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Sujet
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Le mineur
Chaque matin, même rituel, il met ses vêtements de travail
Pose le béguin sur les cheveux, la barrette sur la tête
Emporte son boutlot et le briquet préparé par la mère
Pour rejoindre le carreau et descendre dans la fosseDans le coron, ils sont tous mineurs de père en fils
Les maisons construites par les compagnies minières
Servent de logis à toutes les générations présentes
A chacun sa spécialité au fond des ténèbres de la mineL’about qui creuse et entretient le puits, le boutefeu
Chargé de faire exploser les charges, le galibot, jeune
Apprenti ouvrier-mineur, l’hercheur pousse les berlines
Et le trieur chargé de séparer les impuretés du charbonIl arrive aux abords du chevalet, tour au-dessus du puits
Et descend dans la cage dans les profondeurs de la terre
Le porion lui indique sa zone d’abattage dans la galerie
La taille, il la connait bien, surtout la veine couleur ébèneLes chevaux aident les wagonnets à remonter les gaillettes
Les déchets d’extraction sont déposés sur les terrils, il remonte
Enfin à la surface, son unique peur, ce sacré coup de grisou
Attend de toucher sa quinzaine, comme son oncle silicosé !Les gueules noires
Une campagne aux mornes plaines, que l’on appelle le Nord
Terrils pour cathédrales, chevalets pour beffrois
Le pays des gueules noires à l’odeur de la mort
Le peuple des ténèbres souffre de la faim et du froidChaque matin, la terre avale ces malheureux
L’échine pliée, cassée par un travail de bête
Un salaire de misère pour nourrir des ventres creux
Vivre ou crever, leur vie n’a pas le goût de fêteDes mains de forçats pour extraire l’or des enfers
Des regards hagards, du charbon pour tout horizon
Peur du grisou dans les profondeurs de la terre
Les mineurs, des hommes, les travailleurs des bas fondsL’ouvrier !
Travailleur de ton état, tu es bon manuel
Fier d’aller œuvrer et accomplir ta tâche
En retour, toucher un salaire mensuel
Et la prime, là, tu te lisses la moustacheTu aimes ta femme et surtout tes trois enfants
Ils sont tout pour toi, tu ne comptes pas tes heures
Bosser pour un patron, ce n’est pas triomphant
Mais au moins tu as un boulot, t’es pas chômeurTu pars tôt le matin, ton pas est lourd, pressé
Faut pas de retard, sinon tu es à l’amende
Payé au rendement, tu ne peux baisser
La cadence, il faut respecter les commandesLe soir, tu quittes d’un pas las et fatigué
Ton atelier, tout le jour, tu as sué
A fabriquer des pièces, ce n’est pas gai
Ton boulot, mais au fond, tu es habituéAvant de rentrer chez toi, tu vois les copains
Au café du coin, à boire ton coup, heureux
A taper le carton, tu n’es pas un rupin
Pour tes amis, tu es un pote chaleureuxRetour à la maison, tu t’assois près du feu
A réchauffer tes mains, attendant le repas
Ton épouse a préparé un bon pot-au-feu
Et tes gamins te disent bonne nuit Papa !L’usine
Cheminées crevant l’épaisse voûte des nuages gris
Les murs de brique ont sur la peau, la couleur noire
De la misère, des mains fébriles tracent graffitis
Et slogans syndicaux, telles des voleuses chaque soirL’usine avale la multitude des travailleurs
Dans son ventre, le bruit des machines tonne dans la nuit
La cadence infernale sue et transpire l’odeur
Des heures de fatigue et les plaintes meurent sous la pluieElle ouvre sa gueule béante au jour qui s’est levé
Évacuant son urine d’hommes sur les pavés
Ils retournent la tête basse, les épaules enfoncées
Dans leur détresse s’égaillant dans leur triste citéPaysages industriels
Les forges, les hauts fourneaux, les cokeries
Les usines, les ateliers, les industries
Les machines à vapeur, les métiers à tisser
Les mines, les terrils, les chevalets
Des flammes et des fumées, des monstres d’acier
Des cheminées telles des phallus de brique
Des paysages houillers et sidérurgiquesDu matin au soir, la bête humaine pour quelques sous
Trime à en crever, crache l’or noir par ses poumons
Silicosés et tous les soirs, il rentre chez lui, soûl
A dégueuler ses tripes, pour fuir ses démons
Et la Mort est venue, lui arrachant la vie
Laissant sa veuve et ses enfants malheureux
Le Progrès a créé l’enfer sur Terre !
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