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Les pêcheurs – Auguste Brizeux (dédié à Paul)

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par quasimodo, le 22-12-2009 18:00.
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    Sujet
  • #2608910
    France
      • Sujet: 408
      • Réponses: 2814

      Le chant des pêcheurs.

      Un petit port breton devant la mer sauvage
      S’éveillait ; les bateaux amarrés au rivage,
      Mais comme impatients de bondir sur les flots,
      De sentir sur leurs bancs ramer les matelots,
      Et les voiles s’enfler, et d’aller à la pêche,
      Légers, se balançaient devant la brise fraîche ;
      Tout était bleu, le ciel et la mer ; les courlis,
      Tournoyant par milliers, de l’eau rasaient les plis ;
      Des marsouins se jouaient en rade, et sur les plages
      Mollement au soleil s’ouvraient les coquillages.
      Qu’il vienne au bord des flots, à ton miroir vermeil,
      Celui-là qui veut voir ton lever, ô soleil !

      Bientôt les bons pêcheurs de ce havre de Vannes,
      A l’heure du reflux, quittèrent leurs cabanes.
      Sur leurs habits pesants, tout noircis de goudron,
      L’un portait un filet et l’autre un aviron ;
      Leurs femmes les suivaient, embarquant une cruche
      D’eau fraîche, un large pain qui sortait de la huche,
      Du porc salé, du vin ; et pendant les adieux,
      Leurs regards consultaient les vagues et les cieux.
      Les chaloupes enfin, se défiant entre elles,
      Comme de grands oiseaux, déployèrent leurs ailes.
      Celle qui la première ouvrit sa voile au vent
      Portait un homme mûr, un jeune homme, un enfant,
      Et leur aïeul à tous, dont les mains sillonnées
      Marquaient de longs labeurs et de longues années ;
      Ses cheveux tout crépus semblaient un goëmon ;
      Mais quel jeune tiendrait plus ferme le timon ?
      Nul, excepté son fils, au front rude, aux yeux glauques,
      Homme doux dont la voix a toujours des sons rauques.
      Leur pays, c’est Enn-Tell, et leur nom Colomban,
      Un des saints que Dieu fit maîtres de l’Océan.

      Tandis qu’ils s’éloignaient, laissant traîner leurs dragues,
      Ils virent les enfants jouer au bord des vagues,
      Et ceux qui, tout le jour, le long des murs assis,
      Inutiles vieillards, n’ont plus que des récits.
      Sur les quais, leurs maisons reluisaient toutes blanches,
      Et par-dessus les toits, au loin, de vertes branches
      Leur laissaient entrevoir de tranquilles hameaux ;
      Les grands boeufs lentement paissaient sous les rameaux,
      Et le vent apportait le gai refrain des pâtres,
      Qui, sur l’herbe couchés devant les flots saumâtres,
      Savourent leur jeunesse, au reste indifférents.

      Alors, pour éclaircir le front de leurs parents,
      Au bruit des avirons, le novice et le mousse
      Se mirent à chanter d’une voix lente et douce.

      Auguste Brizeux

      Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
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      • #2774422
        quasimodo
          • Sujet: 92
          • Réponses: 240

          Une ambiance maritime belle et angoissante.

          Tout ce qui ne tue pas rend plus fort.

          Nietzsche 😆

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