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[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=599389aragonjeune2.jpg]
[/url]Je me souviens de cette ville
Dont les paupières étaient bleues
Où jamais les automobiles
Ne s’arrêtent que quand il pleutUne lessive jaune et rose
Y balançait au bord du ciel
Où passaient des canards moroses
Avec un ventre couleur mielOn y a des manières d’être
Qu’ailleurs on ne voit pas souvent
Juste s’entrouvre une fenêtre
Qu’un rideau blanc s’envole au vent
…La vie avait fait ses vendanges
Il faut laisser poser le vin
Nous n’avions pas tous un coeur d’ange
Dans les vignes des années vingtJ’étais plus fou que raisonnable
Elle ou moi qui donc s’en alla
Mais sait-on bien pourquoi le sable
Retombe ici plutôt que làJ’arrivai par un soir de fête
Les enfants portaient des flambeaux
Tous les vieux jouaient les prophètes
Tous les jeunes gens semblaient beaux
…On avait cueilli les lavandes
Cela se sentait à plein nez
Aux mains furtives qui se tendent
Comme aux paniers abandonnésJ’avais ma peine et ma valise
Et celle qui m’avait blessé
Riait-elle encore à
Venise
Moi j’étais déjà son passéLe pays me plut comme plaisent
Les gares que l’on voit du train
Mon adresse y fut
Chez
Thérèse
Treize
Place des
TambourinsSous les platanes de la place
Il se contait mille folies
Rêver seul à la fin vous lasse
Ne rien faire ensemble vous lieJ’adore le bruit des fontaines
La pierre humide où l’on s’assoit
Adieu ma princesse lointaine
Ici bavarder va de soiIl existe près des écluses
Un bas-quartier de bohémiens
Dont la belle jeunesse s’use
A démêler le tien du mienEn bande on s’y rend en voiture
Ordinairement au mois d’août
Ils disent la bonne aventure
Pour des piments et du vin douxOn passe la nuit claire à boire
On danse en frappant dans ses mains
On n’a pas le temps de le croire
Qu’il fait grand jour et c’est demainOn revient d’une seule traite
Gais sans un sou vaguement gris
Avec des fleurs plein les charrettes
Son destin dans la paume écrit
…Un jour sous les arbres du fleuve
Pourquoi s’était-elle arrêtée
Fallait-il fallait-il qu’il pleuve
Comme il peut pleuvoir en étéJ’ai pris la main d’une éphémère
Qui m’a suivi dans ma maison
Elle avait les yeux d’outre-mer
Elle en montrait la déraisonElle avait la marche légère
Et de longues jambes de faon
J’aimais déjà les étrangères
Quand j’étais un petit enfant
…Terrains brûlés lentes rivières
Où les vapeurs portent là-bas
Par une école buissonnière
La canne à sucre et le tabac
…L’une dit les eaux transparentes
Les plongeurs pourpres les coraux
L’autre les barques de
Sorrente
L’autre le sang roux des taureauxCelle-ci parla vite vite
De l’odeur des magnolias
Sa robe tomba tout de suite
Quand ma hâte la déliaEn ce temps-là j’étais crédule
Un mot m’était promission
Et je prenais les campanules
Pour les Fleurs de la PassionTant pis l’autre encore que j’aime
Qui tient son peignoir au
Lido
Et quelle main comme un blasphème
Sur sa chambre tire un rideauPour une femme mille et une
La chanson finit qu’on chanta
Et s’égarent par les lagunes
Le
Doge et la
MalcontentaA chaque fois tout recommence
Toute musique me saisit
Et la plus banale romance
M’est l’éternelle poésie
…Nous avions joué de notre âme
Un long jour une courte nuit
Puis au matin bonsoir
Madame
L’amour s’achève avec la pluieJ’ai vu s’enfuir l’automobile
A travers les paupières bleues
Car le bonheur dans cette ville
N’habite que le temps qu’il pleutOuvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
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