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La source de Lecomte de Lisle

  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Pierre-Louis SESTIER, le 07-08-2010 15:30.
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  • #2611863
    Pierre-Louis SESTIER
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      La Source (in poèmes antiques)

      Une eau vive étincelle en la forêt muette,
      Dérobée aux ardeurs du jour ;
      Et le roseau s’y ploie, et fleurissent autour
      L’hyacinthe et la violette.

      Ni les chèvres paissant les cytises amers
      Aux pentes des proches collines,
      Ni les pasteurs chantant sur les flûtes divines,
      N’ont troublé la source aux flots clairs.

      Les noirs chênes, aimés des abeilles fidèles,
      En ce beau lieu versent la paix,
      Et les ramiers, blottis dans le feuillage épais,
      Ont ployé leur col sous leurs ailes.

      [ 140 ]

      Les grands cerfs indolents, par les halliers mousseux,
      Hument les tardives rosées ;
      Sous le dais lumineux des feuilles reposées
      Dorment les Sylvains paresseux.

      Et la blanche Naïs dans la source sacrée
      Mollement ferme ses beaux yeux ;
      Elle songe, endormie ; un rire harmonieux
      Flotte sur sa bouche pourprée.

      Nul œil étincelant d’un amoureux désir
      N’a vu sous ces voiles limpides
      La Nymphe au corps de neige, aux longs cheveux fluides
      Sur le sable argenté dormir.

      Et nul n’a contemplé la joue adolescente,
      L’ivoire du col, ou l’éclat
      Du jeune sein, l’épaule au contour délicat,
      Les bras blancs, la lèvre innocente.

      Mais l’Aigipan lascif, sur le prochain rameau,
      Entr’ouvre la feuillée épaisse
      Et voit, tout enlacé d’une humide caresse,
      Ce corps souple briller sous l’eau.

      Aussitôt il rit d’aise en sa joie inhumaine ;
      Son rire émeut le frais réduit ;
      Et la Vierge s’éveille, et, pâlissant au bruit,
      Disparaît comme une ombre vaine.

      [ 141 ]

      Telle que la Naïade, en ce bois écarté,
      Dormant sous l’onde diaphane,
      Fuis toujours l’œil impur et la main du profane,
      Lumière de l’âme, ô Beauté !

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