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Sujet
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Agadir qui se veut «touristique» est une cité où les boissons enivrantes coulent à flot. Et Agadir qui se veut «respectable» réserve des lieux pour faire la fête jusqu’à ce que la voix du muezzin appelle à la prière du matin. On a le choix des lieux; il y en a pour toutes les bourses et tout est permis : le client est roi! Parmi ces édifices publics nocturnes, il y a un «trou» où l’ambiance ne bat son plein qu’à deux heures du matin. A la porte, un gorille sympathique te remet, ô mon ami, un carton blanc sur lequel on notera toute la quantité que ton gosier assoiffé aura pu avaler et que tu auras l’amabilité de rendre à la sortie après être passé à la caisse. Non, cher ami, ne crois surtout pas que la maison ne fait pas confiance à ses clients. Ce n’est qu’une façon comme une autre de faire les comptes; comptabilité oblige!
Tu dois descendre un escalier et passer par un couloir faiblement éclairé par des ampoules orange…Et te voilà, sain et sauf, dans une immense salle rectangulaire meublée de fauteuils, de petites tables, de sofas avec un coin réservé à l’orchestre et une piste si tu as envie de danser. La musique, le sourire des créatures angéliques maquillées et «vêtues» pour la circonstance, le premier verre, la première cigarette… Et te voilà dans un univers onirique et féerique. La soirée s’annonce pétillante! Les filles n’attendent qu’un signe de toi pour venir te tenir compagnie dans une allégresse et une ambiance bon enfant, à condition que tu sois généreux et que tu les invites à boire et à fumer… Le service est excellent et tout le monde est aimable, souriant, jovial, épicurien. Ne crains rien, mon ami, si quelqu’un veut jouer les rabat-joie, les gorilles l’invitent gentiment à quitter les lieux et laisser les gens continuer leur » Nachat »(réjouissance) en paix.
Te voilà bien installé et prêt a décoller. Tu discutes avec ton ami en élevant le ton à cause de la voix du chanteur qui maîtrise le répertoire de la chanson arabe du Golfe jusqu’aux litanies de nos « Shikhates»(chanteuses et danseuses populaires)… A la table voisine, un consommateur verse avec mégarde une bouteille mousseuse. Tu vois accourir une vieille femme qui essuie le liquide sous le regard dédaigneux de ton voisin et revient s’asseoir sur une chaise à côté de la porte. Elle a plus de cinquante ans, c’est sûr. Coiffée d’un foulard, elle porte des lunettes et un tablier blanc.
Ses rides racontent une vie interminable de labeur et de peine. Ses yeux montrent une douloureuse lassitude et un besoin urgent de repos.
Assise sagement sur sa chaise, elle semble attendre quelque chose ou quelqu’un. Elle est ailleurs. A quoi penses-tu grand-mère?…
Tu te lèves, mon ami, et tu te diriges vers elle. Tu lui parles un instant et tu lui remets quelque chose qu’elle met dans la poche de son tablier. Tu lui baises 1a tête et tu reviens à ta place. Ton ami te dit:
« – Qui est ce?
– C’est la femme de ménage.
– A cet âge? Mais qu’est-ce qu’elle est venue faire dans cette galère?
– Elle n’a pas trouvé mieux. Elle est obligée d’essuyer les vomissements des
ivrognes et des prostituées pour nourrir ses petits fils dont le père est mort
en les laissant proie à la misère.
– Quelle tristesse!… Et qu’est-ce que tu lui as donné?
– Rien… Allez, viens ! On s’en va. J’étouffe dans ce trou!»
Et tu es sorti, mon ami, morose comme la nuit. Comme tu as envie de crier ton dégoût et ta révolte contre cette vie cruelle et inique.
Cette grand-mère mérite d’être chez-elle, entourée de tendresse et de respect, en sécurité et en paix. Dans ce trou, elle n’est pas à sa place! Mais, qui est vraiment à sa place, mon ami ?Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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Honore