa, et il peut rentrer tard.
Il se consacre donc à son sport favori: la chasse aux jouvencelles. Et les filles, c’est bien là son problème, il a plein de copines et d’amies en vacances, pas moyen d’en lever une. C’est toujours à un poil: baratin haut de gamme, quelques bises voraces, danse collé-serré, des mains qui se baladent, et paf, la boutique est fermée… D’autres ont jeté leur gourme en quartier réservé. Lui ne peut s’y résoudre, il doit y arriver. Septembre et la fin de l’été, les journées raccourcissent…. il est toujours gros jean comme devant, mais persévère.
Ce soir c’est chaud au Tamtam. L’assistance est variée, outre les teen-agers, des couples jeunes et vieux, des matafs en goguette se disputent la piste de danse. Charleston endiablés, rock et twist se succèdent. La lumière est voilée par la fumée des cigarettes. Ça pique la gorge, saleté de P4. L’avantage de ces rythmes c’est qu’ils dispensent d’inviter formellement une cavalière. Tout se passe sur la piste, hasard et affinités. Qu’est-ce qu’elle danse bien. Il a trouvé une partenaire top niveau. Super! Elle est mignonne. Ils sont hors d’haleine quand l’orchestre joue relâche, laissant place pour un moment au juke-box , managé par le bassiste et là on change de registre: slow, tango et paso-doble. Les succès du moment: les Platters et le King, love me tender et only you. Ils vont s’y coller après avoir sifflé leur Orangina. Bien collés même. On cause: il me semble vous avoir déjà vu? Off course. ils fréquentent le même lycée: elle est en lettres modernes et lui maths et physique, pas les mêmes classes. Du coup ils se tutoient, virent tendres complices, joue contre joue … Allons, serai-ce mon affaire? Macho en herbe mais pas trop. Ce soir c’est du spécial, il la veut et espère.
Bientôt sonne minuit, faut penser à rentrer. Sinon la quatre chevaux de Claire qui les a amenées, va devenir citrouille. A-t-il bien entendu? Elle dit tu me ramènes. Tu parles qu’il veut bien, propose sa vespa. Le temps de prévenir ses petites copines, que les voilà partis, escale à Marvivo, par un beau clair de lune. La suite on la devine…
On se revoit dans la cour du lycée, et samedi sur le port face au pont des chantiers. Il est malade de désir, mais à part quelques baisers, c’est bien moins qu’au Tamtam. Ciné en matinée, bas les pattes bonhomme, elle le fait languir. Sauf que ce samedi-là elle a vu qu’au Rex passe un film avec Robert Hossein et Marina Vlady .
? Moi j’irais bien ce soir, tu passeras me prendre?
Au retour elle dit:
? Tu te gares derrière au portillon du jardin, tu viens voir ma maison, mes parents sont pas là.
La villa est cossue; elle lui montre son bureau, ses bouquins, sa chambre et son cosy. Ah, son cosy, ça dérape rapide, il pense encore rêver. Et c’est un mâle triomphant qui prend congé, baiser interminable, doublement enchanté: elle aussi c’est sa première fois, mais lui ça ne se voit pas.
Le matin au lever, c’est soupe à la grimace, sa mère l’accable de reproches; il se défend mollement: il est allé chez un copain écouter des disques après le ciné. Même son père fait chorus. Plus tard, en aparté: tout de même t’es gonflé, quatre heures, ta mère était morte d’inquiétude. Lui se doute bien du pourquoi et comment et lui cause entre hommes:
? Sois prudent mon fiston, les maladies ça court, lui glissant main à main quelques étuis stériles. Tu sais faire au moins?
Et il répond ouioui.
Maintenant qu’ils y ont goûté, ils ne peuvent ni ne veulent en rester là. Ils vont galérer, à l’affût de toutes les occasions de se retrouver seuls, absence des parents, surboums entre copains, où il sera condamné à lui faire l’amour entre deux portes. Crainte des aléas qui pimentent la chose et d’accord sur un point: tout ça reste leur secret…. Jusqu’à cette embellie, négociée avec Claire, qui leur prête un nid, la-bas près de Six-Fours. Il prend vite conscience que c’est elle qui mène la danse; lui c’est la vespa qui permet ces week-ends chauds. Ça ne le dérange pas des masses, car c’est le grand amour. Mine de rien, cette liaison l’a beaucoup mûri , il lui arrive de se projeter dans l’après bac: Ils ont des ambitions qui vont immanquablement les séparer. Elle, le droit, sur un cursus de six ans au minimum. Lui, une école d’ingé, pareil. Car nul doute que le bac, ils le décrocheront. Sauront-ils s’adapter sans se perdre. Lui en tout cas se veut optimiste et à terme, si elle lui dit oui, il ne dira pas non… Le précieux sésame brillamment acquis, l’échéance approche.A suivre, si vous le voulez bien
Parceval
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