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Ma chère voisine
Le quartier où je crèche en payant un loyer ruineux est appelé « Cité des Fonctionnaires ». Cependant, les fonctionnaires ne sont plus les seuls à y résider…
Dix ans auparavant, pour que le propriétaire veuille bien avoir la gentillesse de te faire un bail, tu devais obligatoirement être marié. Maintenant, on refuse les pères de famille de peur qu’ils ne soient incapables de payer le loyer qui coûte les yeux de la tête. Alors, on a commencé à louer les maisons et même les « garages » aux « Filles ». Quatre ou cinq filles peuvent payer un loyer trop cher et on peut les « faire sortir » plus facilement qu’une famille.
Parmi ces filles qui habitent notre quartier, il y a Malika, ma chère voisine. Elle vit seule. Elle prend la viande chez le boucher et le ravitaillement chez l’épicier à crédit, comme tout le monde. Elle va au souk, le dimanche, comme tout le monde. Elle espère, désespère, s’inquiète, s’irrite, se calme, rêve, attend… comme tout le monde. Elle ne semble déranger personne dans le quartier, or chose anormale : Malika travaille la nuit. Détrompez-vous : elle n’est pas infirmière. Elle est vendeuse de plaisir ! Elle rend service aux mâles qui en ont besoin, pour une raison ou une autre. En revanche, ils lui donnent des billets de banque en guise de remerciements.
Malika pourrait vivre paisiblement entre nous et même gagner notre respect (il faudrait bien qu’elle vive aussi), mais voilà : Une fille seule, avec sa réputation, cela provoque quelques incidents assez bruyants pour perturber notre quiétude et nous causer l’insomnie. Des fois, des « hommes », après avoir bu un verre de trop, viennent chercher le plaisir, chez elle (quand le ventre est « plein », il dit à la tête de « chanter »). Cela donne à peu près ceci : Vacarme, tapage nocturne, insultes et injures à trouer le tympan, disputes, bagarres, hurlements… Les voisins sortent de chez eux. Les petits se réveillent terrorisés. Les mères de famille s’indignent. Les badauds admirent le spectacle gratuit. Le « fquih » psalmodie des versets du Coran et annonce l’apocalypse pour demain. La police vient enfin et la fête se termine au commissariat… Il y a de quoi s’arracher les cheveux de la tête ! Mais, est-ce la faute de Malika ?
C’est la raison pour laquelle ma chère voisine ne fait plus «entrer» ses compatriotes. Elle préfère désormais les étrangers : ils sont plus polis et plus généreux. C’est pendant les vacances d’été que les affaires marchent mieux. On pourrait organiser un Congrès International pour la paix, la fraternité, la tolérance et l’amitié entre les peuples chez Malika. Il y en a de toutes les nationalités : Ceux avec le zéro sur le crâne et même les Occidentaux. Ces derniers temps, Malika a un penchant pour les Coréens venus à Agadir nous aider à pêcher nos poissons et à fertiliser notre économie nationale (pourquoi ne pas embaucher des Marocains à leur place ? Ne savent-ils pas pêcher ? Mais ça, c’est une autre affaire).
Un jour, dans le but de la taquiner un peu, je lui ai dit : «Malika, tu n’as pas peur que ces Asiatiques te fassent passer le Sida ? » Elle m’a répondu en souriant : « Le pire Sida c’est la faim et la misère. Avec ces Coréens, je me fais jusqu’à 800 Dhs par nuit. Tu me les donnerais, toi ? »
Elle dit vrai. Pour avoir le cœur net, il vous suffit d’aller faire un tour du côté d’un restaurant coréen, à la Ville Nouvelle « Restaurant Séoul ». Vous trouverez des dizaines de filles attendant patiemment leurs clients.
Si quelqu’un racontait la chose aux poissons, ils déménageraient pour exprimer leur dégoût ! Mais, chers poissons, est-ce la faute de Malika ?
Agadir, 16/12/1995Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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