Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

deux fables du bon Mr Jean, à méditer par tous en ces temps troublés

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par REN?E DUMAIS, le 07-08-2016 02:36.
  • Créateur
    Sujet
  • #2647732
    Daniel Dive
      • Sujet: 2141
      • Réponses: 5677

      A l’attention de nos gouvernants

      J’ai lu dans quelque endroit qu’un Meunier et son fils,
      L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,
      Mais garçon de quinze ans, si j’ai bonne mémoire,
      Allaient vendre leur Ane, un certain jour de foire.
      Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,
      On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
      Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
      Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.
      Le premier qui les vit de rire s’éclata.
      Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
      Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
      Le Meunier à ces mots connaît son ignorance ;
      Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
      L’Ane, qui goûtait fort l’autre façon d’aller,
      Se plaint en son patois. Le Meunier n’en a cure.
      Il fait monter son fils, il suit, et d’aventure
      Passent trois bons Marchands. Cet objet leur déplut.
      Le plus vieux au garçon s’écria tant qu’il put :
      Oh là ! oh ! descendez, que l’on ne vous le dise,
      Jeune homme, qui menez Laquais à barbe grise.
      C’était à vous de suivre, au vieillard de monter.
      – Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.
      L’enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte,
      Quand trois filles passant, l’une dit : C’est grand’honte
      Qu’il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
      Tandis que ce nigaud, comme un Evêque assis,
      Fait le veau sur son Ane, et pense être bien sage.
      – Il n’est, dit le Meunier, plus de Veaux à mon âge :
      Passez votre chemin, la fille, et m’en croyez.
      Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
      L’homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.
      Au bout de trente pas, une troisième troupe
      Trouve encore à gloser. L’un dit : Ces gens sont fous,
      Le Baudet n’en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
      Hé quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
      N’ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
      Sans doute qu’à la Foire ils vont vendre sa peau.
      – Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
      Qui prétend contenter tout le monde et son père.
      Essayons toutefois, si par quelque manière
      Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux.
      L’Ane, se prélassant, marche seul devant eux.
      Un quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode
      Que Baudet aille à l’aise, et Meunier s’incommode ?
      Qui de l’âne ou du maître est fait pour se lasser ?
      Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
      Ils usent leurs souliers, et conservent leur Ane.
      Nicolas au rebours, car, quand il va voir Jeanne,
      Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
      Beau trio de Baudets ! Le Meunier repartit :
      Je suis Ane, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;
      Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;
      Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;
      J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

      A l’attention de nous tous

      Les Grenouilles, se lassant
      De l’état Démocratique,
      Par leurs clameurs firent tant
      Que Jupin les soumit au pouvoir Monarchique.
      Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique :
      Ce Roi fit toutefois un tel bruit en tombant
      Que la gent marécageuse,
      Gent fort sotte et fort peureuse,
      S’alla cacher sous les eaux,
      Dans les joncs, dans les roseaux,
      Dans les trous du marécage,
      Sans oser de longtemps regarder au visage
      Celui qu’elles croyaient être un géant nouveau ;
      Or c’était un Soliveau,
      De qui la gravité fit peur à la première
      Qui de le voir s’aventurant
      Osa bien quitter sa tanière.
      Elle approcha, mais en tremblant.
      Une autre la suivit, une autre en fit autant,
      Il en vint une fourmilière ;
      Et leur troupe à la fin se rendit familière
      Jusqu’à sauter sur l’épaule du Roi.
      Le bon Sire le souffre, et se tient toujours coi.
      Jupin en a bientôt la cervelle rompue.
      Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
      Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
      Qui les croque, qui les tue,
      Qui les gobe à son plaisir,
      Et Grenouilles de se plaindre ;
      Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir
      A ses lois croit-il nous astreindre ?
      Vous avez dû premièrement
      Garder votre Gouvernement ;
      Mais, ne l’ayant pas fait, il vous devait suffire
      Que votre premier roi fût débonnaire et doux :
      De celui-ci contentez-vous,
      De peur d’en rencontrer un pire.

      Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
    Vous lisez 0 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3019055
        Mascotte d'Oasis
        REN?E DUMAIS
          • Sujet: 603
          • Réponses: 7069

          Lire, c?est rencontrer du monde, au plus profond de soi.

      Vous lisez 0 fil de discussion
      • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.