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BONNE PÊCHE 17
ANGE ET BELA
Il loge en lisière de la station balnéaire, quartier Pierredon, une villa qu’il partage avec une artiste peintre, Bénédicte Lascher. Elle lui loue le rez-de-chaussée de sa maison, depuis son arrivée à Sanary. Une cohabitation sans histoire, il paye rubis sur l’ongle. Ils partagent la cour, le jardin et surtout la grande remise qui abrite leurs véhicules, la remorque à bateau, les outils de jardinage et autres foutoirs qu’on accumule avec le temps.
Leurs relations, cordiales au début, sont vite devenues amicales. Il a eu largement l’occasion de se rendre utile sur des problèmes domestiques et entretient sommairement le jardin. D’autre part, il s’intéresse à sa peinture, paysages, marines, portraits pleins de sensibilité, qui traduisent bien la magie du pays et des gens d’ici; bref, il aime bien ce qu’elle fait. En voila une que les Beaux-arts n’ont pas complètement pourrie…
Bien sûr, comme ses petits camarades, elle fait aussi dans l’alimentaire, il faut bien vivre, huiles et portraits au pastel. On peut la voir, en saison estivale, poser son chevalet et ses boites sur le port, tôt l’après-midi jusque tard le soir, entourée d’une foule de curieux et de « clients ». Ça aide bien les finances.
Pour le reste, sa recherche et son travail opiniâtre l’amènent vers un style mature et personnel qui commence à être reconnu dans le milieu des galeristes de la Cote. Les expos de ces dernières années ont été assez satisfaisantes pour qu’elle croie en son avenir d’artiste. C’est maintenant que ça se joue. Ne l’a-t-on pas sollicitée pour le Salon de Genève ? Elle a tout juste trente-huit ans. Elle apprécie beaucoup les commentaires toujours pertinents et les encouragements dont Ange n’est pas avare. Il lui sert même de modèle à l’occasion.
Ils vivent de manière tout à fait indépendante, chacun respectant ses habitudes, ses activités et son privé. Inutile de préciser qu’elle ignore tout de la double personnalité de son cher locataire. Il lui arrive de faire « des périodes militaires », de s’absenter quelques jours, voire une quinzaine. Ses relations un peu pittoresques l’amusent plutôt. Il leur arrive de partager de bons moments, pêche, barbecue, soirées relax. Encore que depuis bientôt trois ans, il se soit trouvé, et de plus en plus souvent au fil du temps, de passer la nuit chez l’un ou chez l’autre. N’importe quel observateur en aurait tiré une conclusion avec un grand A. Mais, même sous la menace de la roulette d’un dentiste sadique, ni l’un, ni l’autre n’admettrait qu’il y ait autre chose entre eux que de l’amitié et du sexe.
Huit heures. La vedette des douanes s’est amarrée au bout du quai qui lui est réservé, la Galinette à son coté, isolée du public. Le colis est débarqué discrètement, mais la compagnie « Ange et ses Amis » dans la voiture de police, ne passe pas inaperçue.
Son audition et sa déposition au commissariat sont suffisamment hésitantes et floues pour que l’OPJ ne soit que trop content d’enfin le tenir et lui signifie sa mise en garde à vue…
L’inspecteur Albin Rudel, ça fait un bail qu’il le piste, ce mec qui joue les kakous sur le port. De plus, il flaire un coup vraiment tordu et compte bien en tirer profit pour sa carrière. Ce qu’il ignore, c’est qu’il fait exactement ce qu’escomptait Dano. Ça, c’est bon pour sa réputation, et s’il est effectivement grillé, ce ne sera pas au premier niveau.
Comme prévu, Béla est descendue à la capitainerie à midi, pour s’inquiéter de n’avoir pas revu Ange. Et son bateau qui n’est pas rentré ! Sa vespa est toujours sur le quai. On finit par lui dire qu’il y a eu un noyé et qu’Ange est au Commissariat. Bon, elle a fait comme il a demandé. Pourquoi donc est-elle stressée comme ça ? Elle ne croit pas un seul instant qu’il se soit mis en situation délicate. Mais avec ses relations sur le port… Elle se surprend à se ronger les ongles.
Doit-elle aller à la police ? Finalement, elle y va et tombe évidemment dans la gueule du méchant loup d’inspecteur. Non, on ne peut pas voir Monsieur Danesto. En plus, il la questionne longuement sur son locataire. Une bonne demi-heure après, il lui lâche les baskets et elle rentre chez elle, l’estomac noué. Arrête, ma fille, il va se sortir de là. Oui, oui… Pas convaincue. Elle ne peut rien avaler et se réfugie dans son atelier, les pinceaux fébriles.A suivre
Parceval
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