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REPONSE DE L’EPOUSE A ANTOINE
Mon Antoine,
Tes mots me laissent sans voix. Toute cette misère… Toute cette souffrance. Tous ces mots qui me disent ce qui est, qui me parlent de ces corps sales, de ces corps malades à vomir, de ces corps respirant des gaz soufflés dans ces tranchées… J’ai honte. Oui, j’ai honte de ce qui peut advenir dans le cœur de l’homme pour infliger tant de mal à son semblable. Et puis, cette impuissance. Comment te venir en aide ? Comment puis-je encore te soutenir dans ce dédale obscur ? Je sais pourtant que notre Amour seul peut éclairer ta peau. Cette peau dont je garde la sensation chaude et palpitante de tendresse. Je m’imagine, la nuit, dans notre lit douillet, me lover contre toi, t’insuffler le désir perdu, oublié, refoulé… Ma main sur ta poitrine, lissant leurs poils qui ondulent en vagues, ma main qui remonte vers ton visage, tes cheveux à nouveaux bohémiens, ma main qui parcourt les rides vallonnées, les creux, les bosses, la cicatrice d’une blessure, ma main qui descend vers ton ventre et vient allumer la flamme… celle dont tu m’as nourrie… abreuvée, celle dont j’avais soif… oui, j’avais soif de toi. Je te le dis. De la flamme de ton regard, de ton sourire, puis de ton rire, de tes mains d’homme qui savent caresser le bois de l’arbre et la peau de la femme que je suis…
Ah ! Qu’il me tarde de te voir revenir. Mais trêve d’espérance. Je mets ma lettre au présent. Enfin, au Présent certain d’un demain aussi certain. Car demain est déjà là, ici, comme nous le voyons. Et que vois-je ? Oh, mon Antoine…
Je te vois revenir, soudainement, au moment où je m’y attends le moins. J’ai dans les bras notre Sophie et m’apprête à aller au magasin du coin. Et tout à coup, une jeep s’arrête et un soldat en descend. Tout maigre, si maigre et si gris que je ne le reconnais pas. Mais ses yeux me fixent, et vont de mon visage à celui de la petite. Mon sang m’abandonne… Tu avances… O ciel…
Alors… nous nous perdons l’un dans l’autre…
Puis, quelque temps plus tard, dans notre jardin… Je vois les cousins, les parents, oncles et tantes et amis venus te fêter…
Une bouteille de cidre, quelques tartes aux pommes, aux cerises, et j’en passe…
Les hommes sont prudes et… sortent quelques billevesées afin de masquer leur émotion. Point de flambard dans l’assemblée. Il n’est plus temps… Sans doute plus tard pourras-tu te vanter de quelque exploit… Mais, pour l’heure, c’est la joie et la tendresse qui t’entourent. Tu tiens Sophie sur tes genoux. Elle babille et te caresse la barbe….
A très bientôt…
Ta femme
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La po?sie c'est une lettre d'amour adress?e au monde.
Charlie Chaplin
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