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Le Parti pris des choses (1942)
Titre-manifeste, Le Parti pris des choses de Francis Ponge indique une voie poétique où l’écrivain, tournant le dos à tout lyrisme se met en quête de la matérialité des choses, de leur « profondeur substantielle ». Mais la rencontre des choses avec le poème suppose un travail patient : aucun mot n’y figure au hasard; tout objet vu, traversé par l’imaginaire du poète, y est soumis, comme ici « Le Pain », au travail et au «jeu » de la langue pour devenir cet « Objeu » dont parlera Ponge plus tard dans Le Grand Recueil (1961).Le Pain
La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus1 ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire4, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un
regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.Francis Ponge, Le Parti pris des choses, « Poésie »,© Gallimard.
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