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Un évangile – François Coppée

  • Ce sujet contient 3 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par RomanNovel, le 01-11-2025 15:52.
  • Créateur
    Sujet
  • #2723476
    Mascotte d'Oasis
    RomanNovel
      • Sujet: 1171
      • Réponses: 10526


      En ce temps-là, Jésus, seul avec Pierre, errait
      Sur la rive du lac, près de Génésareth,
      À l’heure où le brûlant soleil de midi plane,
      Quand ils virent, devant une pauvre cabane,
      La veuve d’un pêcheur, en longs voiles de deuil,
      Qui s’était tristement assise sur le seuil,
      Retenant dans ses yeux la larme qui les mouille,
      Pour bercer son enfant et filer sa quenouille.
      Non loin d’elle, cachés par des figuiers touffus,
      Le Maître et son ami voyaient sans être vus.

      Soudain, un de ces vieux dont le tombeau s’apprête,
      Un mendiant, portant un vase sur sa tête,
      Vint à passer et dit à celle qui filait:
      « Femme, je dois porter ce vase plein de lait
      Chez un homme logé dans le prochain village;
      Mais tu le vois, je suis faible et brisé par l’âge,
      Les maisons sont encore à plus de mille pas,
      Et je sens bien que, seul, je n’accomplirai pas
      Ce travail, que l’on doit me payer une obole. »

      La femme se leva sans dire une parole,
      Laissa, sans hésiter, sa quenouille de lin,
      Et le berceau d’osier où pleurait l’orphelin,
      Prit le vase, et s’en fut avec le misérable.
      Et Pierre dit:
      « Il faut se montrer secourable,
      Maître! mais cette femme a bien peu de raison
      D’abandonner ainsi son fils et sa maison,
      Pour le premier venu qui s’en va sur la route.
      À ce vieux mendiant, non loin d’ici, sans doute,
      Quelque passant eût pris son vase et l’eût porté. »

      Mais Jésus répondit à Pierre:
      « En vérité,
      Quand un pauvre a pitié d’un plus pauvre, mon père
      Veille sur sa demeure et veut qu’elle prospère.
      Cette femme a bien fait de partir sans surseoir. »

      Quand il eut dit ces mots, le Seigneur vint s’asseoir
      Sur le vieux banc de bois, devant la pauvre hutte.
      De ses divines mains, pendant une minute,
      Il fila la quenouille et berça le petit;
      Puis se levant, il fit signe à Pierre et partit.

      Et, quand elle revint à son logis, la veuve,
      À qui de sa bonté Dieu donnait cette preuve,
      Trouva sans deviner jamais par quel ami,
      Sa quenouille filée et son fils endormi.

      François Coppée, Les récits et les élégies (1878)

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    • Auteur
      Réponses
      • #3591042
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami Roman,

          Magnifique histoire que j’ai adoré lire !

          Belle soirée Cher Ami poète Roman !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3591057
          Mascotte d'Oasis
          Marie-Thérèse H.
            • Sujet: 1727
            • Réponses: 26263

            Bonjour RomanNovel,

            Une bien jolie histoire qui m’a beaucoup émue

            Merci du partage belle journée l’ami bisous

          • #3591266
            Mascotte d'Oasis
            RomanNovel
              • Sujet: 1171
              • Réponses: 10526

              Merci à toutes les deux d’avoir apprécié votre lecture.

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