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Sujet
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CROIX DE BOIS,CROIX DE FER…
Je suis devenu chineur ; presque malgré moi. Il y a une explication simple : depuis trente ans, j’habite au voisinage immédiat d’une importante communauté d’Emmaüs.
D’abord par curiosité, ensuite par habitude y passer faire un tour fait partie intégrante de mes distractions. Au gré de mes trouvailles et d’« affaires « diverses et variées, j’ai fini par devenir accro.
On trouve de tout, du bizarre, de l’inédit, dans tous les domaines, même si on se cantonne aux acquisitions financièrement modestes.
Comme aujourd’hui, devant une caissette remplie de pin’s, pièces de monnaie et autres quincailleries, j’ai mis la main sur une médaille accrochée à un ruban . Je n’en crus pas mes yeux : même défraîchi, il s’agissait bien d’un insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur. Je fis lâchement le canard et achetais l’objet, associé à quelques autres pour trois francs et six sous. Pourquoi lâchement : Parce que je crois savoir que ce genre de décoration ne peut faire l’objet d’un commerce.
Rendu chez moi, Je redonnais un peu d’éclat à mon acquisition et commençais à vaticiner : par quel concours de circonstances cette croix a-t-elle atterri au bric-à-brac ? Quel héros ou citoyen méritant s’est-il vu honoré de la sorte ?
Même ravivé, l’ancienneté apparente de la médaille et du ruban me porte à envisager la période 14-18. De là à penser à quelque officier ou sous-officier de la grande guerre qui s’est distingué au combat, il n’y avait qu’un pas. Effectivement, cette distinction a été rarement attribuée à nos trouffions de base, nos poilus chair à canon dont le sang abreuva surtout nos sillons. Que les meneurs d’hommes s’illustrèrent pareillement au combat, soit. Mais eux, leur courage et leurs exploits sont gravés dans l’histoire et furent souvent récompensés de la sorte. Aux autres, le marbre des monuments aux morts ou l’anonymat.
Alors, que penser ? Comment a-t-on pu jeter ou abandonner ce témoignage de la reconnaissance patriote ? Deux solutions : Soit c’est par accident, un décès et pas d’héritiers. L’objet passe inaperçu parmi une foule d’affaires à débarrasser. Personne n’y fait attention. Il me plaît à penser que c’est volontaire . Rappellez-vous : c’était la der des ders, et ils étaient jeunes, ceux qui l’ont faite. Alors, quand en quarante, on a remis ça, notre récipiendaire en a tiré ses conclusions. Tout ça pour ça, on nous a pris pour des cons. Avant de repartir au casse-pipe, la poubelle lui a paru être le réceptacle idoine pour ce colifichet.
Moi, je vais la garder, cette croix chevalière ; je vais même lui offrir un bel écrin, en souvenir du gars désenchanté qui l’a jetée…
C’était pas la dernière ; ce n’est pas un mystère.Parceval
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