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LE FUGITIF
Jésus-Noël est revêtu d’une aube blanche. Il s’appelle ainsi parce qu’il est né le même jour que le Messie, enfin, officiellement. Il se recueille dans la cour du monastère en arpentant à petits pas les allées gravillonnées séparant les massifs et bordures de buis soigneusement taillés. Les parterres gazonnés ou fleuris entourent les fûts sombres des grands cyprès. L’ombre gagne et la fraîcheur s’installe. Il a l’esprit vide et la peur au ventre. Pourquoi ses parents l’ont-ils amené ici et abandonné aux religieux ? Son père a eu beau lui dire : « Fils, ici, tu seras en sécurité. Je te promets de revenir te chercher bientôt. » Alors, pourquoi Maman pleure-t-elle,
Des souvenirs le hantent. Le Ghana est bien loin. Se cacher, fuir, et ce voyage horrible en bateau, la nuit les vagues, le bruit et les cris. Mais, au moins, ils étaient ensemble.
Il a fait bonne figure lorsqu’il a été confié au moine convers, pour ne pas chagriner sa mère davantage. Il est dans les mains de Dieu, mais Dieu qu’il a froid ! Le dortoir qui va l’accueillir est comme une prison.
Il revient vers les allées dallées du cloître et le jardin s’inscrit entre les arcades et les colonnes de marbre. Il sait que, sous ses pieds, les inscriptions latines demi-effacées par l’usure marquent des sépultures. Le tintement rythmé des cloches annonce vêpres. Surgis de nulle part, dans un total silence, deux silhouettes blanches encapuchonnées accompagnent sa déambulation et le guident vers l’entrée de la chapelle. La main qui prend la sienne est chaude et bienveillante. Il lève les yeux vers le visage caché où se devine un sourire. « Viens, petit, nous allons prier Dieu. » Non, il ne va pas pleurer, mais l’ombre de son malheur lui apparaît, menaçante. Reverra-t-il les siens ? Le moine sort un gros trousseau de clefs. La serrure joue bruyamment et la porte monumentale s’entrebâille. Ils entrent dans la nef où s’envolent déjà les chants liturgiques…Parceval
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