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Paquebot

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par EMA, le 10-01-2010 08:38.
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    Sujet
  • #2609560
    Pierre-Louis SESTIER
      • Sujet: 532
      • Réponses: 4994

      L’Atlantique est là qui, de toutes parts, s’est généralisé depuis quinze jours,
      avec son sel et son odeur vieille comme le monde,
      qui couvre, marque les choses du bord,
      s’allonge dans la chambre de chauffe, rôde dans la soute au charbon,
      enveloppe ce bruit de forge, s’annexe sa flamme si terrestre,
      entre dans toutes les cabines,
      monte au fumoir, se mêlant aux jeux de cartes,
      se faufilant entre chaque carte,
      si bien que tout le navire,
      et même les lettres qui sont dans les enveloppes cinq fois cachetées de rouge au fond des sacs postaux,
      tout baigne dans une buée, dans une confirmation marine,
      comme ce petit oiseau des îles dans sa cage des îles.

      La voici la face de l’Atlantique dans cette grande pièce carrée si fière de ses angles en pleine mer,
      ce salon où tout feint l’aplomb et l’air solidement attaché
      de graves meubles sur le continent,
      mais souffre d’un tremblement maritime
      ou d’un quiétude suspecte,
      même la lourde cheminée avec ses fausses bûches éclairées à l’électricité qui joue la cheminée de château assise en terre depuis des siècles.

      Que prétend ce calendrier, fixé, encadré, et qui sévèrement annonce samedi 17 juillet,
      ce journal acheté à la dernière escale et qui donne des nouvelles des peuples,
      ce vieux billet de tramway retrouvé dans ma poche et qui me propose de renouer avec la Ville ?

      Que témoignent toutes ces têtes autour de moi, tous ces agglomérés humains,
      qui vont et viennent sur le pont de bois mouvant entre ciel et vagues,
      promenant leur bilan mortel,
      leurs chansons qui font ici des couacs aigrelets,
      et prétendent qu’il faudrait à cette mer qui prend toujours et se refuse,
      quelques cubes en pierre de taille avec ces fenêtres et pots de géranium, un coteau dominé par la gare d’un funiculaire et un drapeau
      tandis que sur le côté,
      des recrues marcheraient; une, deux, une deux,
      sur un terrain de manoeuvre.

      Mais sait-elle même qu’il existe
      l’homme qui fume ces cigares
      accoudé au bastingage,
      le sait elle, la mer, cette aveugle de naissance,
      qui n’a pas compris encore ce que c’est qu’un noyé
      et le tourne et le retourne sous ses interrogations ?
      Débarcadères Jules Supervielle.

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    • Auteur
      Réponses
      • #2775507
        EMA
          • Sujet: 213
          • Réponses: 778

          Derrière ce ciel éteint et cette mer grise
          où l’étrave du navire creuse un modeste sillon,
          par delà cet horizon fermé,
          il y a le Brésil avec toutes ses palmes,
          d’énormes bananiers mêlant leurs feuilles comme des éléphants leurs mouvantes trompes,
          des fusées de bambous qui se disputent le ciel,
          de la douceur en profondeur, un fourré de douceur,
          et de purs ovales féminins qui ont la mémoire de la volupté.
          Voici que peu à peu l’horizon s’est décousu,
          et la terre s’est allongée une place fine.
          Apparaissent des cimes encore mal sorties du néant,
          mais qui ont tout de suite malgré les réticences des lointains,
          le prestige et la responsabilité des montagnes.
          Déjà luisent des maisons le long de la bruissante déchirure des plages,
          dans le glissement du paysage, sur un plan huilé,
          déjà voici une femme assise au milieu d’un suave champ de cannes,
          et parvient jusqu’à moi
          la gratitude de l’humus rouge après les tropicales pluies.

          Derrière ce ciel éteint de Jules Supervielle…
          Toute la poésie que j’aime

          MERCI Pierre-Louis
          Ema 😆

          Toi l'ineffable devenir,
          Dont je bois les mots de l'autre c?t? des choses.
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