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Les diamants noirs

  • Ce sujet contient 4 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Erhan, le 09-02-2010 16:23.
  • Créateur
    Sujet
  • #2609902
    Erhan
      • Sujet: 121
      • Réponses: 1250

      [img align=right]http://paysnoir.blog.lemonde.fr/files/2007/02/sous-le-terril-500.1172225805.jpg[/img]

      Il fait si bon tout près du foyer au charbon que
      je n’ai nulle envie de sortir.

      Mon frère fait le clown dans l’autre bout de la pièce.
      Ma sœur, l’aînée, aide mère pour les dernières tâches
      avant notre sortie.

      Je gratte la fenêtre avec un morceau de carton pour
      pouvoir voir l’extérieur.

      Il gèle à pierre fendre ! Mère recharge le foyer pour que
      le feu ne s’éteigne pas.
      Il nous faut aller sur le terril au plus vite.

      Nous sommes sommairement habillés, pas de gants
      ni d’écharpe !

      Sur le chemin nous rencontrons Olga la russe.
      Qui a toujours une chique (Bonbons) pour nous.
      Je ne sais pas comment elle fait pour avoir autant de chiques !

      -Comment ça va Selma ?

      Ma mère comprend à peine ! Devant son désarroi,
      Olga s’exprime en geste.

      -Y a du monde sur le terril ce soir !

      Mère fait signe de la tête sans rien y comprendre,
      elle sourit.

      Je me dois de tenir la main de mon frère jumeau.
      Je suis « Le grand frère » comme dit mère.

      Nous arrivons au pied du terril, les wagonnets ont
      vomis les entrailles de la mine.

      La neige a recouvert notre cite de recherche.
      Cela n’est pas pour décourager mère !

      -Allez les enfants chacun son tamis ! Chaque petite
      pierre noire est un diamant noir ; c’est de l’argent !

      Alors à main nue, nous grattons la surface pour trouver
      les « pépites »

      Mon frère n’a pas compris, il faut que je lui montre.
      Mes mains sont gelées. Je tamise pour ne garder que le
      charbon.

      -Ca brûle ! Dis-je.

      -Allons, il faut trouver les pierres précieuses !
      Notre sac doit être rempli avant que les autres
      viennent tous par ici.

      Les pierres qui nous intéressent sont brillantes.
      Je souffle dans mes mains puis dans celle de mon frère.

      Ma sœur, elle, a le grand privilège de tenir le sac !
      Pourtant mère réchauffe ses mains toutes propres.

      Nous sommes rejoints par Bill et sa mère.
      Eux n’ont pas les mains sales.

      -Selma ! Il fait trop froid voyons, les petits vont
      prendre froid.

      -Husni, sois gentille, tais –toi ! Tu sais que je n’ai
      pas le choix. Ibo ne sort pas du café, et puis c’est mes affaires !

      -Excuse-moi Selma,à demain…

      -Oui, c’est ça !

      Mère se met dans une colère à laquelle mon frère et moi n’y
      comprenons rien.

      Ma sœur, Féliziye reprend avec mère.
      -Allez ! Allez ! On a froid!

      Que je la hais ! Elle, si parfaite, elle pour qui on fait tout,
      elle pour qui on se coupe en quatre.

      Mon frère, pauvre diable, il ne sait pas, il ne sait rien !
      Il est arriéré.

      Enfin son foutu sac est rempli ! Nous rentrons à la maison,
      non sans une engueulade sur notre saleté.

      -Je suppose qu’il va falloir vous laver ?

      -Mais qu’ai je fais ?

      -Tais-toi, tout ça, c’est de ta faute !

      Mère prépare une bassine, l’eau qui se trouvait
      sur le poêle est à peine refroidie.
      L’eau est si chaude que je crie. Mon frère, le pauvre
      passe ses bras autour de ma taille.

      Il ne parle pas correctement, c’est moi qui traduis son
      langage. Car moi, j’ai essayé de le comprendre.

      -Mettez-vous près du feu, vous sècherez comme ça !

      Malgré le feu nous grelottons. Ma sœur, sourit de nous
      voir ainsi !

      Mon Dieu ! Que j’ai mal au cœur, j’ignorais qu’on
      puisse être si mauvais !

      Mon père Ibo, est mineur. La vie familiale, ce n’est pas
      pour lui. Il va au fond, c’est bien assez !

      Nous pataugeons en permanence dans la boue noire.

      Notre cité se trouve au sein de la mine qui emploie
      des centaines d’ouvriers.

      Mon seul bonheur, dans cette mine est d’aller trouver Helmut.
      Personne ne l’aime car il est Allemand.

      La seconde guerre mondiale est encore dans les mémoires.
      Son hobby est le modélisme.

      Quand je suis à ses côtés le monde pourrait s’arrêter.

      Il m’explique la mécanique, l’aéronautique, le monde comme
      il devrait être… Je ne comprends presque rien mais lui, me
      donne de l’importance et ça fait du bien tout en dedans !

      J’aimerais tant quitter cette mine, même si les gens sont
      beaux ! Je me sens comme une souillure…

      Ici on ne peut être que des sous-hommes !
      Heureusement qu’il y a le docteur Rosenberg.

      Il fait tout ce qu’il peut pour gâter les enfants.
      Il nous soigne et s’occupe du cinéma.

      C’est là que je découvre le merveilleux Charlot.

      Tous les jours nous allons sur le terril, à la recherche
      du charbon si précieux. Un jour nous rencontrons de
      nouveau Olga.

      -Selma, pourquoi venir chercher du charbon alors que
      la mine donne des bons de trois cent kilo par mois?

      Nous la regardons les yeux écarquillés, nous ne
      comprenons pas !

      Bien plus tard, j’ai compris que mon père revendait
      les bons.

      Et quand on me parle aujourd’hui des golden sixties,
      je ne réponds pas. La douleur est trop forte !

      A tous les mineurs et leur familles et à Monsieur

      Rosenberg que j’ai revu plus de vingt-cinq ans après.

      Il sera pour toujours dans nos cœurs d’enfants.

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    • Auteur
      Réponses
      • #2776909
        Jean Marie
          • Sujet: 212
          • Réponses: 667

          Très émouvant.
          Et vrai.

        • #2776928
          Erhan
            • Sujet: 121
            • Réponses: 1250

            Merci,Automne pour ton témoignage.

            Eh!Oui,dans les années soixante aussi

            la condition de certains n’était pas à envier.

            😆

          • #2776929
            Erhan
              • Sujet: 121
              • Réponses: 1250

              Jaicemail,

              Grand merci pour ton message.

              😆

            • #2776930
              Erhan
                • Sujet: 121
                • Réponses: 1250

                Merci aussi à toi Capucine.

                Ca me fait énormément plaisir
                d’avoir tes messages.

                😆

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