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Après l’amour (Louis Aragon)

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par H?l?ne, le 28-04-2014 14:14.
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  • #2633148
    France
      • Sujet: 408
      • Réponses: 2814

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      Je me souviens de cette ville
      Dont les paupières étaient bleues
      Où jamais les automobiles
      Ne s’arrêtent que quand il pleut

      Une lessive jaune et rose
      Y balançait au bord du ciel
      Où passaient des canards moroses
      Avec un ventre couleur miel

      On y a des manières d’être
      Qu’ailleurs on ne voit pas souvent
      Juste s’entrouvre une fenêtre
      Qu’un rideau blanc s’envole au vent

      La vie avait fait ses vendanges
      Il faut laisser poser le vin
      Nous n’avions pas tous un coeur d’ange
      Dans les vignes des années vingt

      J’étais plus fou que raisonnable
      Elle ou moi qui donc s’en alla
      Mais sait-on bien pourquoi le sable
      Retombe ici plutôt que là

      J’arrivai par un soir de fête
      Les enfants portaient des flambeaux
      Tous les vieux jouaient les prophètes
      Tous les jeunes gens semblaient beaux

      On avait cueilli les lavandes
      Cela se sentait à plein nez
      Aux mains furtives qui se tendent
      Comme aux paniers abandonnés

      J’avais ma peine et ma valise
      Et celle qui m’avait blessé
      Riait-elle encore à
      Venise
      Moi j’étais déjà son passé

      Le pays me plut comme plaisent
      Les gares que l’on voit du train
      Mon adresse y fut
      Chez
      Thérèse
      Treize
      Place des
      Tambourins

      Sous les platanes de la place
      Il se contait mille folies
      Rêver seul à la fin vous lasse
      Ne rien faire ensemble vous lie

      J’adore le bruit des fontaines
      La pierre humide où l’on s’assoit
      Adieu ma princesse lointaine
      Ici bavarder va de soi

      Il existe près des écluses
      Un bas-quartier de bohémiens
      Dont la belle jeunesse s’use
      A démêler le tien du mien

      En bande on s’y rend en voiture
      Ordinairement au mois d’août
      Ils disent la bonne aventure
      Pour des piments et du vin doux

      On passe la nuit claire à boire
      On danse en frappant dans ses mains
      On n’a pas le temps de le croire
      Qu’il fait grand jour et c’est demain

      On revient d’une seule traite
      Gais sans un sou vaguement gris
      Avec des fleurs plein les charrettes
      Son destin dans la paume écrit

      Un jour sous les arbres du fleuve
      Pourquoi s’était-elle arrêtée
      Fallait-il fallait-il qu’il pleuve
      Comme il peut pleuvoir en été

      J’ai pris la main d’une éphémère
      Qui m’a suivi dans ma maison
      Elle avait les yeux d’outre-mer
      Elle en montrait la déraison

      Elle avait la marche légère
      Et de longues jambes de faon
      J’aimais déjà les étrangères
      Quand j’étais un petit enfant

      Terrains brûlés lentes rivières
      Où les vapeurs portent là-bas
      Par une école buissonnière
      La canne à sucre et le tabac

      L’une dit les eaux transparentes
      Les plongeurs pourpres les coraux
      L’autre les barques de
      Sorrente
      L’autre le sang roux des taureaux

      Celle-ci parla vite vite
      De l’odeur des magnolias
      Sa robe tomba tout de suite
      Quand ma hâte la délia

      En ce temps-là j’étais crédule
      Un mot m’était promission
      Et je prenais les campanules
      Pour les Fleurs de la Passion

      Tant pis l’autre encore que j’aime
      Qui tient son peignoir au
      Lido
      Et quelle main comme un blasphème
      Sur sa chambre tire un rideau

      Pour une femme mille et une
      La chanson finit qu’on chanta
      Et s’égarent par les lagunes
      Le
      Doge et la
      Malcontenta

      A chaque fois tout recommence
      Toute musique me saisit
      Et la plus banale romance
      M’est l’éternelle poésie

      Nous avions joué de notre âme
      Un long jour une courte nuit
      Puis au matin bonsoir
      Madame
      L’amour s’achève avec la pluie

      J’ai vu s’enfuir l’automobile
      A travers les paupières bleues
      Car le bonheur dans cette ville
      N’habite que le temps qu’il pleut

      Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
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      • #2913566
        H?l?ne
          • Sujet: 604
          • Réponses: 5870

          eh bien France c’était long en effet mais très intéressant

          cela se lit facilement le rythme est agréable et le rôle que joue la pluie m’a beaucoup plu (tiens … il a plu)

          merci de m’avoir fait connaître ce poème très émouvant et original

          mes amitiés

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