Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

BONNE PÊCHE 32

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 12-12-2024 22:03.
  • Créateur
    Sujet
  • #2717088
    Parceval
      • Sujet: 1168
      • Réponses: 1943

      BONNE PÊCHE 32

      CONTRETEMPS.

      Tôt ce matin, il a pris congé de sa villégiature d’Amélie-les-bains.et remercié tout les personnels infirmiers et praticiens pour leurs bons soins et leur soutien. A la date annoncée, sans doute avec l’accord de ‘Bastien’. Efficace le ‘Bastien’. Tout son matériel récupéré lui a été renvoyé franco de port. La paperasserie administrative faite, juste quelques signatures à donner. Un dossier complet pour l’assurance de la voiture de location. Rien à payer d’autre que ses dépenses hors soins. Un taxi pour Perpignan et vive la SNCF ! Changement à Narbonne. Plus qu’une heure et il sera rendu à Toulouse Matabiau.
      Bercé par le chant ferroviaire, il peaufine le programme qu’il s’est donné : Relancer ses activités, même à minima, car il faut faire bouillir la marmite. Ça va faire plus de deux mois qu’il tourne sur ses réserves. Le petit paquet qu’il transporte, un héritage en quelque sorte, il préfère ne pas trop y toucher, du moins pendant un délai raisonnable : on ne sait jamais…
      Ensuite, comme promis, passer chez son client Gardinet Entreprises pour présenter ses condoléances à la jeune veuve. Il espère que du coté des petits amis de ‘Bastien’ on va lui ficher une paix royale et l’oublier. Tout ça ne devrait prendre que quelques jours. Enfin, se considérant sorti d’affaire, il pourra entièrement se consacrer à retrouver Laure.
      Plus le temps passe et plus il se rend compte à quel point elle lui manque. Ça ne va pas être simple, ni facile. Parce que les circonstances l’ont contraint à temporiser et à s’interdire de donner signe de vie. Et puis il faudra expliquer que Pierre est Norbert. A-t-elle perdu espoir, repris le cours de sa vie et peut-être renoué avec quelqu’un ? Autant dire une totale reconquête. Il va devoir repartir de zéro et la partie sera serrée.
      Voilà, on annonce l’arrivée en gare. Il se lève, récupère son bagage. Vachement optimiste, le Norbert, gonflé à bloc. L’échec n’entre pas dans ses projets. La cohue habituelle à Matabiau. On est encore en août. Le temps d’aller jusqu’à la gare routière prendre le bus de Ramonville et la bousculade lui rappelle qu’il a une épaule amochée. Au garage, son copain Claude lui fait la gueule :
      ?  Toi, quand tu cartonnes, tu cartonnes ! 
      Il se calme un peu en l’écoutant commenter le dossier d’assurance. Il sait qu’il va être remboursé au max, mais lui va remplacer à neuf. 
      ? On y laisse toujours des plumes… 
      ? Arrête ton char Ben Hur, j’arrangerai ça.
      Sa voiture perso l’attend, sagement garée.
      ? Allez, embarque ! 
      Et les explications se poursuivront devant une bonne table.
      ? T’aurais pu téléphoner quand même !
      Là, il lui sert la salade amicale :
      ? Non, moun camin, c’est arrivé dans le cadre d’une enquête en parallèle avec la Maison. Et les gendarmes tenaient à ne pas ébruiter l’affaire pour coincer le gibier.
      Enfin repus, et meilleurs amis du monde, il peut raccompagner Claude au boulot et remonte à Castanet. Home, sweet home ! Faut le dire vite, car à peine dans ses pantoufles, il renonce à attaquer quoi que ce soit devant sa messagerie saturée et le courrier amoncelé. Demain il fera jour, jusque là, il va récupérer.
      Une nuit de sommeil qui finit de manière récurrente en rêve délicieux où Laure n’est pas absente. C’est quasiment le cas depuis soixante jours. Mais quand il se retourne, ses bras n’étreignent que du vide… Hop, une douche froide, un café fort, des céréales, car il n’a pas pensé au pain, et au boulot. A la lecture des mails et de la messagerie téléphonique, il se rend compte que son absence a fait des dégâts. Les clients sont inquiets et excédés de son silence. Certains annoncent qu’ils n’appelleront plus. Et pas des moindres. Il s’emploie de son mieux à calmer le jeu avec son histoire d’accident en rajoutant une bonne couche sur les suites. Il est maintenant rentré et opérationnel à leur service.
      Le pompon ce sont les multiples messages d’Archie Massonian. Il l’informe qu’il a récupéré des clients à lui, qu’il n’y est pour rien. Il ne cherche pas du tout à lui piquer des affaires, mais qu’en son absence prolongée il a fait au mieux. Que se passe-t-il, tu as disparu ? Etc, etc….Un baratin, petit chef d’œuvre dans le manuel du parfait faux-cul. Il lui répond aussi sec, lui sert son histoire courte, le rassure : il a bien fait et le remercie de faire passer l’annonce de son retour.
      La matinée passe à cet exercice. Il prévoit quand même de faire plus auprès de ses meilleurs solliciteurs dans la semaine. Il sera alors fixé sur la viabilité de son «  agence ». Il descend en ville pour déjeuner au bistrot du Salin, en profite pour prendre la température, discuter avec les habitués du Palais, et file réactiver son bureau de la rue Perchepinte. Courrier, factures, ménage et courses. Pour Castanet il fera appel à Madame Antoine pour remettre la maison nickel.
      Dans la soirée, c’est le père Gardinet qui l’appelle. Presque étonné de l’avoir au bout du fil…
      ? Cher ami, je désespérais de vous joindre, comment allez-vous …. Blablabla. Quand aurons-nous le plaisir de vous voir ?… 
      Norbert gamberge. Il a déjà consulté tous les appels du monsieur et celui-là, comme les autres, lui fait une drôle d’impression. Y aurait-il du nouveau ? C’est de manière quasi-automatique qu’il répond :
      ?  Mais très bientôt, cher ami, que diriez-vous de jeudi soir ?
      ? Parfait, dix-huit heures à la Cote Pavée, vous avez l’adresse, vous n’aurez pas de problèmes pour stationner… 
      Ça lui laissera le temps de refaire un tour sur l’affaire. Nonobstant, il reprend la permanence en ville l’après-midi. Quelques clients, pour des affaires simples, qu’il débrouillera dans la semaine. Normalement il les aurait renvoyés chez Archie. Mais là, s’il se fait cinq cent euros dans la semaine, ça sera beau…
      Dans le paquet de messages vocaux, un appel de son ex-collègue et commissaire Jean-Pierre Dupestang suivi d’une relance. Sans doute un service à rendre. Ça tombe bien. Il le contacte et convient d’un rancart au bistrot du Salin, assorti de la version courte de ses avatars. JPD compatit, décide que son retour s’arrose : « Celle-là est pour moi ! »
      Son besoin : rien de bien compliqué. Ça date de l’an dernier où il avait investigué pour eux sur un réseau de petits revendeurs de came. Il souhaite consulter la copie originale de Norbert, car il ne possède qu’un rapport de synthèse de ses inspecteurs.
      ? C’est mûr, mais il faut rien laisser échapper.
      ? Pas de pb, Chef, ce soir je dépose le doc sous enveloppe à ton nom, rue du Rempart. Donnant, donnant, j’ai un truc à te demander : Tu te rappelles, je me suis rencardé début juillet sur un accident, avec suspicion de coup fourré, un mort, Joseph Girardin. Vos conclusions : rien d’autre que conduite en état d’ébriété avancé. Tu peux m’en donner plus de détails ?
      ? Ah, je vois le souci. Tu avais enquêté pour la famille. Oh, je peux te rassurer tout de suite : ils sont clean. Le mec était apparemment un gigolo patenté. Viré du domicile conjugal. Il avait passé la soirée en beuverie au Bar de l’Union avec un ami. Tournée générale, il arrosait son prochain divorce en se vantant de faire une bonne affaire. «  Je vais la plumer, l’oie blanche. Génial l’avocat » déclarait-il à la cantonade. Il est mort pété comme un coing, heureusement sans dommages collatéraux. Une foule de témoignages. Clair et net. Rien à gratter, même si ça arrange la famille.
      La soirée de jeudi est un peu surréaliste. Certes, il est bien reçu, la jeune veuve est charmante. Il voit très vite qu’on le retient à dîner. On en reste aux échanges de circonstance. Il exprime tous ses regrets d’avoir été à l’origine de ces moments pénibles, mandaté, il est vrai.
      ? Vous savez, votre Père a eu raison de s’inquiéter. De toute façon tôt ou tard, vous alliez avoir de gros problèmes.
      Sylvie acquiesce mollement. Il voit bien que sa tristesse n’est que façade, elle est plutôt mortifiée d’avoir été abusée par son beau légionnaire. Quant au père, il le trouve anxieux, fatigué. Il a pris un sacré coup de vieux. Certes ils ont du passer des moments difficiles à l’exposé de la situation. Et franchement traumatisants pour la fille : connaissant le type de personnage du mari, elle a du en entendre des vertes et des pas mûres avant de le virer. Une impression tenace : ils ont peur (De lui ?) ils attendent (Quoi ?) Au dessert, il décide de tailler dans le vif.
      ? Écoutez, je ne sais pas ce qui se passe, mais je vais vous donner un avis, excusez, ma franchise : Voila, ce qui est arrivé n’est pas mauvais en soi. Madame passe du statut de femme bafouée, voire ridiculisée, à celui de veuve éplorée. Pour autant, vous n’empêcherez jamais les mauvaises langues de gloser sur cette histoire. Ça se calmera tout seul. Votre souci de respectabilité, que je comprends peut vous pousser à une attitude contraire a votre intérêt. Alors dites-moi : de quoi avez-vous peur ?
      Hervé Gardinet le considère avec des yeux ronds et lâche :
      ? Alors, ce n’était pas vous ?
      ? Ah, ça, allez-vous enfin me dire…
      ? Explique-lui, toi. Moi, je n’en peux plus.
      Il se lève, va se servir un cognac, et se retire dans le parc, les laissant seuls. Elle s’approche et fond en larmes.
      ? Je vous en prie, aidez-nous.
      Il la laisse s’épancher sur son épaule, très paternel. Enfin, c’est ce qu’il croit.
      Les vannes sont ouvertes et il n’est pas déçu par ce qu’il entend. Depuis la mort de Jo, quelqu’un les harcèle au téléphone en menaçant de révéler aux médias des détails croustillants sur leur famille et faisant supposer que sa disparition n’est pas due au hasard, le reste à l’avenant. Le silence a un prix et celui demandé à une tendance inflationniste très marquée. Dernier délai : rentrée scolaire pour cracher au bassinet.
      ? Et de suite, vous avez pensé que c’était moi ! Bravo ! J’en suis très honoré. Voulez-vous appeler votre père ?
      Explication de gravures : pourquoi ne pas avoir porté plainte pour chantage avec extorsion de fonds ? Plutôt gêné, le papa. Il a paniqué, donnant à penser au corbeau qu’il avait tapé dans le mille. Non il ne voit pas qui, mais il voudrait bien qu’il prenne les choses en main. Coincé, le Norbert, il se sent obligé. Le vieux à perdu les pédales.
      ? Ok, je veux un mandat. Vous vous engagez à suivre mes instructions. Les premières, enregistrez les prochains appels, je me demande d’ailleurs pourquoi vous n’y avez pas pensé ; donnez l’impression que vous êtes à point. Je veux avoir accès et commentaire autorisé du dossier de divorce auprès de Maitre Vernial. Allez, courage, on va essayer de débusquer le vautour.

      On revient au fait divers…
      A suivre

      Parceval

    Vous lisez 0 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3547214
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Que de rebondissements dans cette histoire superbement narrée !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
      Vous lisez 0 fil de discussion
      • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.