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Trois fois dix (Nelly)
La lumière filtre à travers les persiennes, et vient la taquiner au sortir du sommeil. Le jour lui fait de l’œil. Elle repousse les draps, toujours un peu surprise de n’être pas chez elle, s’étire en contemplant l’homme qui dort prés d’elle. Thomas. Il tient l’agence Hertz à Marignane. Ça fait bientôt un an qu’ils sont ensemble; enfin, épisodiquement. Repue, un peu moulue, la nuit fut agitée. Il a sorti le grand jeu et maintenant il dort comme un enclume en ronflant en sourdine. Oui mais voilà, repue sans appétit de prolonger l’histoire. Elle quitte le lit sur la pointe des pieds, récupère ses vêtements épars, file à la salle d’eau pour une toilette de chat, enfile ses effets et quitte l’appartement discrètement. Elle voulait déjeuner en paix à la maison et réfléchir un peu.
Elle s’en veut d’avoir laissé cette relation durer. Certes, c’est un très bon amant, mais voilà, il a quatre ans de moins qu’elle et elle sent venir des attitudes de propriétaire. Et ça, elle n’en veut pas, d’autant que vu la fréquence de leurs rendez-vous, elle ne se jurerai pas seule à occuper son cœur: Il y a tellement de belles hôtesses à Marignane. Elle va le larguer, gentiment, pour pas qu’il pleure….
Voilà: trente balais, elle va fêter ça en boîte, avec ses amis et Amandine bien sur. Confirmer son statut de célibattante. Elle consomme, mais elle n’aime pas. C’est plus fort qu’elle, mais elle ignore pourquoi. Pourtant il y en a eu qui auraient voulu lui donner l’envie d’aller plus loin. Parions qu’un psy en aurait facilement trouvé la cause. Amandine, elle, est extravertie par nature, et lui a confié récemment qu’elle ne pourra jamais être mère.
Et puis il y a Derek, un véritable ami, lui. Elle l’a rencontré lors d’une exposition en galerie où il tenait l’affiche. Artiste peintre, beau gosse et talentueux par dessus le marché. Ils ont sympathisé en devisant sur son travail qu’elle apprécie. De loin en loin, elle se serait bien laissée glisser vers une relation intime. Il est disert, toujours de bonne humeur, spirituel, le sens de l’humour, tout pour plaire, quoi! Il l’a invitée à son atelier, lui demande s’il peut la croquer, au fusain bien sur, ils ont beaucoup parlé; elle pensait honnêtement à ce qui devait suivre. Mais qui n’a pas suivi: beaucoup de tendresse et d’empathie, il a gentiment botté en touche, lui glissant au passage qu’il en était. Ils en ont ri tous les deux. Alors copain, copain… Il lui fait découvrir le milieu des arts, rencontrer ses amis peintres, sculpteurs, comédiens. Elle devient assidue des vernissages. Il lui est devenu précieux, Derek, comme il signe. Et utile: quand quelque Casanova l’importune, il est toujours là pour donner le change. Elle a accepté de poser nue, mais en attitude telle qu’on ne puisse l’identifier: avec son boulot, il faut éviter de faire jaser…
Indépendance day ! Le temps est venu de penser à travailler en solo. Cela fait quelque temps qu’ Amandine s’est fait un nom par la qualité de ses plaidoiries lors de procès importants. Quant à Nelly elle est souvent demandée chez D&R, non pas qu’il y ait une clientèle d’habitués, sauf exception, les mêmes personnes n’ont pas besoin souvent de ses services, mais le bouche à oreille est un très bon vecteur. Elles ont des discussions animées sur le sujet, passant en revue tous les cas de figure: exercer à leurs domiciles respectifs ça n’est pas faisable. Il faut une pièce dédiée, un espace d’accueil, et avec leurs T2 elles n’ont plus qu’à camper sur le palier!
Louer un local chacune pouvant faire l’affaire, et pas trop excentré: on peut mais ça sera lourd. Le tour de la question les ramène à ce qu’elles avaient pensé lors de leurs débuts: mutualiser leurs moyens dans un même local, plus vaste, qui reste à trouver. Elles s’entendent suffisamment bien pour l’envisager sereinement, et leurs spécialisations se recoupent pour offrir dans ce cas le panel complet du service avocat. Qui sait à l’avenir avec un accueil-secrétariat. Ce qui n’empêche pas de prévoir un cadre juridique précis à leur association. Bon, elles se mettent en quête d’un local en location, commercial ou privé pouvant le devenir, dans les cent mètres carrés…Elles informent leurs employeurs de ce projet, pour arrondir les angles et rester en bons termes, dés Janvier. Et se jettent à l’eau à Pâques: Lettres de démission, préavis de trois mois. Acceptées sans trop de problèmes: Les promos de capéîstes se succèdent. Elles seront vite remplacées…
Et l’on se jette à l’eau…
A suivre, si vous voulez en savoir plus
Parceval
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