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« Robert le diable »,Jean Ferrat

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Driss, le 11-10-2011 09:31.
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  • #2617768
    Driss
      • Sujet: 1417
      • Réponses: 5464

      Un grand poème du grand Aragon:
      ————————————————————————–

      ROBERT LE DIABLE

      Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
      Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
      Scandant la cruauté de tes vers réguliers
      Le rire des bouchers t’escortait dans les Halles
      Tu avais en ces jours ces accents de gageure
      Que j’entends retentir à travers les années
      Poète de vingt ans d’avance assassiné
      Et que vengeaient déjà le blasphème et l’injure

      Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
      Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
      Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
      Là-bas où le destin de notre siècle saigne

      Debout sous un porche avec un cornet de frites
      Te voilà par mauvais temps près de Saint-Merry
      Dévisageant le monde avec effronterie
      De ton regard pareil à celui d’Amphitrite
      Enorme et palpitant d’une pâle buée
      Et le sol à ton pied comme au sein nu l’écume
      Se couvre de mégots de crachats de légumes
      Dans les pas de la pluie et des prostituées

      Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
      Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
      Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
      Là-bas où le destin de notre siècle saigne

      Et c’est encore toi sans fin qui te promènes
      Berger des longs désirs et des songes brisés
      Sous les arbres obscurs dans les Champs-Elysées
      Jusqu’à l’épuisement de la nuit ton domaine
      O la Gare de l’Est et le premier croissant
      Le café noir qu’on prend près du percolateur
      Les journaux frais les boulevards pleins de senteur
      Les bouches du métro qui captent les passants

      Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
      Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
      Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
      Là-bas où le destin de notre siècle saigne

      La ville un peu partout garde de ton passage
      Une ombre de couleur à ses frontons salis
      Et quand le jour se lève au Sacré-Cœur pâli
      Quand sur le Panthéon comme un équarissage
      Le crépuscule met ses lambeaux écorchés
      Quand le vent hurle aux loups dessous le Pont-au-Change
      Quand le soleil au Bois roule avec les oranges
      Quand la lune s’assied de clocher en clocher

      Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
      Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
      Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
      Là-bas où le destin de notre siècle saigne

      LOUIS ARAGON. Les poètes.

      Pr?tendre salir l'autre,ne nous nettoie point de nos salet?s!!

      Driss

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