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Prélude à l’après midi d’un faune. Claude Debussy

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par eolienne, le 24-07-2015 17:08.
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  • #2640961
    Daniel Dive
      • Sujet: 2141
      • Réponses: 5677

      Le prélude à l’après midi d’un faune (écrit par Debussy entre1892 et 1894) a été composé à partir de la version du poème de Stéphane Mallarmé publiée en 1876, après que Claude Debussy. L’œuvre comprend 110 mesures comme le poème comprend 110 vers.

      C’est un très bel exemple de musique impressionniste dans laquelle Debussy excellait.

      Nijinski a créé une chorégraphie sur cette musique, en 1912. En voici quelques extraits sauvegardés.

      Et le texte de Mallarmé de 1976

      LE FAUNE
      Ces nymphes, je les veux perpétuer.
      Si clair,
      Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
      Assoupi de sommeils touffus.
      Aimai-je un rêve ?
      Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
      En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
      Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
      Pour triomphe la faute idéale de roses —
      Réfléchissons…
      ou si les femmes dont tu gloses
      Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
      Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
      Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste :
      Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
      Comme brise du jour chaude dans ta toison ?
      Que non ! par l’immobile et lasse pamoison
      Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
      Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
      Au bosquet arrosé d’accords ; et le seul vent
      Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
      Qu’il disperse le son dans une pluie aride,
      C’est, à l’horizon pas remué d’une ride,
      Le visible et serein souffle artificiel
      De l’inspiration, qui regagne le ciel.

      Ô bords siciliens d’un calme marécage
      Qu’à l’envi des soleils ma vanité saccage,
      Tacites sous les fleurs d’étincelles, CONTEZ
      » Que je coupais ici les creux roseaux domptés
      » Par le talent ; quand, sur l’or glauque de lointaines
      » Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
      » Ondoie une blancheur animale au repos :
      » Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux,
      » Ce vol de cygnes, non ! de naïades se sauve
      » Ou plonge…
      Inerte, tout brûle dans l’heure fauve
      Sans marquer par quel art ensemble détala
      Trop d’hymen souhaité de qui cherche le la :
      Alors m’éveillerais-je à la ferveur première,
      Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
      Lys ! et l’un de vous tous pour l’ingénuité.

      Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
      Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
      Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
      Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;
      Mais, bast ! arcane tel élut pour confident
      Le jonc vaste et jumeau dont sous l’azur on joue :
      Qui, détournant à soi le trouble de la joue,
      Rêve, en un long solo, que nous amusions
      La beauté d’alentour par des confusions
      Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;
      Et de faire aussi haut que l’amour se module
      Évanouir du songe ordinaire de dos
      Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
      Une sonore, vaine et monotone ligne.

      Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
      Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m’attends !
      Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
      Des déesses ; et, par d’idolâtres peintures,
      À leur ombre enlever encore des ceintures :
      Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté,
      Pour bannir un regret par ma feinte écarté,
      Rieur, j’élève au ciel d’été la grappe vide
      Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
      D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.

      Ô nymphes, regonflons des SOUVENIRS divers.
      » Mon œil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
      » Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure
      » Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
      » Et le splendide bain de cheveux disparaît
      » Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !
      » J’accours ; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries
      » De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)
      » Des dormeuses parmi leurs seuls bras hazardeux :
      » Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
      » À ce massif, haï par l’ombrage frivole,
      » De roses tarissant tout parfum au soleil,
      » Où notre ébat au jour consumé soit pareil.
      Je t’adore, courroux des vierges, ô délice
      Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse
      Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair
      Tressaille ! la frayeur secrète de la chair :
      Des pieds de l’inhumaine au cœur de la timide
      Que délaisse à la fois une innocence, humide
      De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.
      » Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs
      » Traîtresses, divisé la touffe échevelée
      » De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée ;
      » Car, à peine j’allais cacher un rire ardent
      » Sous les replis heureux d’une seule (gardant
      » Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
      » Se teignît à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
      » La petite, naïve et ne rougissant pas 🙂
      » Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
      » Cette proie, à jamais ingrate, se délivre
      » Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre.

      Tant pis ! vers le bonheur d’autres m’entraîneront
      Par leur tresse nouée aux cornes de mon front :
      Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
      Chaque grenade éclate et d’abeilles murmure ;
      Et notre sang, épris de qui le va saisir,
      Coule pour tout l’essaim éternel du désir.
      À l’heure où ce bois d’or et de cendres se teinte
      Une fête s’exalte en la feuillée éteinte :
      Etna ! c’est parmi toi visité de Vénus
      Sur ta lave posant ses talons ingénus,
      Quand tonne un somme triste ou s’épuise la flamme.
      Je tiens la reine !
      Ô sûr châtiment…
      Non, mais l’âme

      De paroles vacante et ce corps allourdi
      Tard succombent au fier silence de midi :
      Sans plus il faut dormir en l’oubli du blasphème,
      Sur le sable altéré gisant et comme j’aime
      Ouvrir ma bouche à l’astre efficace des vins !

      Couple, adieu ; je vais voir l’ombre que tu devins.

      Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
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