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L’homme de toutes les qualités
Il est des instituteurs qui vous restent gravés dans la mémoire, à jamais indélébiles. Les oublier est impossible et chaque fois que vous vous rappelez vos souvenirs d’enfance, sur le chemin de l’école, vous voyez, dans votre tête, leur visage rayonnant et souriant, clair et limpide, sans rides, en dépit des années gui galopent plus vite qu’un étalon arabe… Parmi ces hommes peu communs, ces perles rares dont l’enseignement marocain peut être fier, il y avait «Si ABOUALMAHASINE».
Son nom suffit largement pour le connaître : Il était vraiment, réellement, concrètement, sûrement l’Homme de toutes les qualités. Il était le «Maître d’école» avec tous les sens que peut revêtir ce nom : Savoir, pédagogie, sérieux, compétence, modestie, dévouement, élégance, éloquence, sacrifice, probité, abnégation de soi, ténacité, endurance, courage, persévérance, etc. Son devoir, sa mission dans ce bas monde ingrat étaient l’enseignement et l’éducation. On dirait qu’il est venu au monde pour enseigner et il le faisait avec une vocation et une fougue inimaginables, avec une détermination et une foi inébranlable. Il ne s’est jamais lassé, il ne s’est jamais ennuyé, il ne s’est jamais arrêté. Rien ne le rebutait : Il a défié tous les obstacles, tous les dangers, tous les écueils afin d’assumer sa responsabilité et accomplir son devoir. Il a offert sa vie à ses petits élèves qu’il aimait plus qu’un père. Je me souviens, comme si cela datait d’hier : J’étais un mioche de neuf ans et j’étais fier d’être un élève de Si ABOUALMAHASINE. Je faisais tous mes efforts. Je m’appliquais. Je révisais. J’apprenais. Je m’évertuais à être un bon élève et mériter l’estime et la bénédiction de mon maître que je vénérais comme mon père . Je peux affirmer et avouer que c’est grâce à lui que je suis devenu, comme par miracle, un élève studieux qui aimait l’école et les études.Merci, maître!
Malgré la fatigue , malgré le froid ou la chaleur, le vent ou le mauvais temps, malgré les soucis de la vie et les problèmes de chaque jour, malgré tout, il travaillait sérieusement avec nous, faisant l’impossible pour que nous soyons studieux et excellents.Fidèle au poste,qu’il pleuve ou qu’il vente, jamais absent, toujours présent, toujours élégant, toujours bien rasé, bien coiffé, cravaté et parfumé, il commençait par nous regarder attentivement, l’un après l’autre, dans les yeux, caché derrière ses épaisses lunettes, puis il disait sa phrase habituelle: » Au travail, les enfants! »… et le cours commençait, le temps passait.On oubliait tout.Personne ne se lassait, personne ne se prélassait, tout le monde bossait, jusqu’à ce que la sonnette nous dise que la leçon est terminée!Nous n’étions jamais ennuyés, jamais distraits, jamais fatigués.Nous étions toujours actifs, éveillés et vivaces car notre maître avait l’art et la manière de nous apprendre dans la joie et la bonne humeur, la fougue et l’ardeur, le sérieux et la labeur.Jamais je n’ai vu un maître aussi savant, aussi érudit, aussi intelligent, aussi patient, aussi exigeant, aussi aimant, aussi charmant, aussi vaillant, aussi vivant! …Et comme sa joie et sa fierté étaient sans limite, quand nous réussissions à la fin de l’année ! Il était tellement satisfait qu’il organisait un festin en notre honneur. Et c’était chez lui que j’ai dégusté pour la première fois de ma vie, à l’âge de neuf ans, le délicieux plat marocain de renommée internationale : « La Pastilla » !J’ en ai encore le goût et la saveur dans ma mémoire affective.
… Plus tard, longtemps plus tard, une maladie terrible, impitoyable et cruelle s’est abattue sur lui comme la foudre. Les médecins étaient obligés de lui amputer une jambe ! Mais il a refusé la retraite anticipée. Unijambiste, il venait faire son travail : Enseigner. Malgré la douleur, malgré la maladie incurable qui le dévorait chaque jour sans savoir qu’elle avait mal choisi sa victime, sans savoir que cet homme ne méritait pas cette souffrance atroce, il a résisté, il a persévéré, il a lutté jusqu’à la fin, jusqu’à la mort! Non, chers lecteurs de «Espaces Agadir», ce n’est pas un film mélo, je ne vous raconte pas un conte, c’est la vérité, c’est la réalité : Si ABOUALMAHASINE est mort un vendredi matin, le 27/10/1995, dans sa classe, devant ses élèves. Il était en train de faire sa leçon quand la mort est venue le prendre pour le repos éternel ! Un maître d’école qui rend l’âme dans sa classe, la craie à la main, devant ses petits élèves, n’est-il pas semblable aux martyrs qui se sacrifient dans une guerre sainte ? Ne mérite-t-il pas le paradis divin ?
De son vivant, il a reçu maintes lettres de remerciements et de félicitations de la part des délégués du M.E.N d’Agadir. Il fut nanti du «Wissame» du mérite royal, le 20/5/1986. Ce qui prouve sa compétence et son importance à l’échelle nationale. Après sa mort, et pour ne pas l’oublier, le délégué préfectoral du ministère de l’éducation nationale a décidé de transformer la classe où il est mort en «Centre de Documentation et d’Information» de l’établissement portant son nom «C.D.I ABOUALMAHASINE». Vous pouvez visiter sa classe à l’école «Khadija Oum Almouminine». Vous trouverez ses affaires comme il les a laissées. Vous lirez, sur le tableau, les dernières phrases qu’il avait écrites juste avant sa mort. On n’a touché à rien ! Et pour que notre progéniture garde en mémoire le nom de cet instituteur au talent hors pair, au cœur d’or, à la volonté de fer, la Délégation du M.E.N d’Agadir Idaoutanane organise désormais, chaque année, le «Prix ABOUALMAHASINE» au profit des élèves du primaire… Est-ce suffisant comme honneur posthume ? Pourquoi ne pas appeler une des écoles de la ville d’Agadir «Ecole ABOUALMAHASINE» ? Ne mérite-t-il pas cet éloge et cet honneur ?
Ô maître, ta vie était loin d’être futile et inutile. Ta vie valait la peine d’être vécue, avec ses joies et ses peines, ses espoirs et ses déboires. Et tu l’as vécue, cette vie cruelle et tyrannique, cette vie impitoyable et ingrate. Tu l’as vécue jusqu’à la lie, jusqu’à la souffrance, jusqu’à l’agonie, sans te plaindre, sans gémir, sans pleurer sur ton sort. Tu as vécu sans plier l’échine, debout, fier et majestueux, comme un lion. Maintenant, repose-toi ! Repose en paix au paradis! Oui, les maître comme toi iront au paradis! …Repose en paix, personne n’osera plus te déranger. Et rassure-toi, maître, tous les élèves à qui tu as appris «la vie» ne pourront jamais t’oublier. Ton visage rayonnant sourira pour toujours dans leur tête. Ils porteront ton nom «ABOUALMAHASINE», pour toujours dans leur cœur. Te voilà éternel, Maître !Al Bayane, Samedi 21 Novembre 1998
Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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