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Sujet
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BONNE PÊCHE 15
SOLSTICE
Vers une heure, Norbert est réveillé, on gratte à sa porte ; tous les sens en alerte, il s’approche et ouvre brusquement. Laure manque de s’étaler sur la moquette. Elle est en pleurs. La porte se referme et elle est dans ses bras.
? Je ne peux pas, je ne peux pas, je dois être complètement folle.
Entre deux baisers :
? Ça tombe bien, je suis fou de toi.
Des heures tendres, jusqu’au petit matin. Plus de promesses, plus d’exigences. Inutiles. Eux deux. Elle remonte chez elle. Pour sauver les apparences. Pour les copines.
Ce soir, grosse tablée réunissant les partants. Bellavista a fait un geste, le repas est presque gastronomique. Dans le hall, un piano accompagne des chansons populaires latino. Des échos assourdis filtrent de l’extérieur. La fête a commencé. Riette et Léo sont déjà prêtes lorsqu’il toque à leur porte. La tenue qui va bien et les paillettes dorées.
? Super, les filles. Aïe, les valises sont faites ?
? Oui, oui, la nuit est à nous, on dormira dans l’avion …
Sur ce, Laure les rejoint, elle aussi au diapason. Et les voila partis, bras dessus bras dessous. Le mail est noir de monde. Le dancing plus que plein. Ils arrivent à trouver une table avec un billet discret qui disparaît prestement dans la poche d’un serveur. Le Dj est un pro, l’ambiance est super : rock, disco, salsa ; on s’agite en cadence. Chemises et chemisiers vite trempés. Les boissons compensent. Les filles sont déchaînées. Norbert passe de l’une à l’autre. Toutes sont fana du rock. On les regarde danser. Il est avec Laure lorsque le DJ, diabolique, décide que c’est la pause et enchaîne sur un slow langoureux. Johnny susurre : « …pour que tes nuits soient douces… Faut faire semblant d’y croire…. » Tendrement enlacés et bercés, ils continuent à danser après la fin de la chanson, se réveillent enfin et retournent s’asseoir. La chemise de Norbert est noyée d’un coté. De larmes. Qu’elle à peine à cacher. Il est très ému. Ça fait vachement mal.
Eléonore hurle :
? Fais moi danser ! Péremptoire. Et l’entraîne illico sur la piste, pour un autre « love-me tender ». Collée à son cavalier, elle lui glisse à l’oreille :
? Dis-donc mon ami, qu’est-ce que tu lui as fait, à ma Laurette. Je te préviens, si tu lui fais du mal, je t’arrache les yeux. Avec Henriette et une pince à épiler. Vu, Casanova à la manque ?
C’est beau, l’amitié, hein ? Il réplique :
? Tout doux, ma belle, je plaide mi-coupable. Pour ce qui nous arrive, il faut bien être à deux. Je pensais au départ à une brève rencontre de vacances, rien qui ne soit souhaité. Pourquoi donc n’est-elle pas allée avec vous sur les flots ? Et puis ça nous est tombé dessus, c’est tout et on essaye d’assumer. Moi comme elle. Et puis ne joue pas les innocentes, je ne suis pas complètement idiot, j’étais prévu à votre menu, à toi et ta jumelle. Et ça ne m’aurait pas déplu. Mais maintenant que tu as pu constater que je suis normalement constitué, arrête de me coller comme ça ou c’est Laure qui va t’arracher les yeux, je le sens.
? Touché, un a un, on fait la paix et on s’arrange pour ne garder que des bons souvenirs.
Une bise sonore sur la joue signe la trêve. Et l’on replonge dans la danse jusqu’à quatre heures du mat.
Il aurait bien voulu botter en touche le matin du départ. Trop lâche, elle ne mérite pas ça. Alors il a aidé pour les bagages, partagé dans une gaîté de façade le petit déjeuner de ses amies, plaisanté sur leurs yeux cernés. Les valises trolley sont hissées sur l’impériale du minicar. Il y a une vingtaine de partants. Dans les allées et venues qui s’enchaînent, Riette le coince au salon et lui glisse, fâchée :
? Tu es quand même un beau salaud, pas une adresse ou un numéro où te joindre. Tu ne sais peut-être pas, mais moi je vais te dire, Laure, elle a déjà donné et il reste des cicatrices. Alors quoi ?
Il tente de rassurer :
? T’inquiète, Sister, on s’est mis d’accord. Quand ça arrivera, je saurai bien vous trouver. En attendant, prenez bien soin d’elle.
Voila le moment redouté. Ils échangent un baiser interminable où elle exprime toute sa détresse puis s’enfuit au fond du bus. Bises aux deux sœurs et roulez carrosse ; les voila parties, direction l’aéroport…
Allez, ce n’est pas le moment de s’apitoyer sur leur sort, mais plutôt de se préparer à l’action. Encore cinq jours. Il va nécessairement se passer quelque chose ou alors il va devenir dingue en attendant le 27.
La journée passe, assez morne. Il s’en veut à mort de s’être laissé aller à promettre, même à demi-mot, sans être assuré de pouvoir tenir. Il met de l’ordre dans ses ou plutôt leurs affaires et peaufine sa stratégie pour disparaître discrètement en tant que Pierre au cas où il se trouverait le bec dans l’eau le jour J. Pour le reste, il a en réserve un plein wagon de choses désagréables, menu spécial Janda. Ça va chier ! Non mais…
Un peu de détente à la plage, footing sur le mail, et longues stations au bar. Vers six heures, la navette aéroport débarque un nouveau contingent d’une trentaine de touristes. Une bande de joyeux lurons mâles, apparemment club bouliste en goguette. Deux couples de sexagénaires teutons. Rien qui ne puisse alerter l’œil du chat. Ça aurait dû : on est le 22. Personne n’est parfait. Car…Voilà, fin de la première partie
Eh bien, me direz-vous, qu’allait-il faire dans cette galère ??
Ah,ah ?? Belle questionAlors, à suivre…
Parceval
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