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l’attente de Francois COPPEE..

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par cyrael, le 09-11-2019 19:58.
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    Plume de diamant
    ★★★★★★
    cyrael
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      L’Attente

      François Coppée

      À Auguste Vacquerie

      Au bout du vieux canal plein de mâts, juste en face
      De l’Océan et dans la dernière maison,
      Assise à sa fenêtre, et quelque temps qu’il fasse,
      Elle se tient, les yeux fixés sur l’horizon.
      Bien qu’elle ait la pâleur des éternels veuvages,
      Sa robe est claire ; et bien que les soucis pesants
      Aient sur ses traits flétris exercé leurs ravages,
      Ses vêtements sont ceux des filles de seize ans.
      Car depuis bien des jours, patiente vigie,
      Dès l’instant où la mer bleuit dans le matin
      Jusqu’à ce qu’elle soit par le couchant rougie,
      Elle est assise là, regardant au lointain.
      Chaque aurore elle voit une tardive étoile
      S’éteindre, et chaque soir le soleil s’enfoncer
      À cette place où doit reparaître la voile
      Qu’elle vit là, jadis, pâlir et s’effacer.
      Son cœur de fiancée, immuable et fidèle,
      Attend toujours, certain de l’espoir partagé,
      Loyal ; et rien en elle, aussi bien qu’autour d’elle,
      Depuis dix ans qu’il est parti, rien n’a changé.
      Les quelques doux vieillards qui lui rendent visite,
      En la voyant avec ses bandeaux réguliers,
      Son ruban mince où pend sa médaille bénite,
      Son corsage à la vierge et ses petits souliers,
      La croiraient une enfant ingénue et qui boude,
      Si parfois ses doigts purs, ivoirins et tremblants,
      Alors que sur sa main fiévreuse elle s’accoude,
      Ne livraient le secret des premiers cheveux blancs.
      Partout le souvenir de l’absent se rencontre
      En mille objets fanés et déjà presque anciens :
      Cette lunette en cuivre est à lui, cette montre
      Est la sienne, et ces vieux instruments sont les siens.
      Il a laissé, de peur d’encombrer sa cabine,
      Ces gros livres poudreux dans leur oubli profond,
      Et c’est lui qui tua d’un coup de carabine
      Le monstrueux lézard qui s’étale au plafond.
      Ces mille riens, décor naïf de la muraille,
      Naguère, il les a tous apportés de très loin.
      Seule, comme un témoin inclément et qui raille,
      Une carte navale est pendue en un coin ;
      Sur le tableau jaunâtre, entre ses noires tringles,
      Les vents et les courants se croisent à l’envi ;
      Et la succession des petites épingles
      N’a pas marqué longtemps le voyage suivi.
      Elle conduit jusqu’à la ligne tropicale
      Le navire vainqueur du flux et du reflux,
      Puis cesse brusquement à la dernière escale,
      Celle d’où le marin, hélas ! n’écrivit plus.
      Et ce point justement où sa trace s’arrête
      Est celui qu’un burin savant fit le plus noir :
      C’est l’obscur rendez-vous des flots où la tempête
      Creuse un inexorable et profond entonnoir.
      Mais elle ne voit pas le tableau redoutable
      Et feuillette, l’esprit ailleurs, du bout des doigts,
      Les planches d’un herbier éparses sur la table,
      Fleurs pâles qu’il cueillit aux Indes autrefois.
      Jusqu’au soir sa pensée extatique et sereine
      Songe au chemin qu’il fait en mer pour revenir,
      Ou parfois, évoquant des jours meilleurs, égrène
      Le chapelet mystique et doux du souvenir ;
      Et, quand sur l’Océan la nuit met son mystère,
      Calme et fermant les yeux, elle rêve du chant
      Des matelots joyeux d’apercevoir la terre,
      Et d’un navire d’or dans le soleil couchant.

      François Coppée, Poèmes modernes

      *

      À tes yeux

      François Coppée

      Telle, sur une mer houleuse, la frégate
      Emporte vers le Nord les marins soucieux,
      Telle mon âme nage, abîmée en tes yeux,
      Parmi leur azur pâle aux tristesses d’agate.
      Car j’ai revu dans leur nuance délicate
      Le mirage lointain des Édens et des cieux
      Plus doux, que ferme à nos désirs audacieux
      La figure voilée et sombre d’une Hécate.
      Hélas ! courbons le front sous le poids des exils !
      C’est en vain qu’aux genoux attiédis des amantes
      Nous cherchons l’infini sous l’ombre de leurs cils.
      Jamais rayon d’amour sur ces ondes dormantes
      Ne vibrera, sincère et pur, et les maudits
      Ne retrouveront pas les anciens paradis.

      François Coppée, Le Reliquaire, 1866

      l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
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