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Sujet
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[center]Le Nœud et la Cravate
Il s’érigeait, superbe, en forteresse vaine,
Brandissant son orgueil comme un glaive divin.
Il clamait l’invincible, il jurait la semaine
Que nul ne plierait ses atours masculins.Elle, feignant l’élève aux paupières baissées,
Jouait de sa souplesse un air de lassitude.
Mais ses mains savantes, fines et caressées,
Tissaient en silence une douce amplitude.À chaque repli feint, un piège se referme,
À chaque soupir tendre, un assaut se prépare.
Sous son masque soumis, une reine s’affirme,
Elle transforme l’orgueil nu en velours dérisoire.Le nœud se croyait roc, il n’était que ficelle,
Dans ses doigts habiles il devint ornement.
Et sa gloire virile, fanfaronne et cruelle,
Se fondit en cravate, un bijou complaisant.Charef Berkani[/center]
Prose
Ainsi s’achève la bataille la plus subtile : non pas dans le sang des vaincus ni dans le triomphe bruyant des vainqueurs, mais dans le jeu feutré d’une feinte soumission. Elle a laissé croire qu’elle pliait, qu’elle s’inclinait devant l’arrogance de ce nœud qui se voulait invincible. Mais ses gestes n’étaient que leurres, ses regards que miroirs trompeurs.
D’un mouvement patient, presque tendre, elle a pris ce défi d’orgueil et l’a vidé de sa superbe. Elle l’a manipulé, non par force mais par art, en détournant sa raideur en élégance, en pliant son arrogance jusqu’à la réduire à un simple accessoire. Ce qui se voulait étendard de virilité devint, sous ses doigts, un ornement mondain, une cravate impeccable, à la fois dérisoire et raffiné.
Ainsi l’orgueil masculin, si fier de sa rudesse, trouve parfois sa chute dans l’art subtil de celle qui sait plier la force sans l’affronter, qui sait transformer la prétention en élégance, et la fanfaronnade en accessoire. Car, au fond, le vrai pouvoir est là : dans la ruse délicate, dans la main qui façonne, dans l’ironie douce qui dépouille l’illusion de grandeur pour n’en garder qu’un joli ornement.Charef Berkani
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