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11novembre (extrait du nouveau roman sur lequel je travaille)

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par pampille, le 15-12-2014 09:56.
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  • #2636344
    Pierre-Louis SESTIER
      • Sujet: 532
      • Réponses: 4994

      A. savait qu’on la regardait beaucoup, mais ce n’était pas seulement à cause de sa beauté, elle était belle, mais il y avait autre chose pour qu’on la trouve aussi souvent à son goût, l’explication était ailleurs, le désir se trouvait avant tout dans celle qui le provoquait. Lorsque les hommes devenaient entreprenants, elle se dérobait ; si elle sentait le contact d’une main sur son sein, immédiatement elle empêchait que cela n’aille plus loin, non par pudeur, mais parce qu’elle refusait de terminer réellement ce qui avait été stimulé dans son imagination. Son comportement semblait déroutant pour ceux qui l’approchaient car elle se fuyait elle-même, la méfiance l’emportait, elle gardait ses distances, restait indifférente ; on ne lui avait jamais connu de fiancé. Elle était la confidente de son frère, mais n’aimait pas parler de sa vie. Les jours se suivaient, mais ils ne se ressemblaient pas, les souvenirs n’en gardent que quelques éléments, on perd beaucoup en avançant sur le chemin. Il n’y avait rien à comprendre, son problème n’était pas d’arriver à quelque chose, mais de sortir d’où elle était, d’échapper à ce qui l’emprisonnait depuis son enfance.
      Ce matin, en ouvrant le journal pendant qu’elle prend son café, A. réalise que c’est le onze novembre, date sacrée pour une commémoration à laquelle dans les années 1950 tous les enfants des écoles se devaient d’assister. L’unité nationale, conformément aux paroles de la Marseillaise, se fondait sur le sang versé, et ce sang n’avait pas été que gaulois. Cela avait été la victoire de la France impériale qui avait vaincu dans les tranchées grâce au ciment que l’armée avait imposé aux régiments constitués d’hommes venus des régions de la métropole, d’Indochine, d’Afrique du Nord et d’Afrique noire, tous venus défendre la Mère Patrie jusqu’à la mort. Malgré les apparences de la liesse populaire, lors de la Libération de Paris, la guerre de 39-45, avait laissé une nation divisée, déchirée par des idéologies qui continuaient de s’affronter. L’Histoire semblait se diluer dans la guerre froide balbutiante. La cérémonie obligatoire du 11 novembre pouvait encore réunir les français par le devoir de mémoire rendu aux morts de la grande guerre. Les commémorations jouent toujours un rôle politique. Les maires avaient reçu, à ce sujet, des directives très strictes ; c’était le même schéma partout : sonnerie aux morts, le plus souvent jouée par le clairon de la clique municipale, la minute de silence, les gerbes de fleurs, le rituel des drapeaux et des décorations. Les prises de paroles pouvaient varier selon que c’étaient les enfants des écoles, des anciens combattants, des officiels qui s’exprimaient, mais le message était le même. Les pompiers et les gendarmes représentaient les militaires. Il s’agissait d’un véritable travail culturel pour faire oublier la boucherie des champs d’horreur : à Verdun, 700 000 morts en quelques mois ! On les aura ! Tel avait été le mot d’ordre. Pour entretenir la flamme et la ferveur patriotiques, on ne tarissait pas d’hommages à l’égard de cette glorieuse génération, qui, selon la déclaration de Foch en 1918, « avait gagné la plus grande bataille de l’histoire et sauvé la cause la plus sacrée du monde : la liberté… Il fallait se souvenir et espérer », sous-entendu, que ce serait bien la der des ders. Mais par une ironie tragique que l’on connaît bien aujourd’hui, loin d’être la dernière, elle avait été la matrice des celles qui suivirent. L’assistance, en silence écoutait les discours officiels, tandis que le monde tel qu’on l’avait connu disparaissait plus vite que les anciens poilus. Tout était remis en question par les guerres de libération qui s’annonçaient déjà, mais les noms des victimes restent encore aujourd’hui gravés dans le marbre.
      Les guerres avaient appris à tout perdre, il restait pour les nouvelles générations à apprendre la paix. Quand on est enfant, même si on ne comprend rien à l’Histoire des grandes personnes, on ressent qu’elle est avant tout source de souffrance et de terreur. Pourquoi les nations s’autorisent-elles soudain à tuer ? Les instituteurs et la religion avaient du mal à répondre aux questions sur la Fraternité. Heureusement, il y avait les champs de lavande, les coquelicots, les cigales, les papillons et le monde merveilleux imaginé par Walt Disney contribuait à faire oublier le bruit des canons contre lequel les mouvements pacifistes, comme Peace and Love resteraient impuissants : le chant des guitares ne peut pas tout. Après ces tueries de masse, on commençait à comprendre que les derniers jours de l’humanité pourraient bien ne pas être un mythe, mais une hypothèse scientifique très sérieuse.
      A., depuis son enfance, avait gardé ce sentiment de révolte qui s’exprima avec le rock…

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      • #2938917
        pampille
          • Sujet: 1051
          • Réponses: 6180

          l’art de mettre en parallèle l’insouciance d’une jeunesse et le drame d’une guerre qui marquera de son empreinte beaucoup d’écoliers « réquisitionnés » pour honorer la mémoire de ces morts pour la patrie……

          Je t’aimais bien en poète aussi

          Quand le po?me a des beaut?s, quelques taches ne me choquent pas
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