Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

Le chant de l’eau – Emile Verhaeren

  • Ce sujet contient 3 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par H?l?ne, le 05-11-2012 15:28.
  • Créateur
    Sujet
  • #2624484
    H?l?ne
      • Sujet: 604
      • Réponses: 5870

      Le chant de l’eau

      L’entendez-vous, l’entendez-vous
      Le menu flot sur les cailloux ?
      Il passe et court et glisse
      Et doucement dédie aux branches,
      Qui sur son cours se penchent,
      Sa chanson lisse.

      Là-bas,
      Le petit bois de cornouillers
      Où l’on disait que Mélusine
      Jadis, sur un tapis de perles fines,
      Au clair de lune, en blancs souliers,
      Dansa ;
      Le petit bois de cornouillers
      Et tous ses hôtes familiers
      Et les putois et les fouines
      Et les souris et les mulots
      Écoutent
      Loin des sentes et loin des routes
      Le bruit de l’eau.
      Aubes voilées,
      Vous étendez en vain,
      Dans les vallées,
      Vos tissus blêmes,
      La rivière,
      Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
      Coule de pierre en pierre
      Et murmure quand même.
      Si quelquefois, pendant l’été,
      Elle tarit sa volupté
      D’être sonore et frémissante et fraîche,
      C’est que le dur juillet
      La hait
      Et l’accable et l’assèche.
      Mais néanmoins, oui, même alors
      En ses anses, sous les broussailles
      Elle tressaille
      Et se ranime encor,
      Quand la belle gardeuse d’oies
      Lui livre ingénument la joie
      Brusque et rouge de tout son corps.
      Oh ! les belles épousailles
      De l’eau lucide et de la chair,
      Dans le vent et dans l’air,
      Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
      Et les baisers multipliés du flot
      Sur la nuque et le dos,
      Et les courbes et les anneaux
      De l’onduleuse chevelure
      Ornant les deux seins triomphaux
      D’une ample et flexible parure ;
      Et les vagues violettes ou roses
      Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
      Autour des flancs, autour des reins ;
      Et tout là-haut le ciel divin
      Qui rit à la santé lumineuse des choses !

      La belle fille aux cheveux roux
      Pose un pied clair sur les cailloux.
      Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
      Pour recueillir au bord,
      Parmi les lotiers d’or,
      La menthe fine ;
      Ou bien encor
      S’amuse à soulever les pierres
      Et provoque la fuite
      Droite et subite
      Des truites
      Au fil luisant de la rivière.

      Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
      Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
      Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
      Et les oiseaux vifs et vermeils
      Volent et volent,
      Et l’ombre de leurs ailes
      Passe sur elle.

      Ainsi fait-elle encor
      A l’entour de son corps
      Même aux mois chauds
      Chanter les flots.
      Et ce n’est qu’en septembre
      Que sous les branches d’or et d’ambre,
      Sa nudité
      Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
      Mais c’est qu’alors sont revenues
      Vers notre ciel les lourdes nues
      Avec l’averse entre leurs plis
      Et que déjà la brume
      Du fond des prés et des taillis
      S’exhume.

      Pluie aux gouttes rondes et claires,
      Bulles de joie et de lumière,
      Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
      Car tout l’automne en deuil
      Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
      Son flot rechante au long des berges recourbées,
      Parmi les prés, parmi les bois ;
      Chaque caillou que le courant remue
      Fait entendre sa voix menue
      Comme autrefois ;
      Et peut-être que Mélusine,
      Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
      Sur les gazons
      Ses perles fines,
      S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
      Et, suivant que le flot anime sa cadence,
      Danse encor
      Et danse.

      Émile Verhaeren

    Vous lisez 2 fils de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #2856298
        France
          • Sujet: 408
          • Réponses: 2814

          Notre cher Verhaeren !

          Merci, Selenia, de nous le remettre en mémoire.. quelle belle écriture, qui nous emporte dans d’aussi fines descriptions..

          Très heureux dimanche (sous un ciel bien tumultueux !), je t’embrasse,

          Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
        • #2856301
          H?l?ne
            • Sujet: 604
            • Réponses: 5870

            merci douce France

            Émile Verhaeren est un poète fantastique et un poète du Nord et c’est pour cela que nous l’aimons

            ici pluie et bourrasques comme il se doit

            mes bisous à toi

          • #2856404
            H?l?ne
              • Sujet: 604
              • Réponses: 5870

              merci amie Capucine pour ton passage

              Émile Verhaeren est notre plus grand poète francophone et j’ai encore noté hier que le grand Jacques Brel était fan de notre Émile Verhaeren ce qui est quand même une bonne indication de sa valeur

              oui nous avons quelques compatriotes qui valent leur pesant d’or

              mes amitiés à toi Capucine

          Vous lisez 2 fils de discussion
          • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.