Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

Le mineur et l’ouvrier

  • Ce sujet contient 2 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Alain Jegou, le 03-03-2024 19:46.
  • Créateur
    Sujet
  • #2709746
    ELTEOR
      • Sujet: 1948
      • Réponses: 260

      Le mineur

      Chaque matin, même rituel, il met ses vêtements de travail
      Pose le béguin sur les cheveux, la barrette sur la tête
      Emporte son boutlot et le briquet préparé par la mère
      Pour rejoindre le carreau et descendre dans la fosse

      Dans le coron, ils sont tous mineurs de père en fils
      Les maisons construites par les compagnies minières
      Servent de logis à toutes les générations présentes
      A chacun sa spécialité au fond des ténèbres de la mine

      L’about qui creuse et entretient le puits, le boutefeu
      Chargé de faire exploser les charges, le galibot, jeune
      Apprenti ouvrier-mineur, l’hercheur pousse les berlines
      Et le trieur chargé de séparer les impuretés du charbon

      Il arrive aux abords du chevalet, tour au-dessus du puits
      Et descend dans la cage dans les profondeurs de la terre
      Le porion lui indique sa zone d’abattage dans la galerie
      La taille, il la connait bien, surtout la veine couleur ébène

      Les chevaux aident les wagonnets à remonter les gaillettes
      Les déchets d’extraction sont déposés sur les terrils, il remonte
      Enfin à la surface, son unique peur, ce sacré coup de grisou
      Attend de toucher sa quinzaine, comme son oncle silicosé !

      Les gueules noires

      Une campagne aux mornes plaines, que l’on appelle le Nord
      Terrils pour cathédrales, chevalets pour beffrois
      Le pays des gueules noires à l’odeur de la mort
      Le peuple des ténèbres souffre de la faim et du froid

      Chaque matin, la terre avale ces malheureux
      L’échine pliée, cassée par un travail de bête
      Un salaire de misère pour nourrir des ventres creux
      Vivre ou crever, leur vie n’a pas le goût de fête

      Des mains de forçats pour extraire l’or des enfers
      Des regards hagards, du charbon pour tout horizon
      Peur du grisou dans les profondeurs de la terre
      Les mineurs, des hommes, les travailleurs des bas fonds

      L’ouvrier !

      Travailleur de ton état, tu es bon manuel
      Fier d’aller œuvrer et accomplir ta tâche
      En retour, toucher un salaire mensuel
      Et la prime, là, tu te lisses la moustache

      Tu aimes ta femme et surtout tes trois enfants
      Ils sont tout pour toi, tu ne comptes pas tes heures
      Bosser pour un patron, ce n’est pas triomphant
      Mais au moins tu as un boulot, t’es pas chômeur

      Tu pars tôt le matin, ton pas est lourd, pressé
      Faut pas de retard, sinon tu es à l’amende
      Payé au rendement, tu ne peux baisser
      La cadence, il faut respecter les commandes

      Le soir, tu quittes d’un pas las et fatigué
      Ton atelier, tout le jour, tu as sué
      A fabriquer des pièces, ce n’est pas gai
      Ton boulot, mais au fond, tu es habitué

      Avant de rentrer chez toi, tu vois les copains
      Au café du coin, à boire ton coup, heureux
      A taper le carton, tu n’es pas un rupin
      Pour tes amis, tu es un pote chaleureux

      Retour à la maison, tu t’assois près du feu
      A réchauffer tes mains, attendant le repas
      Ton épouse a préparé un bon pot-au-feu
      Et tes gamins te disent bonne nuit Papa !

      L’usine

      Cheminées crevant l’épaisse voûte des nuages gris
      Les murs de brique ont sur la peau, la couleur noire
      De la misère, des mains fébriles tracent graffitis
      Et slogans syndicaux, telles des voleuses chaque soir

      L’usine avale la multitude des travailleurs
      Dans son ventre, le bruit des machines tonne dans la nuit
      La cadence infernale sue et transpire l’odeur
      Des heures de fatigue et les plaintes meurent sous la pluie

      Elle ouvre sa gueule béante au jour qui s’est levé
      Évacuant son urine d’hommes sur les pavés
      Ils retournent la tête basse, les épaules enfoncées
      Dans leur détresse s’égaillant dans leur triste cité

      Paysages industriels

      Les forges, les hauts fourneaux, les cokeries
      Les usines, les ateliers, les industries
      Les machines à vapeur, les métiers à tisser
      Les mines, les terrils, les chevalets
      Des flammes et des fumées, des monstres d’acier
      Des cheminées telles des phallus de brique
      Des paysages houillers et sidérurgiques

      Du matin au soir, la bête humaine pour quelques sous
      Trime à en crever, crache l’or noir par ses poumons
      Silicosés et tous les soirs, il rentre chez lui, soûl
      A dégueuler ses tripes, pour fuir ses démons
      Et la Mort est venue, lui arrachant la vie
      Laissant sa veuve et ses enfants malheureux
      Le Progrès a créé l’enfer sur Terre !

    Vous lisez 1 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3499345
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonjour Olivier,

          J’ai lu avec attention tout ce que tu as écrit sur ces métiers si durs !
          Beaucoup de personnes y ont laissé leur santé ou leur vie lorsqu’il y avait des coups de grisou dans les mines et cet air étouffant et malsain pour les poumons !

          Tous ces ouvriers qui ont tant travaillé avec ardeur et tellement de courage et qui ont vécu dans la misère car ils étaient sous payés par rapport à leurs conditions de travail et le nombre d’heures passées dans des milieux d’une dureté incroyable.

          J’ai été extrêmement émue en lisant ton superbe hommage à toutes ces personnes !

          L’heure industrielle n’a pas apporté que de bonnes choses et nous le constatons par nous-mêmes avec la pollution que nous connaissons à l’heure actuelle !

          Belle journée cher ami poète Olivier !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3499437
          Alain Jegou
            • Sujet: 153
            • Réponses: 1991

            C’est un très bon texte, vraiment. L’homme est une pièce à l’échiquier de la vie. Il n’y a qu’un roi entre ses tours, et autour de lui cette cour…des cavaliers pour le protéger, des fous pour l’amuser, une Dame pour l’accompagner… sans oublier les pions pour le servir… toujours les premiers à tomber.
            Ne serions-nous que les pièces d’un jeu auquel nous ne jouons pas? Les dés sont-ils si pipés que tout est déjà joué d’avance?

            c'est toujours quand il est parti qu'on se rend compte que le bonheur ?tait l?!
        Vous lisez 1 fil de discussion
        • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.