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Sujet
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Ce saule-là
Est-il tordu, troué, souffrant et vieux !
Sont-ils crevés et bossués les yeux
Que font les noeuds dans son écorce !
Est-il frappé dans sa vigueur et dans sa force !
Est-il misère, est-il ruine,
Avec tous les couteaux du vent dans sa poitrine,
Et, néanmoins, planté au bord
De son fossé d’eau verte et de fleurs d’or ;
A travers l’ombre et à travers la mort,
Au fond du soir, mord-il la vie, encor !Un soir de foudre et de fracas,
Son tronc craqua
Soudainement, de haut en bas.Depuis, l’un de ses flancs
Est sec, stérile et blanc ;
Mais l’autre est demeuré gonflé de sève.
Des fleurs, parmi ses crevasses, se lèvent,
Les lichens nains le festonnent d’argent ;
L’arbre est tenace et dur : son feuillage bougeant
Luit au toucher furtif des brises tatillonnes.
L’automne et ses mousses le vermillonnent ;
Son front velu, comme un front de taureau,
Bute, contre les chocs de la tempête ;
Et dans les trous profonds de son vieux corps d’athlète,
Se cache un nid de passereaux.Emile Verhaeren – La guirlande des dunes
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