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Le chant Royale …Fiche de Mohammed Zeîd

  • Ce sujet contient 0 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Marie-Thérèse H., le 07-02-2022 17:07.
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  • #2690736
    Mascotte d'Oasis
    Marie-Thérèse H.
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      Chant Royal – Le chant royal Chant-royal-gif-3498d41

      I?Définition et historique
      ? Le chant royal est une ancienne pièce de poésie française inventée au XIVe et cultivée avec faveur jusqu’au XVIe siècle.( wikipédia)

      ?Il fut d’usage principalement lors des concours organisés à partir de 1486, à Rouen, Caen°, Toulouse. […] Le chant royal étant une sorte de « super-ballade » à cinq strophes au lieu de 3 pour la ballade, il était la forme noble par excellence, proche des cansos des troubadours. […] Le refrain (qui était proposé par le gagnant du concours d’une année qui prenait le titre de « roi » ou « prince » aux participants de l’année suivante qui devaient lui adresser « les envois » de leurs poèmes) fut librement choisi par les poètes, à partir de 1512. Wikipedia
      ° Caen ? Voir Puy de Palinods à caen

      ?Certains poètes du XIXè siècle, dont Th. de Banville °, ont compoisé des chants royaux en s’écartant de la thématique religieuse qui était l’une des spécificités de ce genre.
      ° Th. de Banville ? Voir exemple 3

      II?Composition et formule
      ? Il s’agit d’un poème à forme fixe, proche de la ballade mais d’une longueur importante :
      ? Le vers utilisé est le décasyllabe°.
      ? Cinq strophes de onze vers suivant le schéma de rimes suivant : A-B-A-B-B-C-C-D-E-D-E*.
      ? Le onzième vers, qui doit être féminin, fait office de refrain. (Il est le même à la fin de toutes les strophes, envoi compris).
      ?Un sixième couplet (final) comprend 5 vers (quintil) suivant le schéma de rimes suivant : D-D-E-D-E* ;
      ? Ce couplet final peut être une strophe de sept vers (septain) selon le schéma suivant : C-C-D-D-E-D-E*
      ? Ce sixième couplet, appelé envoi, se termine par le refrain. (E* )
      ?Le poème compte, au total, ( 5x 11) +5 = 60 vers, ou ( 5x 11) + 7 = 62 vers.
      ?Certains ont composé l’envoi en six vers (voir Chant royal de Pierre Gringoire)
      => L’astérisque indique le vers refrain.
      ° Le décasyllabe est un vers à deux coupes : 4+6 ou 6+4 ou 5+5

      ? Le chant royal tient son nom de la difficulté inhérente à sa composition : longueur importante et nombre de rimes identiques. La matière du chant royal était à l’origine allégorique° ou satirique° : Eustache Deschamps dépeint, dans sa Chanson Royale, des animaux se plaignant d’être tondus de trop près par un barbier (représentant les percepteurs royaux). Réduits à la misère, les animaux errent en répétant ce refrain :
      Pour ce, vous pri, gardez-vous des barbiers. wikipedia

      ° Allégorique = Qui utilise l’allégorie ? Mode d’expression consistant à représenter une idée abstraite, une notion morale par une image ou un récit où souvent (mais non obligatoirement) les éléments représentants correspondent trait pour trait aux éléments de l’idée représentée.Trésor de la langue française
      ° Satirique = Qui appartient au genre de la satire ? Œuvre en vers dans laquelle le poète tourne en dérision les défauts et les vices d’une personne (souvent en la nommant), d’une société, d’une institution…Trésor de la langue française-A2b

      III?Exemples

      1?Chant royal de l’arbre de vie
      ? Par Guillaume Dubois, dit Crétin, poète français né vers 1460 et mort en 1525.
      Chant Royal – Le chant royal Guillaume-cretin-3498e64

      ?Premier onzain

      Le maistre ouvrier en vraye agriculture
      Planta jadis au terrestre verger
      Arbres plusieurs, de fruict et floriture
      Belles a veoir et doulces a manger ;
      Dont ordonna une fructueuse ente
      De ses clozier et cloziere estre exempte
      Du fruict cueillir ; mais le serpent hideux
      Si fort souffla qu’en mangerent tous deux,
      Soulz fainct blazon de parole fardee ;
      Pour ce fut veue a l’occasion d’eux
      L’arbre de vie en tout temps bien gardee

      ? Formule globale : ABABCCDDEDE*
      ? Formule d’après le genre des rimes : fmfmffmmfmf*
      ? Le poème est composé sur 5 rimes différentes.
      ? Un même vers (E*) finit toutes les strophes, envoi compris.
      ? Le vers servant de refrain est féminin. (C’est obligatoire !)

      ?Les 4 onzains qui suivent sont bâtis selon le même schéma que le premier.

      L’arbre touchee avoit telle nature
      Que la science aprenoit de leger
      Du bien et mal, et par coup d’avanture
      Faisoit la vie au mangeant abreger ;
      Mais se l’homme eust en pensee innocente
      Gardé justice originelle absente,
      Au mesme instant qu’en desir convoiteux
      Gousta le fruict deffendu, fort piteux,
      N’eust sa fortune en tel point hazardee ;
      Car il avoit pour repas non doubteux
      L’Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

      Moult différente est l’arbre en nourriture
      A celle ayant goust de mortel danger,
      Elle preserve ung corps de pourriture,
      Et vivifie en tout sans rien changer ;
      Elle a vertu si grande et excellente,
      Que ne l’actaint froidure violente
      Grésil, frimas, gresle, vent despiteux,
      Divers oraige estrange et hazardeux
      N’ont la beauté de son tainct blasfardee ;
      Mais fut et est pour humains souffreteux
      L’Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

      Le cherubin du verger ayant cure
      Garde tousjours celle arbre endommager ;
      Glayve trenchant et ardente closture
      Font de ce lieu tous perilz estranger.
      Or entendons, Eve est l’arbre dolente,
      Marie aussi celle très redolente* ;
      L’une a porté germe deffectueux,
      Et l’autre si très digne et vertueux
      Que par luy fut paix au monde accordee ;
      Dont bien se nomme, a tiltre sumptueux,
      L’Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

      Le Createur voulant sa creature
      Du fyer dragon plutonique venger,
      L’arbre a gardee entiere sans fracture,
      Et mal n’y sceut loy commune exiger ;
      Corruption d’originelle sente
      Onc n’encourut, et fault que d’elle on sente
      Racyne, tyge et branches vers les cieux
      Estre exaltez, sans ce qu’aer vicieux
      Ayt la vertu de sa fleur retardee ;
      Veu qu’a produit fruict sur tous précieux,
      L’Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

      ? L’envoi est de cinq vers construits selon la formule : DDEDE*

      Prince du puy, ne soions soucieux,
      Fors d’humble bouche et cueur devocieux
      Tenir la Vierge, en concept regardee,
      Estre en despit des faulx seditieux
      L’Arbre de Vie en tous temps bien gardee.

      2?Monsieur Coquardeau? de

      Théodore de Banville, poète, dramaturge et critique français né le 14 mars 1823 et mort le 13 mars 1891.
      Chant Royal – Le chant royal Banville-3499042

      ?Premier onzain

      Roi des Crétins, qu’avec terreur on nomme,
      Grand Coquardeau, non, tu ne mourras pas.
      Lépidoptère en habit de Prudhomme,
      Ta majesté t’affranchit du trépas,
      Car tu naquis aux premiers jours du monde,
      Avant les cieux et les terres et l’onde.
      Quand le métal entrait en fusion,
      Titan, instruit par une vision
      Que son travail durerait la semaine,
      Fondit d’abord, et par provision,
      Le front serein de la Bêtise humaine.

      ? Formule globale : ABABCCDDEDE*
      ? Formule d’après le genre des rimes : fmfmffmmfmf*
      ? Le poème est composé sur 5 rimes différentes.
      ? Un même vers (E*) finit toutes les strophes, envoi compris.
      ? Le vers servant de refrain est féminin. (C’est obligatoire !)

      ?Les 4 onzains qui suivent sont bâtis selon le même schéma que le premier.
      On t’a connu dans Corinthe et dans Rome,
      Et sous Colbert, comme sous Maurepas.
      Mais sur tes yeux de vautour économe
      Se courbait l’arc d’un sourcil plein d’appas,
      Et le sommet de ta tête profonde
      A resplendi sous la crinière blonde.
      Que Gavarni tourne en dérision
      Tes six cheveux ! Avec décision
      Le démêloir en toupet les ramène :
      Un Dieu scalpa, comme l’Occasion,
      Le front serein de la Bêtise humaine.

      Tu te rêvais député de la Somme
      Dans les discours que tu développas,
      Et, beau parleur grâce à ton majordome,
      On te voit fier de tes quatre repas.
      Lorsqu’en s’ouvrant ta bouche rubiconde
      Verse au hasard les trésors de Golconde,
      On cause bas, à ton exclusion,
      Ou chacun rêve à son évasion.
      Tu n’as jamais connu ce phénomène ;
      Mais l’ouvrier doubla d’illusion
      Le front serein de la Bêtise humaine.

      Comme Pâris tu tiens toujours la pomme.
      Dans ton salon, qu’ornent des Mazeppas.
      On boit du lait et du sirop de gomme,
      Et tu n’y peux, selon toi, faire un pas
      Sans qu’à ta flamme une flamme réponde.
      Dans tes miroirs tu te vois en Joconde.
      Jamais pourtant, cœur plein d’effusion,
      Tu n’oublias ta chère infusion
      Pour les rigueurs d’Iris ou de Climène.
      L’espoir fleurit avec profusion
      Le front serein de la Bêtise humaine.

      A ton café, tu te dis brave comme
      Un Perceval, et toi même écharpas
      Le rude Arpin ; ta chiquenaude assomme.
      Lorsque tu vas, les jambes en compas,
      On croirait voir un héros de la Fronde,
      Ou quelque preux, vainqueur de Trébizonde.
      Mais, évitant avec précision
      L’éclat fatal d’une collision,
      Tu vis dodu comme un chapon du Maine,
      Pour sauver mieux de toute lésion
      Le front serein de la Bêtise humaine

      ? L’envoi est de sept vers construits selon la formule : CCDDEDE*

      Prince des sots, un système qu’on fonde
      A son aurore a soif de ta faconde.
      Toi, tu vivais dans la prévision
      Et dans l’espoir de cette invasion :
      Le Réalisme est ton meilleur domaine,
      Car il charma dès son éclosion
      Le front serein de la Bêtise humaine.

      IV?Création de variantes

      ? On remarque, dans ces deux exemples, que le premier et le dernier vers sont féminins. Ceci vient du fait que le chant royal, à son début’ était « religieux » et son envoi s’adressait, en particulier, à Sainte Marie. Il s’est étendu par la suite à d’autres thèmes et son envoi a dû être adressée à d’autres personnes. On peut donc changer la formule de base : ABABCCDDEDE* = fmfmffmmfmf*

      ? La strophe de 11 vers (onzain) a plusieurs schèmes :

      1- Dans la grande ballade et le chant royal : ABABCC/DDEDE = sizain + quintil avec pause entre les deux

      2- Chez les rhétoriqueurs, on trouve plusieurs formes, construites sur cinq rimes : dont la précédente (sans pause) = ABABCCDDEDE et le onzain batelé °
      ° Les rimes batelées s’appliquent aux vers de dix syllabes. Le dernier mot d’un vers doit rimer avec la quatrième syllabe du suivant. ; d’où le schéma :

      ———————————————-A
      ————–a——————————-B
      ————–b——————————-A
      ————–a——————————-B
      ————–b——————————-C
      ————–c——————————-C
      ————–c——————————-D
      ————–d——————————-D
      ————–d——————————-E
      ————–e——————————-D
      ————–e——————————-E

      Exemple : (2 vers àrimes batelées)

      Quand Neptunus, puissant dieu de la mer,
      Cessa d’armer carraques et galées…

      3 -Les romantiques, ont essayé d’obtenir le onzain en enflant, d’un vers, un dizain à rimes plates (10 + 1)

      ?ex  » J’étais couché dans l’ombre  » de Ch. Guérin (1873- 1907)

      J’étais couché dans l’ombre au seuil de la forêt.
      Un talus du chemin désert me séparait.
      J’écoutais s’écouler près de moi, bruit débile,
      Une source qui sort d’une voûte d’argile.
      Par ce beau jour de juin brûlant et vaporeux
      L’horizon retenait des nuages heureux.
      Des faucheurs répandus à travers la prairie
      Abattaient ses remparts d’herbe haute et nourrie.
      D’un coteau descendaient des voitures de foin.
      Ailleurs encor c’était une eau bleue, et, plus loin,
      La ville aux toits d’azur liquides de lumière.

      • Formule : AABBCCDDEEF
      • La rime du dernier vers est orpheline
      • On peut éviter cette rime orpheline en rimant le dernier vers avec le huitième : AABBCCDDEED

      => Dans ce cas, le premier vers doit être masculin pour que le dernier soit féminin : mmffmmffmmf*

      IV? Variantes

      1- Chant royal de « La plus belle qui jamais fut au monde » de Catherine d’ Amboise (?-1550)

      ?Premier onzain

      Anges, Trônes et Dominations,
      Principaultés, Archanges, Chérubins,
      Inclinez-vous aux basses régions
      Avec Vertus, Potestés, Seraphins,
      Transvolitez des haults cieux cristalins
      Pour decorer la triumphante entrée
      Et la très digne naissance adorée,
      Le saint concept par mysteres tres haults
      De celle Vierge, ou toute grace abonde,
      Decretee par dits imperiaulx
      La plus belle qui jamais fut au monde.

      ? Formule : ABABACCDEDE*
      ? Formule d’après le genre des rimes : fmfmffmmfmf*
      ? Le poème est composé sur 5 rimes différentes.
      ? Un même vers (E*) finit toutes les strophes, envoi compris.
      ? Le vers servant de refrain est féminin.

      ?Les 4 onzains qui suivent sont bâtis selon le même schéma que le premier.

      Faites sermons et predications,
      Carmes devots, Cordeliers, Augustins ;
      Du saint concept portez relations,
      Caldeyens, Hebrieux et Latins ;
      Roumains, chantez sur les monts palatins
      Que Jouachim Saincte Anne a rencontree,
      Et que par eulx nous est administree
      Ceste Vierge sans amours conjugaulx
      Que Dieu crea de plaisance feconde,
      Sans poinct sentir vices originaulx,
      La plus belle qui jamais fut au monde.

      Ses honnestes belles receptions
      D’ame et de corps aux beaux lieux intestins
      Ont transcendé toutes conceptions
      Personnelles, par mysteres divins.
      Car pour nourrir Jhésus de ses doulx seins
      Dieu l’a toujours sans maculle monstree,
      La desclarant par droit et loi oultree :
      Toute belle pour le tout beau des beaux,
      Toute clère, necte, pudique et monde,
      Toute pure par dessus tous vesseaulx,
      La plus belle qui jamais fut au monde.

      Muses, venez en jubilations
      Et transmigrez vos ruisseaulx cristalins,
      Viens, Aurora, par lucidations,
      En precursant les beaux jours matutins ;
      Viens, Orpheus, sonner harpe et clarins,
      Viens, Amphion, de la belle contree,
      Viens, Musique, plaisamment acoustrée,
      Viens, Royne Hester, parée de joyaulx,
      Venez, Judith, Rachel et Florimonde,
      Accompagnez par honneurs spéciaulx
      La plus belle qui jamais fut au monde.

      Tres doulx zephirs, par sibilations
      Semez partout roses et roumarins,
      Nimphes, lessez vos inundations,
      Lieux stigieulx et carybdes marins ;
      Sonnez des cors, violes, tabourins ;
      Que ma maistresse, la Vierge honnoree
      Soit de chacun en tous lieux decoree
      Viens, Apolo, jouer des chalumeaux,
      Sonne, Panna, si hault que tout redonde,
      Collaudez tous en termes generaulx
      La plus belle qui jamais fut au monde.

      Esprits devotz, fidelles et loyaulx,
      En paradis beaux manoirs et chasteaux,
      Au plaisir Dieu, la Vierge pour nous fonde
      Ou la verrez en ses palais royaulx,
      La plus belle qui jamais fut au monde.

      V? Formulaire
      1? ABABBCCDEDE* (5 fois) + DDEDE* ou CCDEDE* ou CCDDEDE*
      ? 2A – 3B – 2c – 2D – 2E ; l’envoi :3D – 2E ou 2C -2C – 2E ou 2C – 3D – 2E

      2? ABABCCDDEDE* (5 fois) + DDEDE* ou CCDDEDE*
      ? 2A – 2B – 2C – 3D – 2E ; l’envoi : 3D – 2E ou 2C – 3D – 2E

      3? ABABACCDEDE* (5 fois) + DDEDE* ou CCDDEDE*
      ? 3A – 2B – 2C – 2D – 2E ; l’envoi : 3D – 2E ou 2C – 3D – 2E

      4? AABBCCDDEED* (5 fois) + DDEDE* ou CCDDEED*
      ? 2A – 2B – 2C – 3D – 2E ; l’envoi : 3D – 2E ou 2C – 3D – 2E

      Note : En principe, le vers-refrain doit être féminin ; mais dès lors que certains poètes dont P.Gringoire ont opté pour un refrain masculin ; et, qui plus est, l’envoi n’est plus adressé à Sainte Marie, avec Th. de Banville qui s’était écarté de la thématique religieuse, on peut finir toutes les strophes par un même vers masculin.

      ——————————-Pour lecture———————————–

      ? « Chant royal chrestien » de Clément Marot (1496 – 1544)
      Chant Royal – Le chant royal C-marot-3498ff7

      Qui ayme Dieu, son règne et son empire,
      Rien désirer ne doibt qu’à son honneur
      Et toutesfois l’homme tousiours aspire
      A son bien propre, à son aise, et bon heur,
      Sans adviser si point contemne ou blesse
      En ses désirs la divine noblesse
      La plus grand’part appete grand avoir :
      La moindre part souhaite grand sçavoir ;
      L’autre désire être exempte de blasme,
      Et l’autre quiert (voulant mieulx se pourvoir)
      Santé au corps et Paradis à l’âme

      Ces deux souhaitz contraires on peult le dire
      Comme la blanche et la noire couleur ;
      Car Jesuchrist ne promet par son dire
      Ça bas aux siens qu’nnui, peine et douleur.
      Et d’autre part (respondez moy) qui est-ce
      Qui sans mourir aux Cieulx aura liesse ?
      Nul pour certain. Or faut-il concevoir
      Que mort ne peult si bien nous decevoir
      Que de douleur nous sentions quelque dragme
      Par ainsi semble impossible d’avoir
      Santé au corps et Paradis à l’âme.

      Doulce santé mainte amertume attire,
      Et peine au corps est à l’âme doulceur.
      Les bienheureux qui ont souffert le martyre
      De ce nous font tesmoignage tout seur.
      Et si l’homme est quelque temps sans destresse,
      Sa propre cher sera de luy maistresse,
      Et destruira son Ame (à dire voir)
      Si quelque ennuy ne vient ramentevoir
      Le povre humain d’invoquer Dieu, qui l’ame,
      En luy disant : Homme, penses-tu veoir
      Santé au corps et Paradis à l’âme.

      0 doncques, Homme en qui santé empire,
      Croy que ton mal d’un plus grand est vainqueur ;
      Si tu sentois de tous les maux le pire,
      Tu sentirois Enfer dedans ton cueur.
      Mais Dieu tout bon sentir (sans plus) te laisse
      Tes petis maulx, sachant ta foiblesse
      Ne pouvant pas ton grand mal percevoir
      Et que aussi tost que de l’apercevoir
      Tu périroys comme paille en flamme,
      Sans nul espoir de jamais recevoir
      Santé au corps et Paradis à l’âme.

      Certes plutost un bon père desire
      Son filz blessé que meurdrier, ou jureur :
      Mesmes de verge il le blesse, et descire,
      Affin qu’il n’entre en si lourde fureur.
      Aussi quand Dieu, père céleste, oppresse
      Ses chers enfans, sa grand’bonté expresse
      Faict lors sur eulx eau de grâce pleuvoir;
      Car telle peine à leur bien veult prévoir
      A ce qu’enfer en fin ne les enflamme,
      Leur réservant (oultre l’humain devoir)
      Santé au corps et Paradis à l’âme.

      Prince Royal, quand Dieu par son povoir
      Fera les Cieulx et la Terre mouvoir,
      Et que les corps sortiront de la lame,
      Nous aurons lors ce bien, c’est à sçavoir,
      Santé au corps et Paradis à l’âme.

      • Remarques :
      -Ce chant royal est composé selon la formule de base : ABABCCDDED* avec D* féminin.

      —————-

      2-? Chant royal de Pierre Gringoire (1475-1539)

      Considérez que guerre, l’immortelle,
      Par son regard fier les courages tente ;
      Dissension, héritier de cautelle,
      Loge Fureur en pavillon ou tente :
      Vengeance sort, laquelle essaye ou tente
      De succomber ses ennemis mortels,
      Remémorant qu’en guerre sont morts tels
      Qui en France portent un grand dommage,
      Mêmes perdu or, argent et alloy,
      Par défaut de croire en maint passage,
      Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

      Guerre trépigne, et vacille et chancelle ;
      Sans fin mengue, jamais ne se contente ;
      Aucunes fois machination cèle
      L’intention qui dut être patente ;
      Simulateurs vont par oblique sente ;
      Fraudulateurs pillent maisons, hôtels ;
      Biens pris, saisis, ravis, gâtés, ôtés.
      Satalites font aux métaux hommage ;
      Haine sonne la campane ou beffroi ;
      Force ne croit, tant a cruel courage,
      Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

      Trahison bâtit invention nouvelle,
      Feignant d’être morne, pensive et lente ;
      Du premier coup son penser ne révèle,
      Plus petite est que ciron ou que lente ;
      Mais fausseté ès coeurs des seigneurs l’ente,
      Si très avant qu’enfin en sont notés ;
      Félonie épand de tous côtés
      Glaives tranchants et en fait labouraige,
      Que discord queult et attribue à soi
      Sans redouter, recueillant cet ouvrage,
      Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

      Fortune tient tous humains en tutelle,
      Les plus grands fait servir par folle attente.
      Vulcanus fond, Mars sans cesser martelle.
      Et Midas met leurs ouvrages en vente ;
      Clotho les prend, Lachesis les présente
      A Atropos, et sont revisités
      Par preux hardis, en la guerre usités,
      Qui les livrent à gens de moyenne âge,
      Les désirants plus qu’amoureux le Moy ;
      Et ne craignent en soleil ou ombrage,
      Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

      Quand Neptunos met sur mer sa nacelle,
      Que Boréas de subit soufflet vente,
      Et que Pluto les autres dieux precelle,
      Guerre montre sa queue de serpente ;
      Si Palas n’est pour l’heure diligente
      De résister à leurs férocités :
      Ils font trembler palais royaux, cités,
      En l’air causent frimas, éclair, orage ;
      Lors les soudards, qui mènent leur arroi,
      Ne prisent rien, tant sont remplis de rage,
      Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

      Prins ce, seigneurs, ne soyez irrités
      Si peine avez, car vous le méritez :
      Tous malfaiteurs se mettent en servage ;
      Force leur est de recevoir chastoy,
      Quand s’efforcent dépriser par outrage
      Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

      • Remarques :
      – Les 5 premiers vers sont féminins
      – Le dernier vers de l’envoi est masculin.
      – Formule : ABABBCCDEDE = fffffmmfmfm
      – Si l’auteur de ce poème avait commencé par un vers marculin, la formule aurait été : ABABBCCDEDE* = mfmffmmfmfm*

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      Chant Royal – Le chant royal Boninsp-34bb372

      Fiche élaborée par

      Flormed

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