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L’ENNUI SE DISAIT-IL…

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Pierre Wattebled, le 30-01-2008 09:05.
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    Pierre Wattebled
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      L’ENNUI SE DISAIT-IL…

      Il avait atteint le sommet de la dune, le énième, et les forces lui manquaient. Depuis combien de temps marchait-il ? Depuis des jours sûrement, des années peut-être, des siècles et des siècles, des millénaires c’était possible. Comment l’aurait-il su ? Jamais, il ne s’était encore posé véritablement ce genre de question. Jusque là, il avait traversé plaines, collines, vallons et montagnes, campé au bord des lacs, longé les océans, porté par l’enthousiasme et l’envie de tout connaître. Et puis il y avait eu ce jour qu’on appelait le modernisme, et qui lui avait permis d’aller toujours plus haut, plus loin, de se dépasser, et même d’outrepasser. D’un point à l’autre on pouvait se jouer des jours et des nuits. Et d’aller sur la lune.

      « L’ennui, se disait – il en faisant quelques pas de plus , c’est que l’ennui n’est plus admissible. Tout va si vite. Mais où va – t-on qui ne saura jamais rassasier l’homme ? Il reçoit des milliers d’informations simultanément sans en apprendre davantage sur sa destinée. Au contraire, tout ressemble à tout et finalement à plus rien. Le temps, c’est de l’argent, mais qui fait la pluie et le beau temps ? C’est là une question absurde, je sais. Il faut voir la réalité en face et foncer. Ainsi, disent – t-ils Il n’y aurait pas d’alternative possible. »

      Et malgré son tourment l’homme portait loin son regard comme le veut généralement la vie. Il nota qu’il n’avait pas plu ici depuis fort longtemps. Bien sûr, d’ordinaire, il n’aurait pas osé s’en plaindre. Il voyait des dunes moutonner l’horizon à l’infini et il se sentit habité de cette force ultime qui défie le renoncement. Quelque chose en lui protestait, une petite voix
      criait dans l’infini désert la vanité des hommes.
      L’émotion était trop forte, ses pas soulevèrent sur quelques mètres l’ardeur du sable chaud, puis il tomba à genoux en disant non comme il eut dit oui ! Il ouvrit grand les bras pour aimer ce soleil qui consumait tout, et dont il suivrait la course jusqu’à la fin.
      Ici, l’absence elle – même révélait l’ultime profondeur de l’âme, le silence dominait autant que la lumière et il en percevait le message. Il avait atteint le sommet de la dune. Dans le temps arasé, il prit celui de méditer.

      Pierre WATTEBLED

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