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Sujet
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Vers 16 heures, il ne restait pas beaucoup de monde. Avec mon ami Alain, on était là depuis plus d’une heure, malgré le fait que personnellement, j’avais d’autres chats à fouetter. Lui, Alain, il refusait de bouger. Je le croyais connaître, on se connaissait depuis plus de 10 ans et j’étais surpris par sa détermination, par son attitude face à la situation.
– Est-ce que t’as remarqué, me dit-il avec des éclats dans ses yeux, est-ce que tu t’es aperçu de cette fille derrière toi, à quel point elle est belle, qu’elle ne cesse pas de me regarder. Ne te retourne pas, s’il te plaît ! Pas maintenant. En réalité, ma curiosité a été mise à l’épreuve. En faisant semblant de ramasser un objet par terre, j’ai tourné la tête et j’ai failli rester bloqué dans cette position.
– Écoute, Alain, elle est vraiment superbe, mais qu’espères-tu avec elle ? Je me suis levé pour aller acheter quelque chose au bar. En retournant, j’ai changé la position de ma chaise pour l’avoir en face.
À table, avec cette fille, il y avait un couple âgé, qui paraissait ses parents. La discussion était assez animée, avec le vieux qui ne cessait pas de lui montrer la montre, certainement pour l’obliger à partir. De temps en temps, j’ai remarqué que la fille jetait des regards vers Alain, avec un intérêt bien évident.
Alain, je connaissais le succès auprès des filles étant un très beau garçon, très cultivé et drôle. Ce que je n’arrivais pas à comprendre, son état émotionnel, sa surexcitation auprès de cette ravissante fille, en connaissant sa maitrise avec les filles. Elle a commandé une glace et je ne vous le dis pas, la tête du vieux avec sa femme en train de le calmer. Alain a fait signe au garçon en lui demandant encore deux bières, un bout de papier et un crayon. J’ai bien compris son attention.
– Tu vois la fille là-bas, donne-lui ce papier discrètement, s’il te plait, en lui glissant quelques pièces. Le serveur a bien accompli sa mission et l’on a remarqué la fille lire le papier caché dans sa main. Avec un sourire bête, Alain attendait une réponse, évidemment positive. La fille tourne calmement la tête et l’on a vu une tristesse infinie dans ses yeux bleus, magiques. Alain, énervé, me dit.
– Ah, ses parents bornés, vient, on va partir. En passant à côté d’elle, il n’a pas pu s’empêcher de lui faire signe de téléphoner. La fille a baissé la tête, l’ignorant. Dehors, Alain était hors de lui.
– Viens, on va se cacher et on va voir pourquoi elle a changé d’avis. Derrière les parents et stupéfiés, on a compris pourquoi cette beauté esquisse ne voulait plus d’Alain. Attachée à deux béquilles, avec les jambes atrophiées, elle peinait à se déplacer. Sans un mot, on se sentait mal, bêtes. On a compris la souffrance de cette admirable âme qui voulait peut-être pour une fois laisser avec délicatesse une bonne image d’elle pour un garçon qu’elle admirait.
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