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Erhan, le 07-03-2010 08:38.
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6 mars 2010 à 8h56 #2778997
Non tu n’es pas stupide.
Au fait, un petit truc pour toi, voir poésie :
Au tréfileur de Belgique. (acrostiche) -
7 mars 2010 à 8h38 #2610230
Je descends, non sans avoir enjambé les cannettes vides,
les vêtements sales et un tas de choses innommables.Il est sept heures du matin, je suis la seule debout.
La téloche fonctionne encore. Mon père ,une bière à la main,
dort tel un mammouth sur le relax,qui a été récupéré dans
la décharge de la cité HLM.Mes frères aînés ne sont pas encore rentrés de leur sorties nocturnes.
Maman seule dans sa chambre me crie de ne pas oublier de passer
chez le boulanger.Je ne déjeune pas car il n’y a rien d’équilibré à manger.
Heureusement l’école n’est pas loin.Aujourd’hui j’ai fait des efforts pour être habillée « clean »
La cour de récré est terrible, toutes les filles sont habillées
en vêtements de marques, j’ai droit à toutes les remarques
désobligeantes.-Totoche, tu pues et t’es sapée comme un gravos.
Espèce de tache tu nous rends l’air irrespirable.Le groupe rigole. C’est mon lot quotidien, je ne réplique pas
car elles ont raison.Non je ne sens pas mauvais mais pour le reste, effectivement
je ne suis pas comme les autres : je suis une pauvre!Rester à la maison serait le pire pour moi, ici, à l’école j’existe.
Bien sûr je ne suis pas la meilleure élève, j’ai beaucoup de lacunes.
Tous les jours j’apprends et ça c’est merveilleux!
Parfois mon imagination m’entraîne dans des contrées
vierges de tous préjugés.Là-bas les gens sont bons. Pour moi, il n’y a pas d’alternative.
La réussite scolaire doit me sortir de ce carcan social.
Mes parents sont ce qu’ils sont ! Moi, seulement moi, suis en colère
contre ce sort qui a voulu que je vienne au monde dans cette famille.Elle n’est pas la mienne, certes le patrimoine génétique est là, mais
pour le reste je n’ai rien avoir avec ma famille!Monsieur Lepiges est mon professeur de français. C’est fou le plaisir
que j’éprouve durant son cours.Il est trop génial…Lui seul me met en valeur, il trouve que j’ai une
écriture romanesque. Je travaille comme une folle pour arriver
tout juste à la moyenne.Pour lui je suis une rescapée des camps de l’inculture.
-Mademoiselle, parce que vous avez été marqué au fer
rouge vous irez loin !La classe s’esclaffe comme à son habitude. Une voisine
me crache à la figure son mépris.-T’ es vraiment conne, t’arriveras jamais à rien.
Alors, chose que n’avais jamais fait monsieur Lepages ; il me tutoie.
-Non tu n’es pas stupide ! Je rectifie cet écart de langage on ne dit
pas conne mais stupide.Alors je deviens une princesse, inattaquable, belle, rendue très belle.
Car pour moi, les mots sont plus importants que les gestes.
Un geste peut-il exprimer la raison de la foi ?
Les mots ,eux seuls, peuvent expliquer l’inexplicable.
La journée à l’école professionnelle continue, je suis celle
qui fait honte.Un accord tacite entre les élèves m’exclue de tout…
Heureusement, j’ai mon journal intime. A lui, je raconte ce que je veux,
il ne se moque jamais de moi.Je pousse la lourde comme mon père aime le dire, je salue tout le monde,
pas de réponse…-T’as pas oublié le pain ?
-Non maman, il est sur la table. Ta journée s’est bien passée ?
-De quoi que tu causes ma filles ? Tu sais bien que le mardi je
vais chercher les colis nourritures aux restos du cœur !Et ça, ce n’est pas une partie de plaisir avec tous ces personnes.
– On dit « Toutes ces personnes »
-Maman, ils sont comme nous voyons !
-Ben quand bien même, y sont pas de notre pays.
N’ai rien avoir avec eux!Mon dieu, que je les déteste…
-Causes pas comme ça à t’man, chté déjà dis.
T’as pas vu mes g’noux ? Et puis quesqui t’prend ?
Fais pas la distinguée avec mouai, prépare le souper.
Pourquoi, ne fait-elle pas un régime ?
Pour elle, je suis squelettique. Des pâtes presque tous les jours,
à force ça vous fait des gros genoux.La maison est remplie de détritus. Papa fait cent quarante kilo
et maman en fait autant.Heureusement qu’il y a les revenus sociaux, sans quoi nous serions
en dessous des ponts.Mes frères, traînent dans les rues malfamées de Liège.
Je les soupçonne d’être des souteneurs.
A la maison, leur loi prédomine, je dois me soumettre à
toutes leurs volontés.
Pour eux l’honneur de la famille passe par moi.Que font-ils de l’honneur des femmes qu’ils font travailler ?
Bien sûr le sujet est tabou!J’aimerais tant faire découvrir à
ma famille un autre monde, celui du savoir, mais ils sont sourds
à mes appels de compréhension.Je me réfugie dans ma chambre, là ,je me suis inventé
un autre univers. Les photos de contrées lointaines tapissent
les murs qui ont été longtemps sans couverture.J’écris les faits marquants de la journée, j’émets le vœu de
devenir une femme de lettre.Oh! je ne serai pas un écrivain, mais une institutrice peut-être ?
Mettre mes doutes de côtés, prouver à la terre entière que je suis
quelqu’un de bien, rien n’est moins facile.Trouver cette porte de sortie, qui me manque tellement.
Evidemment il ne me reste que trois mois pour avoir mon diplôme
d’aide ménagère, et puis ce sera la grande délivrance.
Du moins je l’espère!Enfin je pourrai m’émanciper, quitter ce taudis est la meilleure chose
qui pourrait m’arriver.Tout fini par arriver, la fin d’année est là.
Mes examens se passent plutôt bien, à ma plus grande surprise,
un membre du jury m’a remarqué.
Il m’offre un emploi dans une maison de repos, avec à la clé un
petit studio.La liberté, oui ma fille tu ne rêve pas! La chance enfin te sourit.
Seul bémol ; la maison de repos se trouve dans le fin fond des Ardennes.
Mes frères vont-ils accepter ? Je suis folle de joie, vivement ce soir pour
l’annoncer à ma famille.Le soir venu, je prends mon courage à deux mains pour leur faire la surprise.
Tout le monde est réunit dans la cuisine, je profite du repas pour
leur annoncer ma bonne nouvelle.-Voilà, j’ai réussi à l’école, j’ai eu une mention très bien et une offre
d’emploi à la clé. Je suis folle de joie car l’offre d’emploi est accompagnée
d’une proposition de logement gratuit.-De quoi que tu causes ma filles? Quand t’esse que tu causeras comme
nous ?-J’ai un emploi, mais pour l’accepter il faut que j’habite là bas.
-Comment ? Pas question sœurette, t’es une fille de pauffe.
Il y a du boulot dans les bars, ça rapporte bien mieux.
-Tu veux faire de moi une prostituée ?
-Hé là, t’es ma sœur ! Y a rien de mal à servir au bar et a être
gentille avec les clients.En plus t’es pas mal foutue, ça peut te rapporter un max.
Tu sais les clients boivent plus quand ils ont en face d’eux
une belle nénette.-Mais enfin, vous ne comprenez rien ?
Je veux travailler dans un domaine qui me plait.
-Ben, ma fille faut te rendre à la réalité, il nous faut du blé .
On t’a laissé aller à l’école, maintenant il faut nous rembourser.
Tu nous rapporteras ton salaire jusqu’à ton mariage.
Je m’écroule psychologiquement avec une douleur indescriptible,
je quitte la cuisine sans un mot.Je les déteste, oh oui, comme je les déteste!
Je suis prostrée dans ma chambre, il faut que je donne une
réponse mais …Comment peut-on donner la chance à son enfant d’aller à
l’école et puis de lui demander un remboursement quelconque ?Non, je n’ai rien avoir avec cette famille, qui pourtant est bien la mienne,
malgré moi.J’ai honte de ces pensées car c’est l’anormalité qui me dérange,
comme en marteau qui cogne dans ma tête ,une idée m’obsède
de plus en plus ; je dois partir, je dois partir !Enfin, la libération arrive, ma décision est prise, je partirai demain.
Non, plus rien ne me retient ici, ils ne sont que le fruit du hasard
génétique.Certes mes parents m’ont donné la vie mais ils n’ont contribué à
aucun moment à mon épanouissement.Mon Dieu, que j’ai souffert d’être leur enfant.
Jamais un geste d’amour, ni un égard de quelque sorte que sois.
J’étais là, un point c’est tout ! Déjà à l’école gardienne les autres
enfants m’appelaient la gravossse.Il a fallu que je sois en secondaire pour prendre confiance en moi.
Maintenant ma vie m’appartient, quelle délivrance, merci mon Dieu.Il est six heures du matin, ils dorment tous, je quitte la maison
sans me retourner. Il fait merveilleusement bon, oh oui, il fait si bon. Ma nouvelle vie commence.Soudain une pensée m’envahit; si mes frères me poursuivaient?
La peur au ventre,je continue mon chemin vers ma nouvelle vie.
FIN
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7 mars 2010 à 8h38 #2779074
Moi qui suis un homme,j’ai honte!
Depuis mon enfance j’entends parler de l’égalité
entre les femmes et les hommes.
Force est de constater qu’il y a encore du boulot.
Merci Irma pour ton commentaire.
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