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L’AMI GUY (Rubrique souvenirs)
La Seyne-sur-Mer 1957.
Je ne me souviens plus les circonstances qui m’ont conduit, d’abord à rencontrer, puis à vraiment sympathiser avec Guy au printemps 57. Nous n’avions pas la même scolarité. Sans doute des activités d’EPS au stade de la Canourgue. Peu importe, il était mon aîné de deux ans. Et nous avions en commun d’être de doux rêveurs, mal intégrés à cette jeunesse volontiers triviale. A l’occasion nous nous retrouvions au vieux moulin, point culminant après le stade et le cimetière; ça faisait longtemps qu’il avait perdu ses ailes. On y accédait par un sentier caillouteux, mais on était tranquilles et la vue sur la rade valait le détour. On refaisait le monde et nous bâtissions l’avenir . Lui se voyait artiste :danseur et acteur. C’est sûr qu’un jour il monterait à Paris. C’est d’ailleurs ce qu’il fera quelques années plus tard. Moi, je rêvais d’écrire des histoires d’amour, j’avais bien le vocabulaire mais je manquais d’expérience. Bon, soixante ans après je m’y essayerai.
Il était bien foutu, Guy, mais il ne s’appelait pas Guitou, malgré les apparences. Pour les filles ce n’était pas un apprenti. Pour compléter , il ne roulait pas sur l’or. Il habitait avec sa mère un petit logement rudimentaire dans la petite rue après la halle au poissons. Madame M., tunisienne, y vivait seule avec lui. Elle était femme de ménage. Il ne m’a jamais parlé de son père. Que j’y sois reçu témoigne d’une belle amitié. Et j’ai compris que finalement nous partagions des problèmes similaires. Pour lui, du à son métissage et son physique et les moqueries qui vont avec, raton, pédé etc.
Il cultivait sa fibre artistique (Théâtre, danse et chant) dans un groupe de son lycée, activité scolaire et extra-scolaire , entre copains motivés. Le conservatoire, une troupe d’amateurs en vue. Il y avait là un certaine Nadine, sœur du prof de musique, Monique T. ,qui donnait aussi des cours chez elle. Je m’y suis retrouvé avec les deux, pour voir. Sympa, la dame, le piano et les vocalises suivies de chansons m’ont bien plu. Toujours est-il que, sur invitation, ce fut un rendez-vous hebdomadaire. Du moment que c’était gratuit…
Nadine semblait s’intéresser à moi, mais je déchantais vite : je servais juste de chaperon pour aller au cinéma, le soir, seul, car elle allait vite rejoindre quelqu’un et revenait en fin de séance. La relation entre les sœurs était tendue car l’aînée en avait la charge. Une situation familiale compliquée sans doute.
Quant à Madame T., elle faisait tout pour me convaincre d’intégrer la chorale d’un groupe folklorique qui manquait cruellement de voix masculines. Comme quoi rien n’est vraiment gratuit. Résultat des courses, je rejoignis avant l’été le temple provençal.
Pour Guy, nos relations s’espacèrent dans la mesure où nos activités respectives laissaient peu le loisir de partager. On finit par se perdre de vue après 58 car je crois qu’il partit tenter sa chance dans la capitale.
Guy M. Il y a quelques années, j’ai essayé sur internet de retrouver sa trace et savoir ce qu’il était devenu ; sans succès car mes recherches étaient axées sur la Seyne. Et aujourd’hui, en élargissant, bingo ! Mais trop tard, dans la rubrique nécrologie: Décédé à Nice, en 2019 à 78 ans. (Quel con j’ai été, j’aurai bien aimé l’avoir au bout du fil !)J’ai rejoué « Perdu de vue » et j’ai perdu…
Parceval
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