Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

La Chatte Noire (François FABIE)

  • Ce sujet contient 5 réponses, 5 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par France, le 12-10-2014 06:48.
  • Créateur
    Sujet
  • #2634810
    France
      • Sujet: 408
      • Réponses: 2814

      [url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=944799chatnoir.png][/url]

      Dans le moulin de Roupeyrac,
      Se tient assise sur son sac
      Une chatte couleur d’ébène ;
      Il est bien certain qu’elle dort :
      Ses yeux ne sont que deux fils d’or
      Et ses griffes sont dans leur gaine.

      Pourtant, ne vous y fiez pas
      Et trottinez un peu plus bas,
      Rats qui courez par les trémies,
      Si vous ne voulez, tout à coup,
      Sentir entrer dans votre cou
      Toutes ces griffes endormies.

      Gardez-vous de donner l’assaut
      Au grain qui dort sous le boisseau !
      Car, si la Noire se réveille,
      Demain, en sacrant, le meunier
      Trouvera rouge, au farinier,
      La farine blanche la veille.

      Soyez discrets, soyez prudents !
      N’allez pas aiguiser vos dents
      Sur le sac où dort l’assassine,
      Car elle bondirait soudain,
      Et vous lui crieriez, bien en vain :
      « Cousine ! cousine ! oh ! cousine !… »

      Près du moulin, dans le verger,
      Au soleil, on voit s’allonger
      Une chatte couleur d’ébène ;
      Il est bien certain qu’elle dort :
      Ses yeux ne sont que deux fils d’or
      Et ses griffes sont dans leur gaine

      Pourtant, ne vous y fiez pas
      Et voletez un peu moins bas,
      Moineaux, pillards de chenevières !
      En s’éveillant, elle pourrait,
      Pour se dégourdir le jarret,
      Vous faire mordre la poussière.

      Chardonnerets au beau pourpoint,
      Dans ce verger ne nichez point ;
      O roitelet, ô rouge-gorge,
      Pinson, hôte du vieux poirier,
      Ecoutez donc ! … j’entends crier
      Des oisillons que l’on égorge…

      C’est bien la chatte noire, hélas !
      Elle rôdait par les lilas,
      Ainsi qu’un tigre dans les jungles,
      Et, flairant quelque fin souper,
      Jusqu’au nid elle a dû grimper.
      Gare à ses dents ! gare à ses ongles !

      Il est minuit, la ferme dort.
      Seule, ouvrant ses deux grands yeux d’or,
      Près du foyer, la chatte veille
      Et songe, en passant proprement
      Sa patte alternativement
      Derrière l’une et l’autre oreille.

      François FABIE (1846 – 1928) Extrait

      [url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=445540moulinhaut1.jpg][/url]

      (Le moulin de Roupeyrac à Durenque, dans l’Aveyron – Musée François FABIE)

      Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
    Vous lisez 4 fils de discussion
    Vous lisez 4 fils de discussion
    • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.