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Sujet
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Le poète fait avec ce qu’il dit, il se fait, il rêve qu’il peut faire aussi bien qu’Orphée. Les mots, leur musique sont son alambique. Il les écoute tomber goutte à goutte.
Il les emploie en pensant à l’autre. Le langage reçu le fait parler ; il dit que l’amour est une raison de vivre ; il ne sait pas si c’est vrai ; mais il dit ; il fait tout avec ce qu’il dit. Il se tait, se fait entendre sans parler. Il a besoin d’être dans sa cité, mais il suit une autre logique, celle des coups de dés. Il fait selon le hasard, selon son pouvoir, il peut ce qu’il veut, ce qu’il pleut, ce qu’il joue, il parie sur un mot toute sa fortune.
Il s’abîme dans les mots, il a pour objectif un monde factice, une illusion qu’il croit la vérité… Rien, ne peut l’altérer ; il sait que la vérité n’est pas vraie. Les mots sont son alambique. Il distille son eau de vie comme l’abeille le miel. Il a besoin des autres, des mots des autres. Il étreint les autres avec les mots, il a besoin des autres même si les autres n’ont pas besoin du poète. Il n’existe que si quelqu’un lui répond dans la nuit.
Ni l’un sans l’autre, mot à mot, il les croise, les touche, en a un pour rire, en vient toujours à eux, il les mange, les souffle … il les aime.
Le paradoxe de la poésie, c’est qu’elle semble inutile, alors qu’elle est essentielle.Pierre-Louis SESTIER
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