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Nuit froide.

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Erhan, le 28-02-2010 09:07.
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    Sujet
  • #2609913
    Jean Marie
      • Sujet: 212
      • Réponses: 667

      Je suis vétérinaire.
      L’angoisse. La buée sur mes lunettes.
      La buée aussi sur les vitres car beaucoup de monde attend en consultation !
      ….
      Vite !
      L’assistante m’indique le premier patient :
      « Ce sanglier est arrivé de très bonne hure ! »
      « Mais il a vraiment mauvaise mine !  » réponds-je.
      « Oh la vilaine blessure à la tête ! »
      « Je me suis cogné contre une porte phacochère. »
      « Appliquez cette pommade et jusqu’à guérison évitez de revoir votre cousin jaloux ! »

      Vite ! Vite !
      Un scorpion à l’agonie. La grenouille rieuse sa compagne s’agite et narre : »il crève d’orgueil car il s’est piqué de ses propres œuvres dard ! »
      Que faire ? J’en appelle à Confucius :  » Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour ». Je recule donc jusqu’à la bibliothèque. Oh ! Un San Antonio. J’en lis un peu au scorpion qui se sent modeste devant cette autre œuvre Dard : il infléchit son orgueil et cesse de se piquer. Il va déjà mieux. Plein de gratitude il me tend une pince que j’esquive en un salut amical et prudent.

      Vite ! Vite ! Vite !
      Voilà qu’un râle nasal énorme souligné d’un si bémol olfactif longuement tenu fait taire les bruissements dans la salle d’attente. Un petit oiseau posté sur une corne dit : « c’est mon rhinocéros qui a une rhino féroce ».
      C’est nase mais tous rient obséquieusement et offrent leur tour à l’imposant pachyderme à la phonation perturbée.
      J’examine l’arrière gorge, les oreilles et les ganglions du cou. Il faut dégager ses sinus.
      Je ne sais comment faire. J’aimerais qu’il prenne la tangente mais comprend-il les mathématiques ? Un éléphant est là. Il va m’aider, il est placé derrière le rhino. Tel l’avion ravitailleur il ajuste sa trompe et souffle fort et clair. Le rhino est dégagé : un cas à inscrire dans les annales ! Je nettoie le mur mais on me presse déjà.

      Vite ! Vite ! Vite ! Vite !
      Je m’enquiers du mal-être de l’éléphant dont l’émouvante expiration en dit, sur son état, long.
      « La vie vaut-elle de vivoter ?
      Je ne suis qu’un pachi pas cher.
      J’ai jeté ma trompe au cimetière des olifants.
      Je m’égare dans les alignements de cornacs.
      Mon musth n’est pas le must.
      Je voudrais regarder mes défenses d’ivoire
      Je voudrais regarder mais « défense d’y voir »… »
      Mon éléphanteau est un attardé.
      Je me suis fendu pour mon éléphante
      Et maintenant je suis dans la dèche au Bengladesh. »
      J’interromps l’éléphant.
      « Je vois. Vous venez de très loin. Vous êtes en déprime de déplacements. On va vous régler votre note de frais et vous serez à nouveau tout chaud pour la vie. »

      « Viiiiite ! » angoissa l’Assistante, « à ce rythme on n’aura jamais fini avant la nuit. »
      « Et on n’aura pas commencé avec l’ennui ! » réponds-je.

      Alors je fais vite ! De plus en plus vite !
      A cent à l’heure malgré la buée sur mes lunettes.
      A 150 à l’heure malgré la buée sur les vitres !

      Vite ! Vite ! Vite !
      Voilà une brebis qui pense avoir commis quelque chose de lait et qui en fait tout un fromage.
      Une vache native du taureau et dont le père est maire.
      Un cheval bi qui soufre d’ubiquité.
      Un mouton de pré salé et de loin encore plus.
      Un chien plein de vie, mais d’une chienne de vie

      Vite !
      Un cerf blessé en bandant son arc.
      Une biche stérile et qui sent des faons.
      Un cochon qui se prend pour un évêque.
      Un porc anthropophage et musulman.
      Une poule pondeuse irakienne dont l’œuf rate.
      Une dinde qui amène un canard aux quatre pattes cassées et qui n’y est pour rien, c’est sûr!

      Vite !
      Un tétard de grenouille-taureau qui a avalé une mouche-bœuf.
      Un chat rogné par un charognard.
      Un élan cassé.
      Un alpaga alpagué par une auto.
      Un buffle qui a perdu son souffle.

      Vite !
      Une chauve-souris qui se fait des cheveux.
      Un dromadaire qui se conduit comme un chameau.
      Une autruche qui m’émeut,
      Un bovidé qui se trouve moche,
      Un morse tout en trait-point,
      Un kodiak qui a avalé un appareil photo,
      Un mouton à l’haleine chargée,
      Une panthère noire qui…je ne la vois pas,
      Car il fait noir ! C’est déjà la nuit !
      Brutale ! Nuit … Noire … Nuit.

      Le conducteur du Samu :
      « Toubib ? Il en est où le véto ? »
      « On l’a perdu ! Terminé !
      La voiture ramène le corps dans la pluie noire et glacée.
      « Il roulait beaucoup trop vite ! Trop vite ! »
      « Avec cette buée sur les vitres ! »

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      • #2777778
        Erhan
          • Sujet: 121
          • Réponses: 1250

          Ouf! Je n’en peux plus! C’est un humour que

          j’adore. Quelle imagination! Bravo et merci,

          car en ces temps difficiles nous avons besoins

          d’humour.

          Mon Dieu! Quel véto!

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