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Sujet
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La chambre de lecture est nue, peu faite pour recevoir. Point de ce luxe qui éparpille la vue, fragmente le silence du dedans. Chambre obscure où flotte pourtant une lumière qui n’est pas celle du jour. Dans un instant, viendra y tournoyer la poussière des ailes de mourir, de naître et d’aimer.
Il suffira pour cela d’un livre heureux, d’une abeille noire et blanche : d’un rien.Seul, sur le bord de la fenêtre, ce panier de mots et de violettes fraîches, à peine entamé.
……La vie passe au-dehors et sa vitesse est celle de la lumière. Les deux mains sur un globe de papier transparent, contemplant les flocons d’encre noire qui tombent à l’intérieur, il épouse la vitesse plus considérable encore de la lenteur. Il regarde impassible les blocs de temps pur, venus d’un ciel sans profondeur : Eloge de l’immobile. Supplique du muet.
Les noms possibles du lecteur : Méditant par grand froid. Mâche le vent. Creuse l’azur. Songe-blanc. Passeur. Hirondelle du ras de la page.
……Sur le cœur nu du lecteur, courent des lézards. Avec un brin d’encre, il fait chanter les cigales et retourne chaque mot, chaque pierre, dans le secret espoir d’y découvrir son nom. Il trouve ainsi le nom de toutes choses, mais jamais le sien, jamais, comme il était pourtant promis dans ce feuillet de l’Apocalypse de Jean, arraché par l’orage :
Et je lui donnerai un caillou blanc
et sur ce caillou un nom nouveau
que personne ne sait
sinon celui qui le reçoit.
……
😆 Toi l'ineffable devenir,
Dont je bois les mots de l'autre c?t? des choses.
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