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Sabine Sicaud

  • Ce sujet contient 4 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par cyrael, le 07-10-2022 06:28.
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    Sujet
  • #2696421
    Plume de diamant
    ★★★★★★
    cyrael
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      poème

      Le chemin de sable

      Sabine Sicaud

      Ne pas se rappeler en suivant ce chemin…
      Ne pas se rappeler… Je te donnais la main.
      Nos pas étaient semblables,
      Nos ombres s’accordaient devant nous sur le sable,
      Nous regardions très loin ou tout près, simplement.
      L’air sentait ce qu’il sent en ce moment.
      Le vent ne venait pas de l’Océan. De là
      Ni d’ailleurs. Pas de vent. Pas de nuage. Un pin
      Dont le jumeau fut coupé dans le temps
      Était seul. Nous parlions ou nous ne parlions pas.
      Nous passions, mais si sûrs de la belle heure stable !
      Ne te retourne pas sur le chemin de sable.

      Sabine Sicaud,
      Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958 (Recueil posthume)

      _____________________________________________________

      Douleur, je vous déteste

      Sabine Sicaud

      L’Honneur de souffrir
      Anna de Noailles.

      Douleur, je vous déteste ! Ah ! que je vous déteste !
      Souffrance, je vous hais, je vous crains, j’ai l’horreur
      De votre guet sournois, de ce frisson qui reste
      Derrière vous, dans la chair, dans le coeur…

      Derrière vous, parfois vous précédant,
      J’ai senti cette chose inexprimable, affreuse :
      Une bête invisible aux minuscules dents
      Qui vient comme la taupe et fouille et mord et creuse
      Dans la belle santé confiante – pendant
      Que l’air est bleu, le soleil calme, l’eau si fraîche !

      Ah ! « l’Honneur de souffrir » ?… Souffrance aux lèvres sèches,
      Souffrance laide, quoi qu’on dise, quel que soit
      Votre déguisement – Souffrance
      Foudroyante ou tenace ou les deux à la fois –

      Moi je vous vois comme un péché, comme une offense
      À l’allègre douceur de vivre, d’être sain
      Parmi des fruits luisants, des feuilles vertes,
      Des jardins faisant signe aux fenêtres ouvertes…

      De gais canards courent vers les bassins,
      Des pigeons nagent sur la ville, fous d’espace.
      Nager, courir, lutter avec le vent qui passe,
      N’est-ce donc pas mon droit puisque la vie est là
      Si simple en apparence… en apparence !

      Faut-il être ces corps vaincus, ces esprits las,
      Parce qu’on vous rencontre un jour, Souffrance,
      Ou croire à cet Honneur de vous appartenir
      Et dire qu’il est grand, peut-être, de souffrir ?

      Grand ? Qui donc en est sûr et que m’importe !
      Que m’importe le nom du mal, grand ou petit,
      Si je n’ai plus en moi, candide et forte,
      La Joie au clair visage ? Il s’est menti,
      Il se ment à lui-même, le poète
      Qui, pour vous ennoblir, vous chante… Je vous hais.

      Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
      Aux pires trahisons ! Je sais
      Que vous serez mon ennemie infatigable
      Désormais… Désormais, puisqu’il ne se peut pas
      Que le plus tendre parc embaumé de lilas,
      Le plus secret chemin d’herbe folle ou de sable,
      Permettent de vous fuir ou de vous oublier !

      Chère ignorance en petit tablier,
      Ignorance aux pieds nus, aux bras nus, tête nue
      À travers les saisons, ignorance ingénue
      Dont le rire tintait si haut. Mon Ignorance,
      Celle d’Avant, quand vous m’étiez une inconnue,
      Qu’en a-t-on fait, qu’en faites-vous, vieille Souffrance ?

      Vous pardonner cela qui me change le monde ?
      Je vous hais trop ! Je vous hais trop d’avoir tué
      Cette petite fille blonde
      Que je vois comme au fond d’un miroir embué…
      Une Autre est là, pâle, si différente !

      Je ne peux pas, je ne veux pas m’habituer
      À vous savoir entre nous deux, toujours présente,
      Sinistre Carabosse à qui les jeunes fées
      Opposent vainement des Pouvoirs secourables !

      Il était une fois…
      Il était une fois – pauvres voix étouffées !
      Qui les ranimera, qui me rendra la voix
      De cette Source, fée entre toutes les fées,
      Où tous les maux sont guérissables ?

      Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958 (Recueil posthume)

      l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
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