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CE QUE DISENT LES HIRONDELLES de (Théophile Gautier)

  • Ce sujet contient 3 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Marie Minoza, le 12-03-2008 21:08.
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  • #2603187
    France
      • Sujet: 408
      • Réponses: 2814


      Déjà plus d’une feuille sèche
      Parsème les gazons jaunis ;
      Soir et matin, la brise est fraîche,
      Hélas ! les beaux jours sont finis !

      On voit s’ouvrir les fleurs que garde
      Le jardin, pour dernier trésor :
      Le dahlia met sa cocarde
      Et le souci sa toque d’or.

      La pluie au bassin fait des bulles ;
      Les hirondelles sur le toit
      Tiennent des conciliabules :
      Voici l’hiver, voici le froid !

      Elles s’assemblent par centaines,
      Se concertant pour le départ.
      L’une dit : « Oh ! que dans Athènes
      Il fait bon sur le vieux rempart !

      « Tous les ans j’y vais et je niche
      Aux métopes du Parthénon.
      Mon nid bouche dans la corniche
      Le trou d’un boulet de canon. »

      L’autre : »J’ai ma petite chambre
      A Smyrne, au plafond d’un café.
      Les Hadjis comptent leurs grains d’ambre
      Sur le seuil d’un rayon chauffé.

      « J’entre et je sors, accoutumée
      Aux blondes vapeurs des chibouchs,
      Et parmi les flots de fumée,
      Je rase turbans et tarbouchs. »

      Celle-ci : »J’habite un triglyphe
      Au fronton d’un temple, à Balbeck.
      Je m’y suspends avec ma grille
      Sur mes petits au large bec. »

      Celle-là : »Voici mon adresse :
      Rhodes, palais des chevaliers ;
      Chaque hiver, ma tente s’y dresse
      Au chapiteau des noirs piliers. »

      La cinquième : »Je ferai halte,
      Car l’âge m’alourdit un peu,
      Aux blanches terrasses de Malte,
      Entre l’eau bleue et le ciel bleu. »

      La sixième : »Qu’on est à l’aise
      Au Caire, en haut des minarets !
      J’empâte un ornement de glaise,
      Et mes quartiers d’hiver sont prêts. »

      « A la seconde cataracte,
      Fait la dernière, j’ai mon nid ;
      J’en ai noté la place exacte,
      Dans le pschent d’un roi de granit. »

      Toutes : « Demain combien de lieues
      Auront filé sous notre essaim,
      Plaines brunes, pics blancs, mers bleues
      Brodant d’écume leur bassin ! »

      Avec cris et battements d’ailes,
      Sur la moulure aux bords étroits,
      Ainsi jasent les hirondelles,
      Voyant venir la rouille aux bois.

      Je comprends tout ce qu’elles disent,
      Car le poète est un oiseau ;
      Mais, captif ses élans se brisent
      Contre un invisible réseau !

      Des ailes ! des ailes ! des ailes !
      Comme dans le chant de Ruckert,
      Pour voler, là-bas avec elles
      Au soleil d’or, au printemps vert !

      Théophile Gautier (Emaux et camées)

      Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
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