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BONE PECHE 31

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 08-12-2024 23:14.
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    Parceval
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      BONNE PÊCHE 31

      TRAHISON

      Jean à voulu le voir avant qu’il ne reparte. Précise : « Tu viens à trois heures. » Avant, il est requis au Palais. Ils devisent devant un cocktail de fruits bien glacé. Pensif, Ange fixe la buée qui opalise son verre.
      ? La seule chose que j’aimerais savoir, c’est pourquoi Coudreau est revenu tranquille à Port- la Nouvelle. A sa place, je me serai évaporé rapide après l’épisode Sanary.
      ? Enfin, Dano, tu connais le bonhomme. L’orgueil, il ne doute de rien ; il s’imagine que l’enquête sur Janda restera policière et que Jason-Marine ne sera entendue qu’au niveau témoignage. Le sosie, il est tellement mouillé qu’il se gardera bien de se manifester…
      ? Assez causé de sujets qui fâchent, on va refermer le placard. Dans tout ça, je ne t’ai pas demandé des nouvelles de ta petite famille. Je n’ai pensé qu’à mes problèmes.
      Un brin confus, Ange.
      ? Ah, quand même ! Solange et ton serviteur sont vus comme un couple modèle. Le petit pousse comme un champignon. Déjà trois ans. Elle s’est beaucoup investie dans la gestion du Festival et ça lui plaît. Avec mes activités au Barreau d’Aix, on peut dire que je suis comblé. Il y a bien quelquefois des extras, genre Dano, tu saisis ? Je pense sérieusement à me retirer des barrières dés que Sébastien entrera en primaire.
      ? C’est vrai, je me dis de plus en plus souvent qu’on fait un métier à la con. Toujours gérer à la Janus. Difficile d’en sortir…J’envie la manière dont tu t’es organisé.
      ? Avec mon métier ’civil’, c’est plus facile. Ouais, que vas-tu faire maintenant ? Théoriquement, rien ne s’oppose à ton retour à Sanary…
      ? Tu remues le couteau dans la plaie. N’y pense pas. J’voudrais bien, mais j’peux point. D’abord parce que maintenant tout mon petit monde de demi-sels sait que j’ai des liens avec la maison poulaga grâce aux gesticulations de l’inspecteur Rudel. Ils se feront un plaisir de me faire des misères. Et pas qu’à moi, si je reviens à Pierredon. Non, je pense remonter chez mes amis de Douarnenez et peut-être bien m’y fixer. Des vacances d’abord, qu’on m’a généreusement accordées, et du recul, le temps de cicatriser. Je prends le costume ‘in partibus’ : Captain Danesto, en disponibilité.
      ? Et tu ne va pas chercher à renouer le contact avec Bénédicte Lascher ?
      ? Ah, ça me rend fou rien que d’y penser ; j’ai été tellement nul avec elle. Jamais je n’aurais du lui faire passer ce message, dont je saisis aujourd’hui toute la cruauté : ‘Je t’aime et c’est fini’. J’avais tellement peur pour elle. J’aurais mieux fait de disparaître sans rien dire, au moins j’aurais eu une chance aujourd’hui. Vraiment difficile de faire mieux dans le genre. Fiasco total. Décidément non, je ne pourrai pas. Elle va me jeter comme un malpropre !
      ? Putain, Ange, tu me scies, je t’ai connu plus pugnace.
      ? Mais tu te rends pas compte, je vais me pointer la gueule enfarinée en lui disant : pardonne-moi, mon cœur, finalement je m’en suis sorti. Je ne peux toujours rien t’expliquer mais il faudra que tu me suives en laissant tout, maison et amis.
      ? Moi, j’aurais essayé… C’est beau, la Bretagne.
      ? N’insiste pas, tu as déjà fait beaucoup pour moi. Je vais chercher mes bagages à l’hôtel. Si tu veux, on se retrouve à ton petit resto pour dîner et après je file. J’aime rouler de nuit.
      Alors qu’il s’extrait de son fauteuil, survient un évènement inimaginable, du moins pour Ange. La porte de l’annexe du bureau s’ouvre à la volée, laissant place à une furie échevelée qui se précipite sur lui, complètement pétrifié.
      ? Non, mais tu ne crois pas t’en tirer comme ça ! Salaud ! Ordure !
      Arrêt sur l’image et l’on tourne au ralenti. Le temps qu’il reprenne ses esprits, Dano se prend dans l’ordre: une volée de baffes toutes griffes dehors, un genou vengeur dévié de justesse, des coups de pied dans les tibias (heureusement elle est chaussée de ballerines) suivis d’une tentative de strangulation.
      Inutile mettre le son, nos oreilles sensibles ne toléreraient pas d’entendre les qualificatifs dont il est abreuvé. Même ses mœurs sont mises en doute ! C’est qu’elle a du vocabulaire, la dame ! Il finit quand même par réagir et à se tenir à distance prudente, puis la saisit aux poignets. Bénédicte, car c’est elle, en aurait-on douté, se débat comme une diablesse en continuant à hurler des insanités, puis soudain s’amollit en sanglotant l’injure suprême :
      ? Tu sais quoi, t’as rien dans le slip !
      Muet, le Dano. Un seul moyen d’arrêter ça : Il l’enserre et la colle contre lui, comme une arapède* sur son rocher, trouve sa bouche. Et ça répond, violent, interminable. Il reprend son souffle, avec le goût du sang.
      ? Mais c’est qu’elle mordrait, Vampirella !
      Et se tourne vers le bureau pour prendre Jean à témoin. Mais ça fait un moment que Maître Pelard s’est éclipsé, hilare et très content du bon tour qu’il lui a joué, les laissant s’expliquer.
      Ils se regardent en chiens de faïence. Façade que tout cela. Dano, enfin libéré du fardeau qui l’obsède depuis deux mois, savoure l’instant. Sa défaite et sa victoire. Pas très loquace, mais :
      ? Mais comment as-tu pu circonvenir Jean, C’est contraire à tous nos principes…
      ? Parce que tu croyais que j’allais rester dans mon coin à ronger mes pinceaux ! Je l’ai eu au chantage, enfin, c’est ce qu’il m’a laissé croire. Suis pas aussi bête que tu le penses pour ne pas avoir compris à quoi tu joues, surtout après avoir entendu ton message. L’aurait fallu être tarte pour ne pas lire entre les lignes. De toute façon, je n’ai pas eu de peine à le convaincre. Il a été super avec moi. Tu devrais le savoir, on n’est jamais si bien trahi que par ses amis…
      Un silence : Ange esquisse un sourire endolori, masse sa joue striée…
      ? Alors, tu veux toujours me laisser ? Accuse-t-elle.
      ? Non, j’achète au comptant. J’aime bien la panthère Béla. Sur qu’on ne va pas s’ennuyer… Mais, qu’est-ce que tu insinuais à mon sujet ?
      Fuite de l’intéressée derrière le bureau, qu’il franchit d’un seul bond. Aïe, aïe, aïe, gare au mobilier.

      Jean est revenu discrètement une demi-heure plus tard. Il les retrouve sagement assis au milieu de la pièce dévastée, en train de tirer des plans sur la comète. En sous-tif, elle est assise sur ses genoux, à essayer de réparer laborieusement sa robe avec une agrafeuse. Apparemment, on n’est pas loin du compromis entre la Bretagne et la Cote d’azur. Il éternue en refermant la porte.
      ? Ah, c’est toi, faux frère, Judas, traître. Moi qui avais confiance…

      Au ton employé, ça ressemble plutôt à un remerciement… Pour rétablir l’ambiance, le maître fulmine :
      ? Vous avez vu dans quel état vous avez mis mon bureau ! Madame Lascher, je vais majorer ma note d’honoraires ! Bande de sauvages !
      Petite séance de fou-rire et d’embrassades. Finalement, Béla se retrouvera en toge d’avocat, le temps de s’acheter de quoi se vêtir décemment.
      ? Ah, au fait, j’ai réservé pour deux chez Fernand. Non, je n’en serai pas, on m’attend à la maison. Allez, on ferme. Dehors les tourtereaux !

      *Arapède : Nom donné couramment aux bernacles dans le midi.

      On peut sortir les violons !!!

      A suivre

      Parceval

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      • #3546596
        Sybilla
        Maître des clés
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          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Superbe récit plein de rebondissements !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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