Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

JE COURS A PERDRE HALEINE…A PERDRE…

  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Pierre Wattebled, le 31-10-2010 19:49.
  • Créateur
    Sujet
  • #2612754
    Pierre Wattebled
      • Sujet: 753
      • Réponses: 943

      A PERDRE HALEINE…A PERDRE…

      Je cours à perdre haleine en slalomant entre les passants sur le grand boulevard. Vous voudriez sûrement que je le nomme en gage d’authenticité, mais qu’importe ! Sachez seulement qu’il fut ma course préférée, celle qui me conduisait vers elle.

      Chaque fois, c’était pareil : j’avais juste le temps de l’embrasser « en coup de vent » avant que qu’elle ne sautât d’un pas agile dans le bus urbain et qu’elle ne disparût vers l’autre partie du monde : le sien… sa famille. J’ y repense encore :

      « Je cours dans la foule tellement plus dense aujourd’hui. J’en bouscule quelques –uns en m’excusant vaguement, plus rien ne doit me freiner : j’ai tellement besoin de ces trente secondes de rêve ; je ressens un besoin vital, une urgence, le temps à battre pour te serrer dans mes bras comme s’il s’agissait toujours de la dernière fois. Le bonheur se conquiert à chaque instant. Je trébuche, m’étale de tout mon long, m’insulte d’être aussi gauche. Je me relève, reprends ma course devant quelques badauds qui secouent la tête à la vue de ce jeune chien fou. Qu’importe ! « Je ne suis plus qu’à une dizaine de mètres de toi, mon amour. Oui, mon amour, je t’ai dit souvent que je t’aime, je le dis facilement…Dans quelques secondes tu seras dans mes bras et je croirai à l’éternité ».Le temps est l’adversaire qu’il faut battre ; ce n’est pas un tendre, encore moins un romantique : il reprend si vite ce qu’il accorde.

      Trop tard, le bus démarre à mon nez en me narguant. Je crois te distinguer à l’arrière du véhicule, j’esquisse un signe de la main. Trop tard ! Sous la vitre arrière une publicité présente une femme d’âge mûr qui déroule son bas résille sur une jambe blanche et fragile comme l’est la tendresse juste avant le désir. Rien à fiche de cette fille là.

      Je t’ai voulue et tu n’es plus, déjà loin. J’ai le cœur qui se pose sur la glace cradingue de l’abri bus. Et si c’était la dernière fois. Oui, il se pourrait. Tout ne dépend pas de soi, la preuve : il suffit d’une peau de banane, d’une toute petite crotte de caniche ; la faute à l’amour qui rend aveugle. Bref ! La dérision affranchit du dépit.

      Je t’ai retrouvée à notre rendez-vous et je t’ai mis la bague au doigt. Nous aurions pu déclarer que nous avions vaillamment combattu le temps.

      Quant à moi, j’ai conservé un souvenir étrange de cet épisode : le temps reprend si vite ce qu’il accorde…Cet évènement passé, aussi lointain qu’il soit, ranime en moi la hantise de l’abandon, la rupture du cordon ombilical et toutes les suivantes ; à chacune d’elles on se raccroche à une liane salvatrice en devinant l’imminence du vide, avec la peur au ventre d’un fruit mûr qui attend la chute. Je sais qu’il y a là un cycle naturel auquel on ne peut se soustraire. Je ne sais m’y résoudre. Alors j’aspire à l’étreinte de tes regards, toi, ma liane éprouvée mon gage de sérénité, mon fil du temps.

      Pierre WATTEBLED- le 10 octobre 2010

    Vous lisez 0 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #2792039
        Pierre Wattebled
          • Sujet: 753
          • Réponses: 943

          Je vous remercie tous de tout coeur.
          A quelques détails prés, l’histoire s’est vraiment déroulée ainsi.

      Vous lisez 0 fil de discussion
      • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.