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Les dormeurs du mal

  • Ce sujet contient 5 réponses, 6 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 06-08-2025 16:20.
  • Créateur
    Sujet
  • #2721705
    ELTEOR
      • Sujet: 1948
      • Réponses: 260

      Les dormeurs du mal

      C’était un soir d’été, dans la douceur des prés
      Quand le soleil est las, d’éclairer la journée
      Que le vent cesse de souffler dans les cyprès
      Je me sens libéré, d’un travail acharné

      Allongé de mon long, sur un tapis de fleurs
      D’herbes folles, que les derniers rayons me charment
      Caressent doucement, de leurs doigts cajoleurs
      Ma peau, je m’endors enfin, à l’ombre d’un charme

      Il est doux de rêver, de pouvoir s’évader
      De vider son esprit, des mauvaises pensées
      Je me revois enfant, heureux de gambader
      Dans les champs de blés et de cueillir des pensées

      Nostalgie ! Tu me tues, d’aimer, ces temps d’antan
      J’ai mal à l’âme, je veux fuir, tout oublier
      Car je t’en veux, à me rappeler ces instants
      De bonheur, pars ! Va-t’en ! Dois-je te supplier ?

      Pourquoi me faire souffrir ? Cruels souvenirs
      J’étais heureux et insouciant, j’aimais la vie
      Tout était beau et grand, j’avais un avenir
      Et un jour, plus que maudit, la mort m’a surpris

      Je suis l’inconnu, sur la stèle funéraire
      La guerre, ce n’était pas les flonflons du bal
      Tombé au champ d’honneur, à côté de mes frères
      Deux trous, côté droit, je suis le dormeur du val

      Il pleut des balles d’enfer, un crachat de mitraille
      Le temps est lourd, pesant, du fer dans les entrailles
      Je meurs et je ris ! A m’en faire mal ! Ciel bleu
      Un beau jour de guerre, pour périr sous le feu

      Ils étaient fiers, ces grands et beaux bataillons
      Marchant du même pas, à creuser des sillons
      L’ennemi ancestral, incarnait tout le mal
      Contre lui, on retrouvait, l’instinct animal

      Terrés dans des trous de rat, parmi les charognes
      TUEZ ! TUEZ ! S’entretuez, sale besogne
      Pourquoi ? Pourquoi ? Je vois la mort autour de moi
      Ces corps meurtris, tout ce sang versé, pourquoi ?

      Suis-je né pour cela, c’était ça mon destin
      A porter un fusil, marcher vers le chemin
      Qui me mène au tombeau, sauver la patrie
      Au prix de ma vie, quel mépris, quelle ironie

      Entendez-vous, résonner le son du clairon
      Annonçant la fin des combats, sur le perron
      De mairie, énoncer les noms des combattants
      Victoires, faits d’armes et leurs exploits éclatants

      Et dans les villages de France se dressent
      Près des vieux marchés, la stèle vengeresse
      Où sont inscrits les patronymes des héros
      Honneurs aux morts, à tous ceux tombés sans un mot

      Méditer braves gens, la guerre est folie
      Furie des humains, elle n’est jamais abolie
      Que ma mort vous serve, éviter ces horreurs
      Sauver vos vies et fuir les fureurs d’un führer

      Chaque nuit, de nouveau l’éternel cauchemar
      J’ai mal ! Si je pouvais, ne plus me souvenir
      Je pourrais m’endormir et larguer les amarres
      Evacuer de l’esprit, ces maux à bannir

      Je revis, je revois, je ressens et je meurs
      D’incessants tourments qui rongent les fondements
      De mes pensées, des humeurs, rumeurs et clameurs
      Carnaval de douleur, à crier d’hurlements

      Au matin, sur la peau, des sueurs de métal
      Dans la bouche, le goût amer, du temps passé
      A combattre dans les tranchées, un jeu brutal
      La mort autour de moi, la peur de trépasser

      Le feu des enfers, le fer brûlant de l’obus
      Eclatant, déchirant les chairs, mettant à nu
      Nos ancestrales torpeurs, toujours à l’affût
      Epiant l’ennemi, attendant sa venue

      Comment survivre, avoir vécu tant d’horreurs
      Rester indemne, je ne peux plus supporter
      Les réminiscences des combats, les frayeurs
      Des soldats à l’assaut, les corps déchiquetés

      Je porte les cendres de la guerre, relique
      D’un voyage vers l’abîme, vers le néant
      Où l’homme n’est plus humain, arme métallique
      Au service de la folie de mécréants !

    Vous lisez 4 fils de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3578453
        Georgiu Cornel
          • Sujet: 453
          • Réponses: 3002

          Ce poème constitue une réinterprétation contemporaine et désenchantée du mythe du soldat « endormi » et héroïque. Au-delà des discours officiels et des commémorations, il y a une réalité cruelle de la guerre qui révèle une souffrance éternelle et une âme en quête de repos.

        • #3578459
          Alain Jegou
            • Sujet: 153
            • Réponses: 1991

            « Si vis pacem, para bellum » nous a-t-on dit, mais lorsque l’on sera « prêts », que feront-ils de nous?
            Confronter les populations est la meilleure défense qu’ils se sont trouvés à eux-mêmes, ils seront les chefs des ennemis de nos ennemis, comment ne seraient-ils pas de notre côté…
            Plus on offre d’horreur et plus le reste est acceptable, voilà le véritable but.
            Quand on a touché aux enfers, on se réjouit de la pluie, oubliant que la chaleur douce est agréable; c’est ainsi que fut créé le pire afin de rendre acceptable le mal.

            c'est toujours quand il est parti qu'on se rend compte que le bonheur ?tait l?!
          • #3578466
            Daniel Dive
              • Sujet: 2141
              • Réponses: 5677

              Un poème déchirant et accusateur qu’on ne peut pas ignorer cyniquement.

              Tu joues parfaitement ton rôle de poète pour dénoncer l’inacceptable.

              Pour toi, ces deux couplets de Brassens, en reconnaissance et en remerciement.

              Sa vie elle ressemble à ces soldats sans armes
              Qu’on avait habillés pour un autre destin
              A quoi peut leur servir de se lever matin
              Eux qu’on retrouve au soir désarmés, incertains
              Dites ces mots : « ma vie » et retenez vos larmes
              Il n’y a pas d’amour heureux

              Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,
              Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,
              Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
              Par le malade que l’on opère et qui geint
              Et par le juste mis au rang des assassins :
              Je vous salue, Marie.

              coup de coeur absolu pour moi.


              Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
            • #3578468
              poetal
                • Sujet: 2500
                • Réponses: 6013

                très juste merci du témoignage

                [email]domi.gondrand@laposte.net[/email]
              • #3578528
                Sybilla
                Maître des clés
                  • Sujet: 5464
                  • Réponses: 79667

                  Bonsoir Cher Ami poète Olivier,

                  La guerre est un fléau qui n’a de cesse depuis que les humains existent !

                  Quand comprendront t’ils enfin que le bonheur sera universel lorsque la paix vibrera partout dans le monde !???

                  Magnifique poésie dénonciatrice que j’ai beaucoup aimé lire !

                  Belle soirée Cher Ami poète Olivier !
                  Toutes mes amitiés
                  Sybilla

                  Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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