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SI PETIT DANS LE GRAND SILENCE
Il me sembla qu’il fallait aux choses donner la juste mesure, car dit le proverbe : « qui trop embrasse, mal étreint. » Cette sage sentence ne suffirait jamais à apaiser mon anxiété : les journées filaient à toute allure ou, au contraire, elles s’éternisaient sans que je pusse en maîtriser véritablement le cours ; il n’était que le traintrain habituel : évènements programmés, puis la part de l’imprévu, les aléas, et même les coïncidences.
Bref, la question était posée : désormais, j’avais tout mon temps pour vivre le présent, mais pour combien de temps ? « Et puis, qu’est-ce que le présent…tout en une heure ? Ou une journée, la nuit comprise ? Surtout, combien de temps pour moi-même ? Enfin, combien à accorder aux autres ? »
J’avais quand même espéré que le tumulte s’atténuerait et qu’un silence reposant parlerait doucement en mon âme…Le silence s’étendait discrètement mais sûrement à chacun des battements de mon cœur. Comment aurais –je jamais pu réduire au silence l’étrange tambour qui rythmait sa cadence, quand le silence en soi prend tout son temps. Sait-il où il va ? Va – t-il où je vais ? Tant pis !
Qu’il prenne donc du bon temps avant que l’orage imprévisible ne vienne imposer ses limites d’écho en écho.
En fait, j’aime le silence. Je ne sais le saisir de mes mains, mais c’est le mien ;
il possède ce langage que l’oreille n’entend pas, pourtant voyelles et consonnes s’unissent pour former les mots de ma pensée. Pensée à dire ou à taire, à passer sous silence. Autant on dévoile les secrets mais jamais le silence qui s’affranchit volontiers d’être sans objet. Pourtant qu’il fait bon aller le retrouver virtuellement , et loin du tumulte du monde y guérir ses blessures les plus intimes, reprendre un peu de force avant d’atteindre son âme.Parfois, il est vrai, le silence affiche une belle indifférence. Ne fait-il pas plus exactement la différence ? Inaccessible, dans l’absolu, si bien que seule l’âme en pressent l’infinie richesse.
Longtemps j’aurai tenté de le combler, non sans une certaine frénésie : l’immensité du silence m’a toujours angoissé, elle qui me fit prendre conscience du vide. Ce jour là je me suis senti si petit dans ce grand silence, tel un pulsar dans un champ de profonde solitude ; ce n’était qu’un sentiment, une impression, guère plus qu’une sensation fugace qui ricocha dans le silence…
Mais je perçus les maux de ma pensée suggérant une prière. Le silence m’offrait sa tendresse.
Pierre WATTEBLED – le 25 février 2008

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