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ONIROTHEQUE

  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Parceval, le 23-07-2015 07:31.
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    Parceval
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      ONIROTHEQUE

      Un jour que je songeais, assis au bord de l’eau, écoutant du ruisseau le glouglou sympathique, je vis venir vers moi un être fantastique… Il était multiforme et sa couleur changeait. Il me considérait du haut de ses facettes : Un peu de fée classique, zeste vieillard austère, on pourrait ajouter du chérubin espiègle, quelque héros antique, sans oublier les elfes, un troll et des marins. J’arrête là ma liste, c’est sûr un magicien m’avait jeté un sort. Reflets dans mon regard, il m’a rendu hagard. Rassemblés tous en un, ils tenaient conférence, et j’en étais sujet…
      Dans le concert des voix :
      -Tu vois, il est en Chine
      – Ne faut pas l’y laisser
      -Il pourrait se figer en pot de gélatine
      -Ou alors se noyer dans sa version latine
      – On a ce qu’il lui faut : L’élixir d’imagine
      – Faisons lui l’overdose, parfumée eau de rose…

      Lorsque je m’éveillais, le nez dans mes grimoires, ma bougie était noire, ça sentait le moisi. Seul brillait en pénombre, accrochant tout le feu, un flacon merveilleux, qui sentait la promesse. Ma main téléguidée, attrape au cabochon cette fiole magique. D’une seule rasade, j’aspire le nectar pour étancher d’un coup la soif qui me dessèche. Là, je ne savais pas, j’ai allumé la mèche…

      Tombais dans grand puits, une tour à l’envers. Je nageais dans l’éther, et l’air était de l’eau, à part que l’eau de là, c’est onde médiatique. Feuille morte ou triton, je me laissais aller, découvrais l’autre monde. Les parois de ce puits, cette fosse abyssale, tout de pierres polies, dessinaient deux spirales. Le long de ces rubans, comme un escalier double, j’aurais bien pu descendre en ayant cru monter, des niches étaient creusées, tout comme un pigeonnier.

      Je m’aperçus bien vite, dans mon exploration, que chaque cavité, d’une bibliothèque, pouvait avoir le nom, associé à un thème. Lors des escales brèves, ou bien plus prolongées, je pus prendre mes aises, car le niveau d’intérêt que je porte au sujet influe directement sur le nid proposé. Ainsi je passe vite, du placard poussiéreux où dorment quelques livres qui n’ont pas eu mes vœux, au niveau de chapelles, voire de cathédrales si je sens des trésors enfouis en rayonnages. Plaisir de compulser. Si mieux que feuilleter, je veux me mettre à lire, surgit, instantané, un vaste canapé. J’ai fait un beau voyage au royaume imprimé et même débordé aux rayons illustrés.

      D’abord j’eus la curiosité de faire un peu le point de quelques connaissances et partis explorer les sphères du savoir. Les sciences et les techniques, un peu plus loin l’histoire. Je pense avoir trainé dedans un bon moment, mais je n’eus jamais faim, la masse des données était roborative ; les sources de l’histoire m’abreuvaient largement.
      Il m’était difficile de choisir les sujets, parmi tous les volumes sériés et classés. A peine ai-je pensé cette tâche barbante je que vis un écran paraître sous mon nez. Etait inscrit dessus « donne-moi des mots-clés ! » J’ai joué du clavier qui pendait en dessous et ainsi programmé ma croisière en escales. L’embêtant là-dedans, c’est que pour chaque escale, il y a des excursions ; comme elles sont gratuites, on se laisse tenter : dispersions, diversions. Il faut se policer, revenir au niveau des généralités, réserver le détail à mes affinités.
      De mes cheminements dans l’encyclopédique je ne voudrais tirer que quelques anecdotes, et quelques réflexions du piètre philosophe sur la marche des temps…
      Donc, selon mon envie, J’ai ainsi navigué de l’infiniment grand au plus que tout petit ; remonté jusqu’à nous, surfant l’astronomie et abordé l’histoire de notre boule bleue, les traces de la vie, et ce que nous en fîmes, ce que nous en faisons, ce que nous en ferons.

      Le voyage fut long, encor que passionnant, et revenu au bord de ma tour de Babel, je me suis reposé, saturé des images et submergé de chiffres. Je le rejouais soft, condensais tout cela en quelques impressions qui toutes convergeaient vers la même angoissante question : d’où venons-nous, où allons nous, que signifie tout ça, qui drive la mécanique, pourquoi moi je suis là… Question générique, l’alpha et l’oméga, question métaphysique, à délirer bien grave, façon philosophique ? Pas de réponse simple, qui renie la question. Avec tous les savants, matheux et physiciens, la recherche avance éclaire des lumignons, découvre dix questions pour un item réglé….
      Je m’imprègne d’une évidence : l’important c‘est la quête, c’est la curiosité, le désir de savoir, celui d’aller chercher les clefs de l’avenir. C’est cela qui nous fait supporter d’être ce que nous sommes, nous les petits emmerdeurs, qui posent les questions, et puis qui la ramènent, notre science bien sûr. Je regarde mes doigts, devine les cellules, atomes et particules, plus les sous particules, je me sens plein de vide, errant dans le cosmos au vent des galaxies…
      Mince de cogitations, je vaticine grave. Mais bon, ça fait du bien de temps en temps de prendre la mesure des grains de la poussière.
      Je replonge aussi sec dans les vents de l’histoire. Je remarque au passage de tous ces courants d’air, que souvent les jalons sont liés aux techniques : feu, pierre, et métal ; que l’homo habilis par là s’outille et s’arme en chasseur agricole, pour souligner l’essor des peuples industrieux. Le reste, soyons modestes, n’est que pâle copie des lois de la nature, donc la loi du plus fort des bras et de la tête. Ceci quel que soit l’habit dont on la pare. Les rois et les tyrans, despotes et monarques, ce sont bien eux qui marquent les pages du manuel. Qu’en aurait-il été, sans les peuples, les gens, les bâtisseurs de grand, les forçats de la terre, les géo trouve-tout ?

      Je me suis étonné, parcourant ces chemins, qu’il soit des moments-clé, et qu’en ces moments-là, sur quoi se sont joués les tournants de l’histoire ? Un amour contrarié, l’issue d’une bataille, le petit grain de sable qui fait tout dérailler, eurékas improbables de quelques inventeurs, ou de simples erreurs…
      On se prend à rêver : Un Alexandre vacciné, un César pas assassiné, si le midi avait voulu… On digresse, on digresse. Prenons plutôt du recul : les grecs et les romains, les perses et les tartares, qui ont fondé empires et marqué nos cultures, où sont-ils donc passés, celtes et wisigoths, incas et puis tant d’autres. A peine des lueurs dans la trame des temps, à peine plus que siècles, quelquefois décennies. Ca laisse un peu rêveur… Dans les couloirs du temps, il en est de bien sombres, où couvent des horreurs que je veux méconnaitre.
      Je quitte mes volumes, m’endors sur mon fauteuil, migraine or not migraine ? J’ai la tête en carton. C’est la dernière escale. Au réveil je lèverai l’ancre pour d’autres aventures.
      La suite du voyage sera plus littéraire, visites de grands auteurs, dont j’apprécie la plume, poètes et narrateurs.
      Ce sera du rapide, la revue des célèbres, même des monuments, du passé du présent, les piliers du classique. Un passé de lecteur, plutôt bien éduqué, en a laissé bien peu à découvrir encor, ou à vouloir le faire, même si c’est à tort. De les savoir tous là, en belle reliure, voila qui me rassure. Et s’il me prend l’envie d’aller à la recherche du temps perdu, je pourrai bivouaquer dans ce temple…
      Non, ce qui me fait fouiner parmi maintes alvéoles serait plus « populaire » : les romans, les aventures, les polars, les histoires fantastiques, la science fiction ; avec tous les bons ingrédients qui vont avec : aventures, sentiments, amour, action, suspense, mystère, dépaysement, sans oublier l’humour. Tout ce qui m’apporte la détente et le rêve. Et dans ce vaste corridor, je me refuse à hiérarchiser.

      Les auteurs « dans le vent » forçats du best-seller, et d’autres plus modestes, m’intéressent tout autant. J’irai même jusqu’à dire que la « littérature de hall de gare » et les « harlequinades » ont aussi leurs lettres de noblesse. On y trouve parfois des bijoux qui auraient largement mérité la faveur d’éditeurs chasseurs des prix d’automne. Allez, basta ! Je vais passer pour une incorrigible fleur bleue. Ce qui n’est pas tout à fait faux.
      Bon, je vous dis tout : J’aime les écrivains, mais j’ai un faible pour la section oniroscribes, les faiseurs d’univers où se croisent à l’envi, la grande histoire et l’actualité, le rude réalisme et l’utopie rêvée, ici et maintenant, ailleurs et puis demain, les héros attachants et les petites gens, les nobles sentiments et les sombres desseins … Vous avez imprimé ?
      Alors vous pouvez comprendre pourquoi, dans cet entracte sans bâtonnets glacés, je me suis effrayé de poursuivre l’exploration de cet univers-là. J’étais un peu perdu. Tout en bas, ou peut-être en haut, c’était plutôt brumeux, avec un parfum d’infini… Il me fallait de l’aide. Et soudain il fut là, compagnon éthéré : je l’appelais Mentor.
      Voyons, me dit ce spectre, tu es un peu coincé, à part le coin BD, pas de son, pas d’image. Tu n’es qu’un interactif pauvre, avec tes mots-clés simplets.
      Laisse-moi te guider, je t’offre le royaume, le paradis des jeux, le land de l’aventure où c’est toi le héros.
      Mentor le tentateur, pour appuyer ses mots, sortait de son chapeau maintes images et musiques. J’étais un peu comme Pinocchio devant la porte de la fête foraine, et comme lui je suis entré…
      L’antre était profond, vaste comme une mer, étendue chahuteuse, que mon guide avisé me rendit sympathique ; il me fit visiter la galerie des jeux où se trouvaient présents les nouveaux et classiques. J’eus droit à la revue des plaisirs néophytes pour nouvel échoué de ces rives ludiques.

      C’était en quelque sorte le premier cercle, celui de l’impétrant à qui échoient de droit un écran permanent, un clavier, des joysticks et autres manettes. La sono est au choix, d’ambiance ou écouteurs ; tu peux jouer tout seul ou bien suivant le cas en équipe, contre un adversaire, unique ou pluriel. Mentor s’est institué mon sparring-partner, et il avait plus le don d’ubiquité.
      Il y avait de tout : La reprise des jeux de société, cartes poker, monopoly,
      tests de connaissances et de réflexion, trivial poursuite et autres quizz, les cluedos.
      Ensuite venait le niveau où l’on peut animer un héros virtuel dans ses aventures plus ou moins périlleuses, ou d’ailleurs perdre y compris la vie n’a aucune importance. Après un classique « Game over », le héros repart frais et dispos. On reste là dans un cadre élémentaire, voire simpliste. La thématique se résume à deux items : Les gendarmes et les voleurs (les bons et les vilains méchants) et l’exploit.
      Belle ludothèque : les sports collectifs et individuels, les jeux de stratégie, économique et militaire, jeux d’adresse et de malice, la chasse aux fauves, aux trésors, la quête de maints graals, et j’en passe. Tout cela décliné en multiples versions richement habillées. J’ai « feuilleté » le catalogue et, pas de surprise, j’ai essayé quelques échantillons.
      Eh bien, on est vite dans le bain, et pour tout dire, on apprend à nager rapidement. Même que je me suis régalé, complètement absorbé à gagner mon trésor, puis à rétablir la loi et l’ordre, cramponné à mes manettes, moite de sueur.
      Mentor m’a fait chuter. Il souriait de mon plaisir enfantin. Ce petit machiavel m’a trouvé sans doute assez mûr pour aborder le deuxième cercle. Il a habilement fait évoluer la discussion sur les limites de ce type de jeux.
      -Tu verras, me dit-il, tu en auras vite marre, de manager super Mario, de piloter les petites voitures, et jouer les chevaliers en armure terrassant le dragon.

      -Tu n’aurais pas envie, toi le mangeur de papier, d’écrire le livre où c’est toi qui occupe la pôle position, la saga où les fils de l’histoire sont tenus dans tes doigts ?
      A quoi je répondis, curieux et déjà intéressé : – Comment est-ce possible ?
      -Dans le royaume de la virtualité, il n’est rien d’impossible, je vais te l’expliquer…
      Tu as entendu parler des jeux de rôle ? Un peu, eh bien on va repartir de ces jeux dans une version plus aboutie ; avec les moyens actuels, tu penses !
      – Bon, on te donne un cadre, un environnement, une histoire, avec les personnages, en principe très réalistes dans le contexte. Tu choisis d’être un des acteurs dans le sens où tu endosses au plus près sa personnalité et tu « vis » cette histoire avec le sentiment d’une certaine « autonomie ». Les autres rôles se chargent de contenir les événements dans la trame prévue. Quelquefois, on offre la possibilté d’opter pour différents scénarii. Pour imager : tu suis le fleuve jusqu’au delta et là tu choisis parmi les bras qui mènent à la mer.
      – Tu saisis l’aventure ? Revisiter le film, toutes les sagas et fictions, les séries, les reconstitutions historiques, les visions du futur, baroques et fantastiques. Etre plongé dedans, ressentir toutes les pensées, les émotions de celui que tu habites ?
      Comment ne pas être tenté par ce baratineur de première, émule de Méphisto subjuguant le pauvre Faust. J’ai quand même voulu voir la carte du menu avant de déguster. Tous plus attirants les uns que les autres, quoique majoritairement rattachés aux quêtes et conquêtes, baroques, gothiques, genre histoires sans fin et jeux de pouvoir. J’avais comme une pointe de réserve. J’ai passé outre, sans doute pour ne pas paraître trop timoré, et choisi un scenario simple.
      Que dire de mon trip, sinon qu’il fut extra, mais dont j’ai eu un mal de chien à sortir et reprendre contact avec ma réalité du moment. Epuisé aussi, tous les sens exacerbés, difficile de redevenir moi.

      Mentor m’attendait à l’entracte : – Alors, mon ami ? Tout ce que je trouvais à dire fut : – Whaou !
      – Tu vois, je te l’avais bien dit.
      – Et encore, ça n’est pas le summum. Le top du top est en train de se faire. Ni plus ni moins, tu deviens le démiurge, non seulement tu crée ton environnement, mais tu crées ton personnage, physique et mental. Pas de limite dans le temps, tu intègre ton alter égo quand tu veux jouer, et c’est lui qui est toi, qui évolue dans son monde et crée sa vie. Le pompon, c’est de partager ce monde avec d’autres joueurs adeptes. Tu perçois le potentiel ?
      J’en ai rêvé un moment, et puis j’ai décroché… mon petit doigt me dit :
      A vivre dans les autres, en tout lieux, tout le temps, mon ego s’effiloche, en minces filaments. Au secours je m’efface, Big Brother droit devant, il veut me formater, même les sentiments. Dans ce marais de Lerne, l’Hydre de l’addiction guette les imprudents avides d’émotions. A moi, retrouvez-moi, mes livres imprimés, sortez donc moi de là, de l’irréalité. Car dans ce monde-là, y a rien à inventer, tout est prédigéré.
      Et cette incantation m’a sauvé de l’extrême, de la fascination. Vrai que c’était trop bon, trop top, et super hype, mais moi ça me fait peur. J’abandonnais Mentor, l’ami qui veut du bien, son armée de lutins. Exit le virtuel, revins à l’essentiel.
      J’ai besoin d’innocence, aussi j’ai regagné le beau rayon des livres pour apprentis bébés. Et Babar m’a calmé, Spirou m’a requinqué, Dingo m’a bien fait rire. Sauvé, j’étais sauvé. Quitté les illustrés, revenu à mes livres, mes auteurs préférés, ceux qui me font planer. Et ceux à découvrir, dont on va nous parler, dans le salon douillet de notre médiathèque.
      Mon imagination, elle, n’a pas de limites. Elle est comme ce trou rond, elle
      n’a pas de fond. Elle se nourrit des livres, en autoproduction de trips et de délires ; elle n’a pas besoin de rêves en boite et en rayons ; pas besoin de moteurs, c’est bien mieux la roue libre…

      Mais voici que ma tour, mon puits ou mon tonneau, rubans de Moebius, mon château cornélien, ou peut-être ma tête, enfle comme un ballon au ciel des étourneaux, explose à la fin en fines gouttelettes…

      Ah, oui, où j’en étais…Un jour que je songeais,
      assis au bord de l’eau, écoutant du ruisseau,
      le glouglou sympathique,
      je vis venir à moi un énorme escargot.
      Il me dit tout de go : t’as vu les gouttes d’eau ?
      Elles mangent le soleil…
      Compris, j’étais au ciel du spatio-culturel,
      J’en ai goûté le miel…
      Je suis resté poète et amoureux des mots.

      Parceval
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        Parceval
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