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BONNE PÊCHE 16

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 15-10-2024 15:26.
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    Parceval
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      BONNE PÊCHE 16

      Deuxième partie

      A SANARY, LE 14 JUIN 2008

      Six heures du mat. Le ciel est déjà bleu. Le soleil ne devrait pas tarder à émerger de derrière le Sicié. La baie de Sanary est comme un grand miroir. Il faut aller au large pour trouver des friselis annonciateurs d’une petite brise pour la journée. Un mistralet, comme on dit ici. Quelques barques, voiliers et embarcations de plaisance tracent leur sillage sur les eaux dormantes. Il y a ceux qui rentrent, les barcasses et les gros pointus des pêcheurs pro. Ils vont garnir les chais alignés sur les quais du port du produit de leurs filets. Et ceux qui sortent. En majorité des plaisanciers. Régates et parties de pêche. Et pour les plus imposants, hérissés de cannes, la chasse au « gros »
      Parmi les sortants, un pointu de petit gabarit, blanc et bleu, baptisé « La Galinette ». Ange est à la barre. Ce n’est pas un pro : il est juste inscrit maritime et il va relever ses paniers. Dans la limite réglementaire. Nous ne dirons pas que les jours fastes, il n’approvisionne pas les restaurants de plage du coté des Lônes. On ne le dira pas, tout le monde le fait. Il est content, Ange. Il jouit de l’instant, de l’air du temps, du calme à peine troublé par le teuf-teuf discret du moteur et de la pompe. La fraîcheur ne le dérange pas : casquette et K-way. Même au bout de dix ans, il ne se lasse pas de ces lieux magiques : la baie, le massif du Sicié, les Embiers et la côte jusqu’à La Ciotat.
      Rendu au droit de La Coudoulière, il oblique vers l’est, et débraye le moteur. Il se porte vers l’avant, enfile ses lunettes fumées. Mahomet est sorti et il est quasiment aveuglé. Merde, il aurait dû partir un peu plus tôt. Ah, ça y est, il distingue son fanion. Il accroche le câble avec la gaffe et fait venir. Le premier girellier est convenablement habité : on frétille là-dedans. Voyons la suite. Ça résiste, le panier est accroché. Bizarre, il connaît le coin, sept, huit mètres, des herbiers et des roches sans aspérités. Avec les reflets, il n’y voit rien. Ah, en insistant, ça vient mais c’est lourd; encore une saloperie quelconque, genre pneu ? Une masse claire se précise à fleur d’eau. Ange se fige. Au bout de la gaffe, un mec tout nu le fixe d’un regard de merlan pas frais. Il a un gros trou au milieu du front. C’est sûr, celui-là n’a plus mal aux dents. Mais pas depuis longtemps, les petits becs de la mer n’ont pas commencé le travail. Le câble est entortillé autour d’une jambe, près du second panier. Il n’a pas pu faire ça tout seul. Ange bloque la gaffe sur le plat-bord et s’assied sur le banc de nage. Il gamberge : ce type, il ne connaît pas, ni d’Eve ni d’Adam. Alors pourquoi lui, ici et maintenant. Il n’y était pas hier soir quand il a posé ses paniers. Le hasard, il n’y croit pas : trois tours de câble, œuvre du courant ? Faut pas rêver. Il aurait bien aimé. Dégoûte, Ange, vachement préoccupé aussi. Il est sorti de son mutisme et s’exprime, les dents serrées : Quel est l’enfant de salaud… Il conclut sobrement la longue litanie de jurons divers et avariés -car il a du vocabulaire – par un modeste « Eh merde ! ».
      Puis il relâche vers le fond son gros poisson et les girelliers. Pas de friture aujourd’hui. C’est un autre Ange, étonnamment maître de lui, qui attrape son portable. Bizarrement, le numéro qu’il compose n’a rien à voir avec la capitainerie. Il laisse sonner, mais dés la prise de ligne, il raccroche. Il attend, pas longtemps. Un appel, il prend, dit « oui » et coupe. Autre numéro.
      On retiendra : « Béla, c’est Dano »… « Gros problème » … « la friture c’est râpé »…  « Pas de souci, vais bien »… «  Je ne t’ai pas appelée »… « Tu t’inquiètes au port à partir de midi, Ciao ! » Enfin, la capitainerie. Il explique qu’il a trouvé un noyé. Et sa localisation. «  Mort ? Oui, mort. » Qu’il reste sur place. «  OK. On arrive. »
      C’est la vedette des Douanes, après une bonne demi-heure. Avec les gabelous, un OPJ et deux types en civil. Constat de la scène, embarquement du corps en costume zippé. Non, Ange n’a pas vu que le défunt avait été flingué… Récup des paniers et prise en remorque de la Galinette. Son patron est courtoisement invité à bord de la vedette. Direction : le port.
      Mais qui c’est, à la fin, Ange? Ange Danesto est un gaillard bien découplé, La quarantaine bien entamée, du nerf et juste un poil de gras. Qui veille à s’entretenir la forme .Beaux restes pour cet ancien baroudeur des unités spéciales de l’armée opérant aux quatre coins du monde, là où il fait chaud, très chaud… Officiellement, un retraité de l’armée, fixé à Sanary depuis dix ans. Rapidement intégré à la faune locale, connu et apprécié de tous, toujours prêt à rendre service, à « arranger » le coup. Respecté aussi, il a du répondant, et des biscoteaux très convaincants. Les quelques nervis qui y ont goûté préfèrent nettement être de ses amis. Les tournées de pastis où l’on discute de la vie locale, taille des costards aux notables édiles et politiciens de tout bord et refait le monde comptent avec lui un assidu. Sans compter ses talents de meccano et de pêcheur. Et de joueur de boules.
      C’est simple, il fait partie du paysage, Dano. Très couleur locale. Et particulièrement de cette frange de population qui arrondit ses fins de mois au black, en petits trafics et escroqueries, ou carrément ne fait que ça. La vie est dure au soleil. Et chère. A ce titre, il connaît tout le monde, il voit tout, est au courant de pas mal de choses qui se trament. Et pour le reste, il devine.
      Excellent pour la mission qui est la sienne. La situation de jeune retraité est une couverture. Danesto est un agent de la DST, une antenne discrète qui « chouffe » particulièrement ce qui peut être relié à la diaspora maffieuse sur le littoral varois et limitrophes, aux mouvances terroristes, et accessoirement au grand banditisme.
      Ces dernières années, combien d’affaires avortées ou discrètement neutralisées par les services ad’ hoc, officiels ou autres, sans qu’un seul instant quiconque se doute de l’origine réelle des fuites. S’ensuivent parfois des règlements de compte tout à fait bienvenus : ça fait place nette…
      Tellement assimilé que la police municipale ou nationale aimerait bien le coincer, parmi d’autres. Pour le moment, sans succès. On se contente de rouméguer : Un jour je l’aurai celui-là, un jour… 

      A suivre

      Parceval

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      • #3537748
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonjour Cher Ami poète Parceval,

          Une immersion très bien décrite en ton récit sur ce lieu et ces personnages !

          En attendant la suite !

          Belle journée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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