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MAMÉ

  • Ce sujet contient 4 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par StJust, le 18-02-2022 10:35.
  • Créateur
    Sujet
  • #2688708
    Alain
      • Sujet: 946
      • Réponses: 1752


      [b][size=xx-large]MAMÉ[/size][/b]

      Elle était vêtue d’une robe noire, d’un tricot noir, d’yeux noirs et de cheveux blancs…
      Elle se promenait une bonne partie de ses journées dans le mas (quand il faisait beau), avec un « bertoul » (panier) d’osier tressé, qui lui servait à transporter les légumes de son jardin et les fromages de ses chèvres. Le reste de son temps, elle le passait dans sa vaste cuisine, « acantounée » (rencognée) l’hiver près d’un vieux fourneau où brûlaient plus souvent quelques branches de châtaignier que du charbon. Elle préparait pendant des heures des plats qu’on n’appelait pas alors « cuisinés » mais qui l’étaient vraiment, ceux-là !
      Elle faisait mijoter sa soupe de légume ou sa daube, ou bien son civet, pendant des matinées entières sur le coin du fourneau. Cela la nourrissait amplement pendant plusieurs jours, sauf quand j’allais la voir…. et j’y allais souvent.
      J’étais un gamin alors et quand j’arrivais, Mamé déclarait à la cantonade :  » Lou dévoro chrétien ès arrivà ! Caou tou penjà aou plafoun ! » (Le dévore chrétien arrive il va falloir tout pendre au plafond ! )
      Et elle me roulait de gros yeux faussement furibonds.
      Comme elle considérait que le travail physique entretient le corps et les muscles, elle pensait qu’aller s’asseoir dans une école toute la journée vous rendait fragile et délicat de santé. Elle disait, en me regardant avec compassion : « Vaï a l’éscolo aquèl éfan ! ». (Il va à l’école ce pauvre gamin !)
      Ce qui équivalait à un arrêt de mort dans sa bouche, vu que, pour elle, l’école était la succursale de l’étiolement et de la phtisie galopante.
      « Voù maï un asé én vido qu’un savan mort » (Il vaut mieux un âne en vie qu’un savant mort !) était l’un de ses axiomes préférés, et elle venait me palper le front pour voir si l’explosion n’était pas imminente.
      Elle avait vécu deux guerres et d’innombrables malheurs familiaux. Alors elle chantait du matin au soir, avec un filet de voix menu et clair, les vieilles rengaines de sa jeunesse.
       » Dé qué voulès qu’i faguèn maï ? » (Que voulez-vous y faire ?)
      Elle nous a quittés alors que j’étais encore un jeune garçon. Quelques jours avant, elle m’avait dit : « Véïras qué lous jouïnès sou toujours aquélés qué cantou ! » (Tu verras que les jeunes sont toujours ceux qui chantent !)
      Et, dans son cadre de bois, sur mon bureau, chante toujours quand je la regarde, cette jeune Mamé du temps passé.

      Avec mes amities

      Alain

      Pour voir mon site : Mes vers a moi

      ""Les tambours de la solitude eveillent, aux frontieres de l'exil, l'Eternite qui baille sur les sables."""
      (Saint John Perse)

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    • Auteur
      Réponses
      • #3341897
        Mascotte d'Oasis
        Marie-Thérèse H.
          • Sujet: 1727
          • Réponses: 26263

          Une belle prose en hommage à cette grand mère qui avait ses idées merci du partage touchant que j’ai apprécié cher Alain bravo merci l’ami bonne soirée

        • #3342867
          Sybilla
          Maître des clés
            • Sujet: 5464
            • Réponses: 79667

            Bonsoir Alain,

            Ton récit intimiste est extrêmement émouvant et si bien conté!
            À tel point que j’ai eu l’impression d’assister à ces scènes !
            Je ne sais pas quel dialecte ou patois dont il s’agit mais j’ai adoré te lire !
            Merci pour ce superbe partage en hommage à ta grand-mère !

            Belle soirée!
            Toutes mes amitiés
            Sybilla

            Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
          • #3342877
            Alain
              • Sujet: 946
              • Réponses: 1752

              Merci Marido et Sybilla.
              Il s’agit de la langue Occitane que parlaient sans arrêt mes parents et grands parents. Sauf quand ils s’adressaient à moi ! Parce qu’à l’école c’était interdit ! Inutile de vous dire que je le parle et le comprends parfaitement !

              Avec mes amities

              Alain

              Pour voir mon site : Mes vers a moi

              ""Les tambours de la solitude eveillent, aux frontieres de l'exil, l'Eternite qui baille sur les sables."""
              (Saint John Perse)

            • #3343928
              StJust
                • Sujet: 360
                • Réponses: 1448

                Un autre temps, une autre époque, où il faisait bon vivre, en communion avec la nature, un temps que les moins de vingt ans, ne peuvent pas connaître !… Un temps où les savoirs des campagnes, des paysans était le meilleur remède pour garder la santé, non seulement physique mais aussi morale.Ce court passage, comme sans doute à beaucoup de lecteurs…anciens, m’a rappelé de nombreux souvenirs de jeunesse, quand j’allais passer quelques jours de vacances à Pâques et aux grandes vacances,chez mes grands parents qui vivaient à la campagne.Ils étaient pauvres, ils louaient une maison avec 2 pièces, sur la terre battue. Ils avaient eu 8enfants, et il y avaient des lits partout , surtout une grande table, sur laquelle nous dégustions de grosses soupes à la citrouille avec des fèves. mon grand-père entonnait souvent une chanson ancienne en patois. Je ne suis pas sûr de l’orthographe : Pépé lounguette pas la magarinette, pépépitou,pas la magaritou !

                Lecture savoureuse. Amitiés St Just

                La po?sie ne souffre ni l'? peu-pr?s, ni la m?diocrit?. Seule la recherche de la perfection doit nous animer dans ce domaine. Il faut donc ?tre impitoyable avec ses propres ?crits et ne rien se laisser passer.
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