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OPHÉLIE de (Arthur Rimbaud)

  • Ce sujet contient 2 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Christiane, le 27-08-2013 09:30.
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    Sujet
  • #2602391
    Christiane
      • Sujet: 303
      • Réponses: 5824

      Ophélie

      Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
      La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
      Flotte trés lentement, couchée en ses longs voiles…
      — On entend dans les bois lointains des hallalis.

      Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
      Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
      Voici plus de mille ans que sa douce folie
      Murmure sa romance à la brise du soir.

      Le vent baise ses seins et déploie en corolle
      Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
      Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
      Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

      Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
      Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
      Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile:
      — Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

      ô pale Ophélia! belle comme la neige!
      Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
      — C’est que les vents tombant des grands monts de Norvège
      T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

      C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
      A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
      Que ton coeur écoutait le chant de la nature
      Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

      C’est que la voix des mers folles, immense râle,
      Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux;
      C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
      Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux!

      Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
      Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
      Tes grandes visions étranglaient ta parole
      — Et l’infini terrible effara ton oeil bleu !

      — Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
      Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
      Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
      La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

      A. RIMBAUD

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    • Auteur
      Réponses
      • #2738290
        Christiane
          • Sujet: 303
          • Réponses: 5824

          Un splendide poème que j’aime relire. Je vois avec plaisir que vous l’appréciez aussi.

          😆

        • #2738746
          Christiane
            • Sujet: 303
            • Réponses: 5824

            Merci à tous ceux qui ont apprécié comme moi de le relire…

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