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JOURS DE FIÈVRE de (Sabine Sicaud)

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Daniel Dive, le 27-12-2007 14:38.
  • Créateur
    Sujet
  • #2601559
    Christiane
      • Sujet: 303
      • Réponses: 5824

      Jours de fièvre

      Ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée.
      Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
      Ruisselle doucement comme d’une fontaine.
      Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche.
      Elle vient de la source ou d’une cruche pleine.
      Elle a cet argent flou qui duvête les pêches
      Et l’étincellement d’un cristal à facettes.

      Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
      Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
      Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
      Au coeur de la carafe, elle rit. Elle perle
      Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
      En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
      Ou n’est qu’un point comme un brillant dans une haie.

      Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
      Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades…
      C’est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
      C’est l’eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;

      Toute l’eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
      Toute l’eau du Rocher de Moïse, l’eau pure
      D’une oasis perdue au centre de l’Afrique ;

      Toute l’eau qui mugit, toute l’eau qui murmure,
      Toute l’eau, toute l’eau du ciel et de la terre,
      Toute l’eau concentrée au creux glacé d’un verre !
      Je ne demande rien qu’un verre d’eau glacée…

      Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
      Mes doigts tendus vers l’eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
      Sèches comme une plante à la tige cassée ?
      La soif qui me torture est celle des grands sables
      Où galope toujours le simoun. Je ne pense
      Qu’à ce filet d’eau merveilleuse, intarissable,
      Où des poissons heureux circulent. Transparence,
      Fraîcheur… Est-il rien d’autre au monde que j’implore ?

      Alcarazas, alcarazas… un café maure
      Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s’attardent,
      Un verre débordant parmi les autres verres,
      Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
      Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire…
      Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
      Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
      Don de l’hiver à ce brasier qui me consume.

      Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l’écume,
      Au bord d’un gave fou ? J’ai soif de tous les gaves.
      Les sabots des mulets, vous souvient-il, s’y lavent,
      Les pieds du chemineau s’y délassent. Dieu juste,
      Ne puis-je boire au moins comme le pré, l’arbuste,
      Le chien de la montagne au fil de l’eau qui court ?
      Cette eau… Cette eau qui m’échappe toujours,
      Qui, nuit et jour, obsède ma pensée…
      Ne m’accorderez-vous deux gouttes d’eau glacée ?

      Sabine SICAUD

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    • Auteur
      Réponses
      • #2735298
        Christiane
          • Sujet: 303
          • Réponses: 5824

          C’est sur ce forum que je l’ai découverte

          http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=15375&forum=29

          ce post m’avait donné envie d’en savoir plus !

        • #2735369
          Daniel Dive
            • Sujet: 2141
            • Réponses: 5677

            merci, merci d’avoir retrouvé ce merveilleux poème de Sabine Sicaud. Tu me fais un immense plaisir.

            en lisant, j’aurais cru qu’elle était morte de tuberculose, mais un érudit du site a fourni la bonne réponse..

            Qu’est ce qu’elle écrivait bien, cette enfant.. une merveille.

            Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
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