Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

Les yeux ouverts, les pieds sur terre.

  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par GGosseyn, le 10-03-2016 18:18.
  • Créateur
    Sujet
  • #2645299
    GGosseyn
      • Sujet: 30
      • Réponses: 101

      [color=000000] Inspiré, entre autres, par l’article « La guerre imbécile » de Serge Halimi, Le Monde Diplomatique, Décembre 2016.
      Il s’agit d’un texte d’anticipation, de fiction donc, ancré sur le réel mais extrapolant vers un futur hypothétique, qui, je le souhaite, ne se produira jamais. [/color]

      [color=CC3300]I. La guerre.[/color]
      Les français comprirent qu’ils étaient en guerre le 13 Novembre 2015. Ce troisième conflit mondial larvé avait commencé bien avant, des décennies plus tôt, mais avec les attentats de Paris il entra dans sa phase finale, celle qui conduisit, de façon indirecte et que personne n’aurait pu prévoir, à l’extinction de quatre-vingt dix-sept pour cent de l’espèce humaine.

      La France et ses alliés réagirent à cette attaque en pilonnant l’Organisation de l’Etat Islamique et en renforçant la sécurité intérieure. C’est précisément ce qu’attendait Daech. La guerre extérieure affaiblit localement la poussée djihadiste mais la renforça, in fine, globalement avec un fort ressentiment des peuples arabes face aux « effets collatéraux » des attaques occidentales, pas toujours «ciblées » : civils bombardés, hôpitaux rasés, école anéanties. Localement, en France, l’établissement de l’état d’urgence, les arrestations arbitraires « au faciès », la montée des antagonismes, conduisirent à radicaliser un peu plus une partie de la jeunesse prête à en découdre. Tout cela alimentait les filières terroristes. Mais ces mesures permirent de rassurer temporairement la population. Dans cette atmosphère, des événements d’importance secondaire comme la COP 21 et son échec manifeste passèrent inaperçu. Le climat, « ça commençait à bien faire », et il y avait d’autres priorités.

      Si nous avions su.

      Les attaques bactériologiques, ciblant principalement les maternelles, furent déclenchées et revendiquées par l’Etat Islamiste le 8 Juin 2016, de façon synchronisée dans plusieurs villes d’Europe, de Russie et des Etats-Unis. Une forme foudroyante d’anthrax pulmonaire, avec un taux de mortalité élevé. En France les villes de Béziers, Baucaire, Fréjus, Villers-Cotterêts, fleurons du sécuritarisme, furent frappées. Au niveau international, il fut décidé d’intensifier l’action contre l’État Islamiste. L’indignation, l’horreur, la révolte face à ces actes de barbarie déclenchèrent une réaction en chaîne dans les pays touchés, dont la France. Des milices « blanches » se constituèrent spontanément, pour « la défense des citoyens français ». De la défense, elles passèrent à l’attaque en frappant la communauté musulmane, ou africaine, ou non blanche ou … : mosquées incendiées, restaurants pillés, lynchages, viols. En réaction, la tension monta dans les quartiers « sensibles », s’embrasa et se propagea dans tout le pays : une guerre civile qui n’avouait pas son nom. Les médias étaient aux anges, ils surfaient sur les événements comme à leur habitude, au sommet de la vague, en surface donc ; ils amplifiaient les rumeurs, faisaient monter la peur, cet excellent moteur de l’audimat et des tirages, et les annonceurs se frottaient les mains.

      Le couvre-feu, décrété le 27 Juin, par le gouvernement Français ne suffit pas à calmer les émeutes et le 29 Juin 2016 il fut renversé. Les putchistes, des militaires menés par un inconnu que personne n’avait vu monter, le général Delmas, décrétèrent la loi martiale et prirent immédiatement les mesures qui s’imposaient pour « le salut de la patrie ». Les banlieues rebelles furent quadrillées par l’armée, des centaines de jeunes arrêtés et « questionnés ». L’armée et la police avaient maigri de façon conséquente par des années de réduction des coûts et de Révision Générale des Politiques Publiques. Qu’à cela ne tienne, on utilisa les milices blanches qui s’étaient constituées pendant les émeutes. De nombreuses compagnies de sécurité furent crées spontanément et proposèrent leurs services « pour la sécurité des citoyens ». Les systèmes de surveillance, tels le fichier EDVIGE, mis en place par les gouvernements démocratiques les dix années précédentes firent merveille et permirent d’arrêter de nombreux ennemis d’états ou terroristes potentiels : islamistes intégristes mais aussi contestataires, anarchistes, pacifistes, écologistes, syndicalistes, quelques journalistes ou intellectuels, très peu de politiques, la plupart s’étant immédiatement associés au nouveau gouvernement pour soutenir l’effort de guerre.

      Et pendant que le monde se préparait pour le conflit, notre ennemi commun, lentement, s’éveillait.

      « Guerre totale » : ce furent les mots du général Delmas, relayés en boucle par les chaînes d’information, lorsqu’il décida, la fin justifiant les moyens, d’envoyer deux bombes nucléaires de moyenne puissance sur les principales villes de l’Etat Islamiste. Il s’agissait de répondre à « la terreur par la puissance » et de nous montrer, nous aussi, impitoyables. L’effet fut en effet… radical en amplifiant la radicalisation dans les communautés musulmanes, augmentant ainsi les risques d’attentats. Dans de nombreux pays d’Afrique et du Moyen-Orient des embassades ou des antennes d’entreprises françaises furent mises à sac, leurs employés lynchés. La colère et les exactions se reportèrent également sur les pays européens et les Etats-Unis. On entra ainsi dans une spirale conduisant progressivement à une nouvelle forme de guerre mondiale. Pas d’ennemi vraiment identifié car l’ennemi, le terroriste, pouvait être partout et être n’importe qui. Néanmoins quelques pays furent accusés de financer le terrorisme et les pays occidentaux entrèrent en guerre ouverte contre ceux-ci.
      Ce conflit fut, en fait, excellent pour notre économie. Ce fut l’occasion de rappeler à nos entreprises, quitte à remercier de façon «définitive» les dirigeants et cadres qui ne voulaient pas coopérer, qu’elles n’étaient pas françaises que pour toucher les subventions ou le crédit impôt-recherche : elles avaient aussi des devoirs envers la nation. L’industrie du BTP fut ainsi associée à l’effort de guerre en construisant massivement des camps de « travail » pour les ennemis d’états et les terroristes. Ceux-ci furent bien sûr mis à contribution en offrant « volontairement et gracieusement » leur force de production : un assouplissement du droit du travail dont rêvaient depuis tant d’années les partisans de la modernisation de l’économie. Nous étions enfin devenus compétitifs ! Comme il fallait bien nourrir tous ces travailleurs bénévoles, il y eu un regain de productivité agricole et d’activité de l’industrie agro-alimentaire incluant la production d’engrais et de produits « phytosanitaires ». L’industrie du pétrole fut, elle aussi, patriote. Le conflit avec les pays arabes entrainait une pénurie d’essence et de gaz, et le réchauffement climatique n’était pas encore assez avancé pour que nos alliés, la Russie ou la Norvège, puissent extraire suffisamment d’hydrocarbures en Arctique. En attendant, il fut naturellement décidé de profiter de nos ressources propres, «inestimables» selon des experts indépendants, en multipliant les forages de pétrole et gaz de schiste sur le sol Français. Nous devînmes ainsi relativement autonomes, temporairement hélas, les ressources n’étant finalement pas à la hauteur des espérances. Quant aux effets collatéraux comme la pollution des nappes phréatiques ils n’étaient pas avérés comme en témoignaient allègrement les mêmes experts. Et puis, on était en guerre, la fin justifiait les moyens. L’industrie de l’armement battait son plein aussi bien sûr, comme j’allais le découvrir bientôt à mes dépends : armes de guerre traditionnelles, drones, guerre cybernétique, guerre de l’information. Les banques, les fonds de pension, l’actionnariat mondial ne s’étaient jamais aussi bien portés, le capital n’avait jamais été aussi concentré.

      Et notre ennemi commun, lui, se renforçait.

      [color=CC3300]II Comment je devins un héros. [/color]
      Je fus arrêté le 21 Novembre 2016. Ils vinrent me chercher en pleine nuit et me conduisirent … peu importe où. On me signifia que j’étais suspecté d’être un ennemi d’état à cause de positions un peu trop fermes exprimées dans des textes ou poèmes publiés sur Internet. Je rétorquai qu’écrire des poèmes, même engagés, ne faisait pas pour autant de moi un ennemi de la nation, et que j’étais pacifiste. Pour eux, cela signifiait donc « idéaliste », et par conséquent dangereux. Ils me passèrent à tabac, pas pour me faire parler, ils savaient que je n’avais rien à cacher, mais seulement pour « m’assouplir », en vue de l’entretien qui suivit. Ensuite, j’eus l’insigne honneur d’un tête à tête avec le Général Delmas. Son visage, vu à la télévision maintes fois, était différent en chair et en os. Il me rappelait quelqu’un, mais qui ? Il prit la parole.

      • Bonjour Gilbert. Cela fait longtemps. Tu te souviens de moi ? Le lycée ? Nos discussions sur la société où je te reprochais de vivre sur une autre planète, déjà ?
      • Vous êtes … Stéphane ? Mais, vous … tu ne t’appelles pas Delmas. Tu …
      • Oui. Delmas est un pseudo, j’ai choisi celui-là car « Bismuth » avait déjà été utilisé.
      • On dirait que tu as fait ton chemin. Mais, que me veux-tu ? Pourquoi m’a-t-on arrêté ? Torturé ?
      • Tout de suite les grands mots. Je leur ai dit de te « secouer » un peu, en souvenir du bon vieux temps. Ils y ont peut-être mis un peu trop de zèle, mais ils sont formés pour ça. Estime-toi heureux, ils ne s’en sont pas pris à ta famille, pas encore…. Sinon, oui, j’ai fait mon chemin. Après le lycée, j’ai fait ce qu’on fait la plupart des gens de ma caste : j’ai intégré l’ENA. A vingt-trois ans on m’a remis, comme à tous mes collègues de promotion, les clefs de la république. Ensuite j’ai, comme eux, louvoyé entre les ministères, le privé, et les conflits d’intérêts, en montant progressivement. Mais, à leur différence, je ne courais pas après ma « carrière ». Je poursuivais un autre but.
      • Devenir « Général » ?
      • Tu sais très bien que je ne suis pas plus général que toi. Mais c’est un titre qui rassure le peuple, surtout en période de guerre. Non. J’appartiens à un groupe de gens qui veulent restaurer l’ordre à l’échelle mondiale. Nous avons pris le pouvoir en France car nous étions les seuls à pouvoir lutter efficacement contre le terrorisme. Le gouvernement actuel a montré qu’il en était incapable. C’est nous qui contrôlons les milices blanches. Je t’ai « convoqué » pour que tu nous aides.
      • Moi ? Mais comment ?
      • Je sais que tu es chercheur et nous voulons que les chercheurs nous aident dans la lutte contre le terrorisme. Nos experts pensent que tes travaux peuvent être exploités pour une nouvelle forme de contrôle subliminal. Par des séries bien choisies d’associations d’images-sons, agissant directement sur le cerveau, il y aurait possibilité d’influencer ceux qui regardent. Nous pourrons réorienter les ennemis d’état et les jeunes terroristes qui sont influencés et fanatisés par les prédicateurs intégristes.
      • De la manipulation mentale ! Et qui me dit que vous allez vous limiter aux terroristes ? Et si je refuse ?

      Il resta un long moment silencieux, feuilletant le dossier qu’il avait sous les yeux.
      • Je vois que tu es marié, avec deux enfants. Ils sont mignons : 12 et 15 ans, bons résultats scolaires, bien éduqués, tu as bien réussi. Mais dis-moi, ton fils est presque en âge de travailler pour nous ! Il ferait un excellent soldat, ma foi. Nous cherchons des volontaires pour le front Saoudien. Quant à ta fille, très jolie, elle pourrait aussi soutenir l’effort de guerre. Décidément tu as une famille en or ! Je vois aussi que ta femme est très sportive. C’est formidable ! Nous cherchons des sujets endurants pour tester les vaccins de notre nouvelle souche de grippe Ebola. Jusqu’à présent tous les volontaires qui se sont prêtés aux essais n’ont pas résisté, mais ils étaient choisis parmi des prisonniers inaptes au travail. Nous nous orientons maintenant vers des sujets plus résistants. Tu disais ?
      • C’est immonde. Vous m’écoeurez toi et ta clique. Mais je vois que je n’ai pas le choix. Que dois-je faire ?
      • Tu t’y feras. Ma foi, tu devrais être satisfait. Tu vas diriger un laboratoire, sous le contrôle de quelques-uns des nôtres. Tu seras « libre » de tes orientations de recherche mais tu devras remettre un rapport d’activité tous les mois, juste un peu plus que la fréquence que tu connaissais, dans le même format que celui auquel tu étais habitué. Si nous sommes satisfaits tu pourras mener la même vie qu’avant, ou presque. Mais saches que tu seras constamment surveillé et que si les résultats ne sont pas au rendez-vous, nous serons te rappeler à l’ordre. Pense à ta famille.

      [color=CC3300]III. Le calme avant la tempête. [/color]
      Ainsi commença ma nouvelle vie. Je n’étais pas à plaindre. On m’attribua une belle maison ; mes enfants purent aller dans une des écoles d’état pour les notables, bénéficiant d’une forte protection ; ma femme eut une promotion, et on me décora même pour mon aide à l’effort de guerre. En fermant tous mes sens, y compris mon oreille intérieure à qui ma conscience criait que tout cela finirait mal, j’aurais presque pu être heureux. Je vivais à l’abri dans une société en état de guerre permanente. En effet, les attentats continuaient, malgré le renforcement régulier du plan Vigipirate, l’accroissement des troupes et des arrestations.

      Pourtant, Delmas avait vu juste. Le contrôle subliminal fonctionnait bien. Bien sûr, ce type de procédé avait été tenté des décennies auparavant, pour des campagnes de publicité notamment. Mais, il s’agissait maintenant d’autre chose. Les séquences hypnotiques suivaient un ordre précis visant à éduquer le cerveau du sujet, sur le long terme, le rendant toujours plus perméable aux séquences suivantes, qui l’endoctrinaient peu à peu. De plus, tous les médias étaient utilisés, pour adapter les séquences subliminales au profil de chacun. Tout d’abord Internet, bien sûr. Chacun de vos clicks, et surtout la succession des sites visités, étaient enregistrés, et, en quelques minutes, votre navigateur avait transmis votre profil psychologique. Les fournisseurs d’accès, patriotes, se prêtaient naturellement au jeu. Ceux qui avaient tenté de résister, au nom de la liberté des citoyens, avaient été accusés de favoriser le terrorisme et leurs dirigeants avaient été « démis ». Comme tout-un-chacun possédait maintenant une « Box » gérant la télévision, le téléphone et Internet, l’état disposait d’un espion efficace, discret, et incontournable.

      En premier lieu, cette stratégie permit de détecter les futurs terroristes potentiels et de les détourner de leur folie destructrice. Bien sûr, certains d’entre eux avaient un réel potentiel combattant et il était dommage de s’en priver. On trouva le moyen de les « reprogrammer » pour qu’ils passent dans notre camp, comme indicateur, espion, soldat, voire kamikaze, pour notre compte cette fois.
      Mais l’objectif étant de « gagner la guerre contre le terrorisme », il était important que chacun contribue à la lutte, en la finançant. Cela ne pouvait se faire que par une croissance accrue soutenue par une consommation adaptée. Hélas, il y avait toujours des récalcitrants, esprits chagrins considérant qu’il n’était pas forcément nécessaire de changer son téléphone tous les trois mois. Le programme subliminal fit merveille là aussi, en les « reprogrammant » eux-aussi. Notre économie devint rapidement florissante, un retour au plein emploi, surtout maintenant qu’ « emploi » ne signifiait plus nécessairement « salaire ». C’était le retour aux trente glorieuses et les citoyens (libres) pouvaient dépenser leur argent pour leur épanouissement et leurs loisirs (quoi d’autre ?). Cela tombait bien, la température moyenne montait doucement, prolongeant le printemps et l’été. Noël au balcon, Pâques au balcon ! Moins de jours de pluie, c’était évidemment moins d’eau, mais notre puissance financière permettait de creuser toujours plus profond pour aller la chercher, enfin celle qui n’avait pas été contaminée par les forages de pétroles de schiste. Bref. Nous gagnions peu à peu la guerre et la vie devenait douce en France.

      A l’échelle mondiale, la guerre avait aussi relancé l’économie des pays développés avec une croissance satisfaisante. Les matières premières manquaient, les déchets s’accumulaient mais on envisageait déjà d’aller coloniser l’espace pour y extraire les matériaux manquants et y laisser nos détritus. Dans ces conditions, bien sûr, les questions sur le réchauffement climatique étaient hors de propos, dépassés. Nous étions enfin entrés dans le réalisme économique, les yeux ouverts, les pieds sur Terre.

      Notre ennemi commun lui commençait doucement sa métamorphose de mort.

      [color=CC3300]IV. La fin.[/color]
      La guerre cessa brutalement le 1er Aout 2025. Un cessez-le-feu, sans condition … mais des deux côtés.

      Lorsque l’épidémie de peste bleu-marine débuta, en Russie, pour se propager rapidement, on crut que l’ennemi avait inventé une nouvelle arme bactériologique, un microbe foudroyant avec un temps d’incubation de quelques jours, un taux de mortalité de quatre-vingt dix-sept pour cents et un taux de contagion équivalent. Il avait des similitudes avec la peste d’où le nom qu’on lui donna.
      Mais le fléau se propagea à travers les frontières, dans les deux camps, sans que personne ne sache comment l’arrêter. Ceux qui survécurent ne le durent que par leur système immunitaire, mais par quelle alchimie, nous ne le saurons jamais.
      Quand les victimes se comptèrent par millions, quand l’humanité comprit que l’heure du jugement dernier était peut-être arrivée, toutes les nations abaissèrent les armes, et mirent en place un programme de coopération internationale désespéré pour endiguer le mal. Mais il était trop tard. Nos scientifiques purent juste nous apprendre d’où venait le fléau : pas d’un laboratoire secret, pas d’une mutation, même pas d’une civilisation extraterrestre ennemie. Non, il venait du permafrost du sol sibérien. Pendant des millénaires il avait attendu là, en sommeil et il s’était réveillé grâce au réchauffement climatique que nous avions crée et amplifié au nom de toutes sortes de raisons «réalistes» : l’économie, la croissance, l’emploi, et finalement, la guerre.
      Nous avions envisagé la fin de l’homme de bien des façons : la guerre nucléaire, un astéroïde, les aliens, les robots, que sais-je encore. Mais, non, ce qui nous décima ce fut un microbe qui existait déjà quand nos ancêtres chassaient le mammouth. Il s’était endormi et nous l’avions éveillé. L’infection d’une forme ancestrale du bacille par un virus bactérien avait décuplé sa nocivité.

      Certains d’entre nous ont survécu ; j’en fais partie. Nous ne craignons pas la peste bleu-marine étant apparemment immunisés. Les enfants qui naissent ont eux aussi cette immunité ce qui fait que nous pouvons envisager de reprendre « un nouveau départ ». Je me souviens de ces nouvelles de science-fiction qui racontaient comme à un cataclysme succédait une humanité nouvelle, expurgée de ses penchants néfastes, prête à construire un nouveau monde, dans la paix, l’amour, la fraternité. Il est clair que nous ne pouvons plus faire la guerre et que nous devons coopérer, mettre les ressources en commun.
      Nous ne sommes que quelques centaines de millions, disséminées sur la planète. Nous utilisons encore une partie de la technologie d’avant le cataclysme, mais quand les appareils tombent en panne, nous ne pouvons pas les réparer : manque de compétences, manque de matériel, de composants. Nous réapprenons donc à vivre différemment, un retour aux sources en quelque sorte, qui n’a rien du paradis. Nous savons de moins en moins soigner les malades, et nous devons de plus en plus souvent nous terrer pour nous soustraire à l’accroissement des tempêtes, feux de forêts et autres effets secondaires du réchauffement climatique.

      Néanmoins, nous avons réussi à repartir. Notre population recommence à croître, nous devenons plus efficaces dans la culture des sols, redécouvrant des techniques ancestrales, combinées à ce qui nous reste de savoir et de technologie. Nous redécouvrons la solidarité. La poésie, la musique, les arts en général se développent comme ils ne l’ont jamais fait. Oui, ce pourrait être le début d’un nouvel âge d’or où l’humanité pourrait renaître … s’il n’y avait cette épée de Damoclès.

      Les centrales nucléaires: personne ne sait comment les arrêter.

    Vous lisez 0 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
    Vous lisez 0 fil de discussion
    • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.